En 11 ans d’existence, la Banque camerounaise des PME n’a financé que 85 projets pour moins de 2 milliards de FCFA. Créée en 2015 sur promesse du chef de l’État après le comice agropastoral d’Ebolowa, cette institution censée révolutionner l’accès au crédit pour les petites entreprises camerounaises s’est révélée être un fiasco colossal. Une perte sèche de 5 milliards de FCFA, une directrice générale suspendue, une procédure disciplinaire de la COBAC.
Une banque née sous de mauvais auspices, gérée dans le chaos
Dès sa création, la Banque camerounaise des PME portait en elle les germes de son échec. Le journaliste économique Albin Njilo le rappelle sans détour : « S’il y a un Camerounais qui s’était violemment opposé à la création de cette banque, c’était bel et bien l’ex-conseiller économique du président, Christian Penda Ekoka. » Ce dernier, ingénieur financier reconnu, estimait que le Cameroun n’avait pas besoin d’une nouvelle structure bureaucratique. Il suffisait de mobiliser la Société Nationale d’Investissement (SNI), qui dispose déjà d’avoirs pouvant servir de garanties auprès des banques commerciales existantes.
Mais l’avertissement n’a pas été entendu. Deux ans seulement après son ouverture, la banque se retrouvait déjà en situation d’illiquidité. La gestion chaotique de l’institution a finalement contraint la COBAC — le régulateur financier de la zone CEMAC — à ouvrir une procédure disciplinaire contre la banque et ses dirigeants, aboutissant à la suspension de sa directrice générale. Une humiliation institutionnelle rarissime dans le paysage bancaire camerounais.
Le bilan chiffré est accablant. En 11 années d’activité, la Banque des PME n’a financé que 85 projets, pour un total inférieur à 2 milliards de FCFA. Pour une institution créée spécifiquement pour résoudre le problème chronique d’accès au crédit des PME camerounaises, le résultat est proprement indécent. Les banques commerciales classiques, pourtant régulièrement critiquées pour leur frilosité, font statistiquement bien mieux sans bénéficier d’une mission d’État aussi explicite.
Confier la substitution aux importations à ce naufrage : l’aberration du duo MINFI-MINEPAT
Ce qui révolte aujourd’hui les observateurs économiques, c’est la suite de l’histoire. Alors que la faillite de la Banque des PME est documentée, chiffrée et sanctionnée, le ministère des Finances (MINFI) envisage de confier à cette même structure le financement de la stratégie de substitution aux importations — l’un des chantiers économiques prioritaires du gouvernement camerounais.
Pour Albin Njilo, il s’agit d’une « aberration économique du duo MINFI-MINEPAT ». Il explique que la substitution aux importations ne se limite pas au financement de la production locale. Elle exige des mesures structurelles fortes : quotas d’importation, licences restrictives, protection active de l’industrie nationale. Or, pendant que le Cameroun finance des programmes de production rizicole, le même gouvernement facilite l’importation du double de la consommation nationale en riz. Même contradiction pour le sucre.
La surliquidité des banques camerounaises — un paradoxe bien connu — repose sur un problème de garanties : les créateurs de richesse n’en disposent pas suffisamment pour accéder au crédit. La SNI aurait pu résoudre ce problème structurellement. La Banque des PME, elle, a simplement ajouté une couche de bureaucratie inutile, coûteuse et inefficace par-dessus un problème qu’elle n’avait ni les moyens ni la gouvernance pour résoudre.
Une recapitalisation qui inquiète
Malgré ce tableau catastrophique, une recapitalisation de la Banque des PME est aujourd’hui envisagée. Une décision qui suscite une vive inquiétude dans les milieux économiques. Injecter de nouveaux fonds publics dans une structure qui a démontré pendant plus d’une décennie son incapacité à remplir sa mission reviendrait à jeter l’argent des contribuables camerounais dans un puits sans fond.
« L’impact positif de la Banque des PME est aujourd’hui insignifiant », tranche Albin Njilo. Une formulation mesurée pour qualifier ce qui ressemble, dans les faits, à l’un des plus grands gaspillages institutionnels de l’histoire économique récente du Cameroun.
La vraie question que personne ne pose officiellement : qui a profité de ces 11 ans d’inefficacité ? Car une banque peut difficilement perdre 5 milliards de FCFA, ne financer que 85 projets et rester en activité sans que des responsabilités individuelles précises soient établies et sanctionnées. La COBAC a suspendu la DG. Mais les véritables architectes de ce fiasco ont-ils jamais été inquiétés ?
Selon vous, faut-il fermer définitivement la Banque des PME ou la réformer en profondeur ?




