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Société

Cameroun – Commerce du sexe : L’autre tragédie de la crise anglophone

A Bonabéri, un quartier de Douala, de jeunes filles, fuyant la guerre dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, s’y livrent à la prostitution pour survivre.

Devant le snack-bar « Kwassa Kwassa international », situé à un jet de pierre de la gare routière de Bonaberi (Douala 4e) lundi, 10 juin vers 20h 30, deux jeunes filles à moitié nues vont et viennent. L’une arbore un sous-vêtement noir avec un tricot transparent qui laisse découvrir son ventre et sa poitrine. L’autre est vêtue d’une courte robe noire, laquelle expose ses cuisses et son dos. Moins de dix minutes plus tard, une autre fille, la vingtaine entamée, sort du snack-bar en question et se dirige vers une boutique ambulante installée non loin du lieu où se déroule la scène. Elle y revient fumant une cigarette, tout en esquissant quelques pas de danse. L’ambiance est bon enfant à cet endroit. Plusieurs clients, se trémoussent autour des bouteilles de bière à l’extérieur. Ceci, malgré la défaite du Cameroun (0-1) face au Canada, dans le cadre du match comptant pour la première journée des phases de poules du groupe E, de la Coupe monde féminine de football France 2019.

Le snack-bar « Kwassa Kwassa international » est l’un des débits de boissons les plus fréquentés du coin. En plus des riverains qui viennent s’y recréer, l’on retrouve également des fêtards d’autres arrondissements de la ville de Douala. Mais, il n’y a pas que l’alcool qui attire dans ce débit de boissons. Le « Kwassa Kwassa international » est aussi réputé pour l’abri qu’il accorde à la prostitution. Le phénomène y a pris de l’ampleur ces dernières semaines. La nuit ici se confond au jour. Pour les personnes rencontrées sur place, cette situation résulte de la crise socio-politique qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. A en croire des sources, plusieurs filles en provenance de ces régions du pays ont fait de la prostitution leur gagne-pain quotidien.

L’activité prospère plus que jamais. La preuve, dans ce snack-bar, la vente du plaisir se déroule du lundi au dimanche, de 21h jusqu’à l’aube, apprend-on. Vers 21h30, des conducteurs de mototaxi et autres curieux se ruent à l’intérieur autour des rasades et davantage pour s’entretenir avec des partenaires féminins. Une fois dans la première salle de séjour, une vingtaine de filles, pour la plupart habillées en tenues légères, accueillent les visiteurs. Assises dans un canapé ou adossées près des machines à sous, chaque belle de nuit utilise ses astuces pour « séduire » le potentiel « client » qui peut se trouver dans l’embarras au niveau du choix. Dans ce débit de boissons, on retrouve de tous les goûts, des sveltes en aux rondes. La démarche est simple. Chacune de ces filles souhaite offrir ses services à un plus grand nombre de visiteurs, moyennant une somme d’argent. Laquelle va de 1000 Fcfa jusqu’à l’infini, en fonction de la commande du « client ». Ce qui explique la position de quelques-unes à l’entrée de la première salle. Les autres attendent patiemment les fêtards dans la deuxième salle de séjour plus spacieuse que la première. C’est dans cet autre espace que se trouvent le bar et la cabine de sonorisation. Comme dans la première salle, les belles de nuit se servent des jeux de lumière pour identifier leurs « cibles ». Sans hésitation, elles se rapprochent des tables et proposent une partie de plaisir aux consommateurs. Le langage utilisé en français comme en anglais ou en pidgin est trivial. « Allons faire l’amour ! ».

Quatre murs

Les habitués du « Kwassa Kwassa international », se comptent par centaines chaque nuit. « Tout le monde connaît ce snack-bar. J’y viens régulièrement assouvir mes besoins », avoue un conducteur de moto. « Mon frère, il y a tout làbas », poursuit-il. Dans la salle, ces prostituées munies de clefs, sillonnent un couloir avec des visiteurs. De retour de l’extérieur vers 23h, le reporter de Mutations est approché par une belle de nuit. Elle se prénomme Sandra et s’exprime aisément en pidgin. Après un bref entretien, elle lui fait découvrir ses quatre murs. La chambre de Sandra, construite en matériaux provisoires, se trouve derrière la deuxième salle de séjour. Le couloir obscur qui y mène est hanté par des odeurs nauséabondes. Plus de vingt pièces se côtoient à cet endroit.

L’espace qu’occupe la jeune fille originaire du Sud-Ouest est réduit. A l’intérieur, Sandra se jette sur le lit et attend la suite. Juste à côté d’elle, des préservatifs non utilisés inondent le lit. Elle en offre un à chaque client qui souhaite entretenir des rapports sexuels protégés. Puisqu’il faut le dire, en cas de négociations pour une partie de plaisir non protégée, le prix connaît une augmentation significative. De 1000 Fcfa, il passe de 2 000 à 3 000 Fcfa. Au chevet du lit, le décor est traumatisant, lorsqu’on observe des capotes et des mouchoirs usés, rassemblés dans un carton. Dans un entretien, Sandra révèle que le rapport sexuel dure jusqu’à l’éjaculation. Il peut être protégé ou non. A côté de ces services, elle propose aussi la fellation. Las d’attendre la réaction du reporter, Sandra écourte l’entretien. Elle se refuse de donner d’autres détails sur l’activité qu’elle mène. « What do you want ? », interroge-t-elle en anglais, avant d’exiger des sous, en compensation du temps perdu. 1000 Fcfa, ça ne se discute pas. Comme Sandra, plusieurs de ses collègues n’ont pas souhaité s’exprimer sur leur motivation et les difficultés qu’elles rencontrent dans la pratique de ce métier aussi vieux que le monde. Le sexe est un commerce qui exige l’économie des mots et du temps.

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