Société

Cameroun – Covid-19 et Minresi : La vraie fausse affaire des « non vaccinés »

Le chef du Centre national d’éducation se marche sur ses plates-bandes dans un communiqué signé et rapporté par lui-même, prescrivant l’accès au centre national d’éducation (Cne) à la présentation d’une carte vaccinale attestant de la prise du vaccin contre la Covid-19.

Difficile de savoir la mouche qui a piqué le Professeur Mforteh Stephen Ambe. Hier, 06 mai 2021, l’universitaire qui officie comme chef du centre national d’éducation (Cne) a signé un communiqué qui est devenu virale dans les réseaux sociaux. « Sur hautes instructions de Madame le ministre de la Recherche scientifique et de l’innovation (Minresi) le chef du centre national d’éducation (Cne) informe tout le personnel et les usagers que l’accès aux locaux du Cne est conditionné à compter de la date de signature du présent communiqué, par la présentation: des résultats de test de la Covid-19 négatifs à renouveler tous les 14jours (fait dans un centre agrée de son choix) et d’une carte vaccinale attestant de la prise du vaccin contre la Covid-19 ».Il n’en fallait pas plus pour que le débat s’ouvre dans les réseaux sociaux entre les anti-vaccins et les provaccins.

Dans un pays où tout le monde est devenu spécialiste en médecine, épidémiologie, immunologie; au Cameroun où tout devient politisé, que la tragédie du soupçon, la suspicion, l’escalade de la haine, de la violence vont s’intensifiant et s’aggravant, alors qu’une certaine opinion tente d’accuser qu’au Cameroun, le rôle des médias dans la sensibilisation reste faible et précaire s’agissant du Covid-19, on a entendu toutes sortes de verbiage inutile, l’instrumentalisation de la peur, la panique et les frayeurs. Personne n’a compris l’origine, ni le bien-fondé de cette pseudo interdiction d’accès au Cne, prétendument inspirée des hautes instructions du ministre de la recherche scientifique et de l’innovation (Minresi).Et pourtant, depuis le lancement de la campagne de vaccination, le discours officiel n’a jamais été de faire vacciner tous les camerounais à la fois, d’un trait.

Le ministre Manaouda Malachie de la santé publique a toujours martelé que ce n’est pas tout le monde qui est concerné par le vaccin au stade où on en est; mieux c’est un déploiement progressif. « Sans rendre la vaccination obligatoire, ce qui relève des prérogatives exclusives du chef de l’État président de la République Paul Biya, nous encourageons les camerounais à se vacciner. Les vaccins nous permettent d’être plus sereins face au virus.
L’expérience des pays qui ont beaucoup vacciné en dit long. Si on s’est vacciné on craint moins de faire la forme grave de la maladie, par conséquent on ne court pas le risque d’en mourir. Plus notre charge virale est basse, on contamine moins », affirme le Minsanté.

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Montée vertigineuse de la pandémie

Joints au téléphone, quelques responsables et hauts cadres du ministère de la recherche scientifique et de l’innovation attestent de ce que le chef du centre national d’éducation a très mal interprété et analysé les appels à la prudence, la vigilance, la sensibilisation et au respect des mesures barrières édictées par le premier ministre Joseph Dion Ngute. « Le ministre Madeleine Tchuinté n’a jamais évoqué, ni parlé de la vaccination. Le sujet n’a pas fait partie de l’ordre du jour lors des différentes réunions hebdomadaires. Face à la montée vertigineuse de la pandémie, au vu de ce que le président du conseil d’administration de l’institut national de la cartographie (Inc) est décédé des suites de la Covid-19, lors de la réunion hebdomadaire de concertation, la ministre a demandé aux directeurs des instituts d’inciter tout le personnel à se faire tester parce qu’au ministère il y a le dispositif efficient et adéquat pour soigner gratuitement et préserver la santé de tous. Cette histoire du vaccin qui serait rendu obligatoire est une vue de l’esprit », lance un des directeurs d’institut. À l’heure qu’il est, le Cameroun ne peut pas encore se mettre la corde au cou ni rendre la vaccination obligatoire et impérative. Il y a un problème de disponibilité des vaccins en général. Ce qui explique même pourquoi les pays ont opté pour plusieurs vaccins à l’effet de donner plus de chance aux populations d’être vaccinées

