Cameroun: A propos des tontines de Nganang…

Je lis des cris d’orfraie, des  » wayayouille  » d’hypocrites, des indignations à tête chercheuse  » de ça « , de sympathiques  » vendeuses de piment  » qui jouent les vierges effarouchées : c’est le commun d’un pays où un frère Bamoun peut te demander  » pourquoi tu traites avec des Bamiléké, foncièrement méchants et profiteurs  » et pourtant décharger sa bile sur l’écrivain et ses vaseux concepts sur les Bulu.

Oui, c’est aussi le commun de gens qui te disent en 2016 que la politique ce n’est pas leur affaire, que marcher à Paris ne sert à rien, qu’ils ont des intérêts à protéger au Mboa, mais pourtant faire du porte à porte d’associations Bassa en octobre 2018 pour Cabral Libii et se mobiliser entre-soi pour faire venir du monde à son meeting de Levallois. Ou, chic de l’affinité tribale, l’inviter au forum d’une sœur du village à l’Assemblée nationale française…

Oui, c’est aussi le commun d’un pays où des amis et compatriotes Beti ou de manière plus générale Ekang, t’appellent, horrifiés par le  » saccage intolérable de l’Ambassade du Cameroun en France par ces sales tontinards Bamiléké  » mais restent cois comme des silures du Nyong, silencieux comme des comparses de mafia calabraise, quand le scandale des résidences de l’ambassadeur du Cameroun en France, gouffre à milliards concerne Samuel Mvondo Ayolo, un frère Bulu, un enfant Ekang.

Oui, le commun de compatriotes qui se regroupent en pool Béti pour se rendre à l’Ambassade, rencontrer un consul pour solliciter des fonds  » pour mettre en place une association de patriotes pour lutter contre les partisans de Kamto qui ont défilé le 18 mai… »

Oui, le commun de compatriotes qui détruisent un chantier de statue de Ruben Um Nyobé à Douala parce que Bassa, et ne trouvent rien à redire sur la statue d’un colon français trônant honteusement sur la place du Gouvernement à Bonanjo où pourtant a été pendu l’un des pères de la Nation, Douala Manga Bell et son collaborateur Ngosso Din.

Oui, le commun tragique de compatriotes qui partagent goulument des vidéos d’un militaire, censé désarmer des citoyens enragés, des fils Mbororo, protéger des civils, éviter des massacres et des règlements de compte, mais qui laisse faire : un héritier de ces méthodes dites de la contre-insurrection française au Cameroun consistant à diviser les tribus, enflammer les esprits, pour mieux régner et stigmatiser une partie de la population.

Dans notre Titanic tanguant sur la Sanaga, si Paul Biya tient encore le gouvernail détraqué, la main tenue par son épouse et la boussole brisée par ses collaborateurs, il y’a si l’on veut être cohérent, sincère et juste en s’indignant sur la question de l’harmattan du tribalisme, deux capitaines de vaisseaux conceptuels, produits du traumatisme, des frustrations et des échecs de ces 37 dernières années : Mathias Eric Owona Nguini et son abjecte théorie du tontinard bamiléké et Patrice Nganang et son malfaisant paradigme du Bulu, aka sardinard. Il faut apprendre à voir où l’on glisse et non faire des pélérinages où l’on est tombé.

Quand on ne réfléchit pas en profondeur et en commun sur la refondation de l’idée de Nation, une forme de l’Etat qui concilie l’histoire, les traditions, la cohésion nationale et sociale donc la question de la solidarité et du partage, l’aspiration au progrès commun, notre rôle dans la Renaissance africaine, les raisins de la colère et des radicalités actuelles, on se laisse aller au buzz des vidéos de tontines. On s’oublie, on omet notre tribalisme intrinsèque pour trouver en Nganang, une figure expiatoire idéale.

Ôtons nos barrières psychologiques, sortons de nos replis, condamnons avec la même force chaque acte ou parole tribaliste, d’incitation à la haine et de stigmatisation perfide. Condamnons l’esprit de Lamberton et travaillons tous pour la mémoire de nos peuples massacrés par les Français. N’excusons aucun propos tribaliste, je dis bien aucun, sous le prétexte de combattre le pouvoir de Biya ou de soutenir la cause anglophone !!!

Et, surtout, pensons Cameroun. Pensons Afrique. A ce moment-là, plus personne ne fera de son ethnie ou de sa tribu, la victime suprême ou la vertueuse idéale. Plus personne n’assimilera la tontine au  » mal bamiléké  » ou les Bulu au mal absolu.

A. Moundé Njimbam
#LECAMEROUNESTMATRIBU
#L’AFRIQUEESTMONVILLAGE

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