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Politique

Cameroun – Crise anglophone: Le dialogue, maintenant

Au cours d’une visite qu’il a effectuée début mai à Bamenda, dans le Nord-Ouest, l’une des deux régions anglophones, le Premier ministre Joseph Dion Ngute a déclaré que le pouvoir était prêt à organiser un dialogue pour résoudre le conflit avec les séparatistes.

Cette option pacifique qu’avaient déjà formulée la classe politique nationale et les organisations internationales au rang desquelles l’Union africaine, l’Union européenne et l’ONU est plus que jamais impérative.

75000 ! C’est le nombre de personnes déplacées dans les deux régions anglophones. Le chiffre officiel a été communiqué le 13 juin à Yaoundé, par le ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, au cours d’une cérémonie de présentation d’un convoi d’aide humanitaire dépêché par le président de la République, au profit des populations du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, victimes des exactions des groupes séparatistes. Au-delà des personnes déplacées, l’on déplore des pertes en vies humaines. Selon l’ONG International Crisis Group, le conflit aurait fait 1 850 morts et forcé plus de 530000 personnes à fuir leur domicile. Des chiffres contestés par le gouvernement et qui sont difficiles à prouver.

L’économie en pâtit aussi. Installée dans la région anglophone du Sud-Ouest où elle exploite d’immenses plantations de bananes, d’huile de palme et d’hévéa, la Cameroon development Corporation (CDC), 2ème employeur après l’Etat, est au bord du gouffre. Un Communiqué du 14 janvier 2019, sanctionnant les travaux du Conseil d’administration de l’entreprise agroindustrielle tenue le 27 décembre 2018, signée de Benjamin Itoe Mutanga, président du Conseil d’administration de la société réputée jusqu’ici pour sa prospérité, parle de 20500 emplois menacés. Selon les estimations des opérateurs du secteur du tourisme et de la restauration, le chiffre d’affaires des hôtels a chuté de 90% dans la région anglophone du Sud-Ouest. En 2018, le Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) a rendu publics les résultats d’une enquête mettant en évidence les conséquences économiques et sociales de l’insécurité qui sévit actuellement dans ces régions. Selon les estimations sommaires réalisées, la crise a déjà coûté 2,153 milliards FCFA en termes de destructions de biens immobiliers, de matériels roulants et meubles.

Le manque à gagner en termes de chiffres d’affaires est estimé à 269,056 milliards FCFA dans les secteurs investigués : industries agroalimentaires, agro-industries locales, télécommunications, filière café – cacao, services agricoles et distribution. Près de 8 000 emplois relevant du secteur formel sont aujourd’hui menacés en plus des 6 434 emplois déjà perdus sur les sites en arrêt de production des agro-industries. A ce tableau noir, il importe de mentionner des pertes en vies humaines au rang des forces armées régulières, des enlèvements de civils contre rançons, la chute des exportations et des importations vers le Nigeria, une baisse d’activités qui n’est pas sans conséquences négatives sur les recettes douanières, ainsi que le phénomène de la prostitution qui a pris de l’ampleur dans les villes d’accueil des réfugiés internes. Des centaines de déplacés sans revenus étant désormais obligés de se livrer au commerce du sexe.

DIALOGUE INCLUSIF

On peut donc comprendre les inquiétudes de Moussa Mahamat Faki, le président de la Commission de l’Union africaine qui, dans une interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique N° 3049 du 16 au 22 juin 2019, souhaite un retour à la vie normale au Nord-Ouest et au Sud- Ouest. Pour la personnalité tchadienne, «le tout n’est pas de parler; il faut agir. Je me suis rendu au Cameroun et j’ai échangé avec les autorités. Nous avons poussé le gouvernement à engager un dialogue, sachant que la décentralisation est prévue dans la constitution camerounaise et que cela devait permettre de satisfaire certaines revendications formulées localement ».

Certes des bases de dialogue ont été posées par le gouvernement, mais le chemin à parcourir est encore long pour parvenir à une résolution définitive du conflit. Début mai, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique centrale, a appelé à un dialogue inclusif au Cameroun pour dénouer la crise anglophone. L’appel a été émis lors d’une réunion du Conseil de sécurité consacrée à la situation en Afrique centrale. «Conduire un dialogue inclusif est le meilleur moyen de préserver la stabilité du pays, stabilité qui est vitale pour la sous-région. J’encourage les autorités camerounaises à poursuivre leurs efforts de dialogue et à faire avancer le processus de décentralisation », a déclaré Louncény Fall devant les membres du Conseil. Le Représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique centrale a noté avec satisfaction l’annonce du Premier ministre, Joseph Dion Ngute, le 9 mai, sur la prédisposition du président Paul Biya à s’engager dans un dialogue sur toutes les questions, sauf celles touchant à la sécession, afin de trouver une solution durable à la crise.

Au cours d’une visite qu’il a effectuée début mai à Bamenda, dans le Nord- Ouest, l’une des deux régions anglophones, le chef du gouvernement a déclaré que le pouvoir était prêt à initier un dialogue pour résoudre le conflit avec les séparatistes. «A part l’indivisibilité du Cameroun, le président de la République est prêt à organiser un dialogue formel pour résoudre la crise», a déclaré Joseph Dion Ngute. Le président Paul Biya «m’a demandé de dire que hormis la séparation et la sécession, tout autre chose peut être discutée», a-t-il ajouté. Il est temps de passer de la parole aux actes pour stopper la saignée tant humaine que financière.

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