Les antivaccins, la mort dans l’âme

Se rendant compte de la faute grave qu’il a commise, définitivement convaincu que des consignes rendant le vaccin obligatoire n’ont jamais figuré dans les instructions de son chef de département ministériel, Mforteh Stephen Ambe qui a vu que son communiqué accentuait le stress et l’angoisse dans des familles, peu réceptives au vaccin contre la Covid-19, a rapporté sa décision en fin d’après-midi. « En rectificatif du communiqué du 06 mai 2021, le chef du Centre National d’Education informe son personnel et les usagers que l’accès dans le Centre dont il a la charge n’est nullement subordonné à la présentation de la carte de vaccination contre la Covid-19, ladite vaccination étant facultative conformément aux très hautes directives du président de la République.Toutefois, il invite préalablement avant l’accès à ladite structure, le personnel et les usagers à présenter des résultats du test Covid-19 émanant d’un centre de dépistage agrée et datant de moins de quatorze (14) jours », signe le chef du Cne.

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Passés les moments de grandes interrogations et les interprétations qui foisonnent au sujet de l’acte isolé et singulier de son collaborateur qui danse plus que la musique alors que l’heure est grave; que l’affaire du vaccin demeure préoccupante, sensible; une patate chaude qui divise l’opinion publique, les gouvernés et les gouvernants, Madeleine Tchuinté en appelle à la solidarité, la pondération, la cohésion sociale et l’esprit d’équipe. Selon elle, il faut éviter les diverses distractions et les sorties de piste de certains spécialistes du complotisme, du cynisme narcissique et politique planifié, des rabat-joie et oiseaux de mauvaise augure, véreux et sans consistance qui tentent de faire ventiler le fait que le Minresi, conscient que le président de la République Paul Biya n’a pris aucun acte de gouvernement, aucune décision rendant le vaccin obligatoire, serait en mesure d’accéder à la chasse aux « non vaccinés au centre national d’éducation.

L’appel à la sérénité de Madeleine Tchuinté

Pour atténuer les vagues et les allégations de certaines langues vipérines en mal de sensations fortes qui voudraient laisser croire que la ministre Madeleine Tchuinté, amazone du président Paul Biya, membre du comité central du Rdpc, ministre inoxydable, increvable et incassable du Régime du Renouveau pourrait se mettre en volte-face contre la politique gouvernementale définie par le président Paul Biya et implémentée par le chef du gouvernement, premier ministre Joseph Dion Ngute, la ministre a d’un ton impératif et pressant souligné qu’il n’est pas question pour un démembrement des structures dont elle en assure la tutelle de s’affranchir par des actes d’anti-jeu, des initiatives solitaires d’indiscipline mettant en mal la machine du gouvernement.

Il y a certes un trop-plein de détracteurs et des comploteurs qui piaffent d’impatience à l’idée de la voir débarquée, mais ce n’est pas en instrumentalisant ses collaborateurs dans les réseaux sociaux. Peut-on rendre la ministre Madeleine Tchuinté responsable, comptable de de l’initiative personnelle de son collaborateur qui a voulu rendre la prise de vaccin obligatoire et préalable à tout accès au centre national d’éducation? Doit-on faire porter au ministre le chapeau d’une instruction qu’elle n’a jamais donnée? Que non!Le ministre de la Recherche scientifique et de l’innovation exerce sa tutelle sur une dizaine d’instituts, davantage des délégations, des services déconcentrés et des services centraux. Une instruction d’une telle ampleur ne peut pas être donnée au seul centre national d’éducation.

Souley ONOHIOLO

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