Cameroun – Célébrations funéraires : Comment le rite d’Esani a été dénaturé

rite d’Esani

Certaines familles Beti optent désormais pour l’usage d’instruments de musique moderne au détriment du tamtam et des tambours, instruments de musique traditionnels utilisés pour ce rite lors des cérémonies traditionnelles.

Il est 20h ce mercredi 22 septembre 2021 au domicile de monsieur Manga au quartier Cité Verte, arrondissement de Yaoundé VI. Où la famille s’est réunie pour la préparation des obsèques du défunt Zéphyrin Onana, aîné d’une fratrie de sept enfants. C’est ainsi que le benjamin de ladite famille propose de faire jouer l’Esani avec les instruments de musique moderne. « Pour moi cela limiterait les dépenses, d’autant plus que cela se fait de plus en plus lors des obsèques. Nous ne serons pas les pionniers en adoptant cette façon de faire » justifie-t-il. Une proposition adoptée par le reste de la famille.

Cependant, cette nouvelle façon de faire jouer cette musique traditionnelle par des instruments de musiques modernes s’oppose à cet appel de rassemblement dans la culture Beti lors des célébrations funéraires. « L’Esani tel que joué de plus en plus avec les instruments de musique moderne car pré-enregistré n’a aucune valeur», nous confie Jean Claude Anaba, patriarche Ewondo résidant à Mbalmayo. Pour le sculpteur, il ne s’agit pas tout simplement d’un agencement des sons de tam-tam mais d’une communication avec les ancêtres. « Il n’y a pas de pré-enregistrement qui vaille en matière d’Esani.

Puisqu’il s’agit bel et bien de la connaissance de la généalogie de la personne décédée d’une part et de la devise de sa lignée d’autre part. Il faut bien que l’individu décédé ait vécu dans la logique des valeurs qu’incarne cette devise. C’est pourquoi l’Esani ne saurait être joué par n’importe qui et non plus pour n’importe qui » renchérit-il. Un avis partagé par veuve Berthe Ewolo, résidante à Bikok, département du Nyong et So’o. « Étymologiquement Esani dérive du mot « san » qui veut dire se réjouir. Il s’agit de la danse triomphale qui était souvent exécutée par les peuples Beti au retour d’une guerre lorsqu’il avait vaincu l’ennemi. Alors on estimait que la victoire avait été acquise avec le concours des ancêtres. Ainsi il faillait les convoquer à travers des codes pour qu’ils s’associent également à la célébration » affirme-t-elle. Une symphonie servant de connexion entre les vivants et les morts. « Lors des séries des cérémonies traditionnelles, on commence à taper l’Esani à minuit pour appeler les ancêtres à participer aux obsèques du défunt. Et les autres moments que vont résonner à nouveau l’Esani seront pendant la célébration funéraire », poursuit la Matriarche. En somme, ce rite tel que légué par les ancêtres servait de communion entre les vivants et les morts.

Thomas MVONDO(Stg), 237online.com

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