Politique

Alternance au Cameroun : Vers l’étranglement de la démocratie ?

Certains acteurs politiques redoublent de manœuvres strangulations aux principes démocratiques au fil des jours.

Remplacer Paul Biya à Etoudi par des chemins tortueux est l’enjeu. « La démocratie camerounaise, au moment où s’amorce inexorablement l’horizon de ce que Paul Biya a appelé lui-même la transition générationnelle, est à la croisée des chemins. Comment se fera cette transition pour ne pas dire alternance? Les mécanismes de d’évolution du pouvoir semblent en situation au Cameroun (comme il est développé dans la deuxième partie) et génère peu ou prou, des stratégies de contournement du canevas prescrit par l’ordonnancement juridique national. La première manœuvre retentissante est la création du mouvement dix millions de nordistes, aussitôt interdit par l’Administration territoriale. Bien entendu, ce groupe de pression qui aurait pu se muer en parti politique, ambitionnait la quête du pouvoir d’Etoudi. Les partisans ou les sympathisants de ce mouvement mettaient en avant régulièrement, deux arguments pour justifier que le pouvoir devait revenir dans le grand nord après Paul Biya.

En premier lieu, ils indiquaient que sur le plan démographique, la partie septentrionale du pays étant la plus peuplée du pays, selon eux, il revenait à cette zone de décider de qui sera le prochain président du Cameroun. En deuxième lieu, ils multipliaient à l’envi les déclarations selon lesquelles Paul Biya avait le devoir moral de céder le pouvoir à un fils du grand nord. Cela entrait dans la normalité des choses car le premier président de la République, Ahmadou Ahidjo, fils du septentrion avait remis gracieusement le pouvoir à Paul Biya. Après le Mouvement 10 millions de nordistes lancé par Guibaï Guatama et interdit dans la foulée, est né le Mouvement citoyen des franckisites pour la paix et l’unité du Cameroun. Ce groupe de pression jure aussi ses grand dieux que Franck Biya, le fils aîné de l’actuel chef de l’Etat est le joker pour une alternance au sommet de l’Etat. Contrairement au mouvement interdit qui s’appuyait sur le grand nord exclusivement, ce dernier compte ratisser large sur toute l’étendue du territoire national pour asseoir leur champion sur le fauteuil de son père.

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Complexité

Pour l’heure, ni le concerné, ni le pouvoir n’a rien dit de ce mouvement, suscitant au sein de l’opinion toutes les appréhensions possibles. Le dernier mouvement à voir le jour, un peu comme en réponse aux Franckistes, est le Mouvement de soutien à Mohamadou Ahidjo, le fils aîné du premier président de la République. Ce dernier quant à lui, selon des sources qui lui sont proches, ignore qui est le promoteur de cette initiative. Quoiqu’il en soit, ces appels aux fils des deux chefs d’État de se lancer dans la course à la succession au pouvoir d’État, est asymptotique d’une situation politique délicate au Cameroun. Il y a comme une volonté tous azimuts de préparer l’opinion à l’acceptation d’une possibilité filiale de succession au sommet de l’Etat même si chez le « Nom Ngui » on ne descelle aucun signe allant dans ce sens. L’âge vénérable des tenanciers du pouvoir est un additif qui vient relever davantage le degré de complexité de l’alternance du pouvoir au Cameroun.

Un mécanisme verrouillé

La longévité de Paul Biya au pouvoir a de toute évidence fait le lit à toutes les stratégies pour le remplacer au sommet de l’État. La situation politique ambiante développe un climat propice à la germination des projets démocratie-cide. Au sein du pouvoir, un faisceau d’indices convergent vers cette assertion. Tout d’abord, le dauphin constitutionnel du président de la République, Marcel Niat Njifendi, ne brille pas particulièrement par l’affirmation d’une disponibilité à être sollicité en tout temps pour répondre aux pressantes obligations de l’État. On ne choisit pas d’être malade mais le destin ou le sort veut que pour l’heure, celui qui pourrait remplacer Paul Biya en cas de vacance ou d’indisponibilité au sommet de l’État, soit régulièrement sous les feux de rampe de l’actualité pour des ennuis graves de santé. A la dernière session du Sénat, tout Yaoundé a bruissé des plus folles rumeurs à son sujet.

Tout ceci, de manière synchrone, fragilise toutes les prétentions constitutionnelles de l’institution d’assumer les charges du dauphinat qui lui sont dévolues. En deuxième lieu, au sein du parti présidentiel, la candidature à l’élection présidentielle est un privilège réservé au seul président du Rdpc. Naturellement, on comprend que toutes les têtes couronnées que regorge ce parti, ne vont pas croiser les bras pour observer le Graal leur filer sous le nez. Même au Vatican, au moment de choisir le pape d’entre les cardinaux, on n’est pas obligé de faire la publicité sur toutes les intrigues les plus insoupçonnées qui émaillent le milieu des saints hommes. C’est dire l’ampleur de l’ébullition au sein de ce parti au moment où on est en pleine campagne de renouvellement du sommier politique. L’enjeu bien entendu est la présidence du parti. Paul Biya cédera-t-il son fauteuil à un autre camarde au cours d’un congrès qu’il décidera du jour? C’est l’incertitude à cette question qui excite ceux qui ont des visées présidentielles à initier des stratégies de contournement en vue d’arriver à Etoudi. Une autre indice, et non des moindres, est le tribalisme entretenu qui a fragilisé le sentiment d’appartenance à une seule et même Nation. Le pouvoir lui-même, souffle régulièrement sur les braises de la division surtout en période d’élection présidentielle.

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Ainsi en 92 au moment où le Rdpc était en ballotage avec le Sdf, les communautés anglophones et Bamiléké ont été indexées, stigmatisées sous le générique risible « Anglo-Bami ». En 2018, à l’heure où Maurice Kamto comme Ni John Fru Ndi en 1992, revendiquait la victoire, la communauté Bamiléké dont il est issu a été vouée aux gémonies. C’est donc une question de stigmatisation exacerbée,circonstanciée aux menaces électorales. Cette détestable situation explicite en partie la volatilité au repli identitaire. Toutes les strates de la société sont touchées par cette fragmentation de la société, où les ethnies deviennent ou sont devenues des micro-nationalités. Le risque est dès lors grand que dans le sillage des régions anglophones, d’autres parties du pays cèdent le pas et s’y engouffrent. Vous avez dit démocratie ou système bloqué ?

Léopold DASSI NDJIDJOU

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