Société

Affaire Mebe Ngo’o : Le cas Victor Menye

Mardi dernier, l’ex-Dga de la Scb Attijariwafa s’est dit soulagé de prendre enfin la parole pour laver son honneur après trois ans de détention et attend toujours d’être interrogé sur des faits précis.

C’est un banquier de réputation au Cameroun depuis bientôt 40 ans qu’il y roule sa bosse. Placé en détention provisoire à la prison centrale de Kondengui à Yaoundé en mars 2019, Victor Emmanuel Menye, Directeur général adjoint de la Scb Attijariwafa en poste au moment de son interpellation a été appelé pour la première fois dans le box des accusés, mardi dernier, par la présidente du Tribunal criminel spécial, dans le cadre du procès connu sous l’appellation Affaire Mebe Ngo’o, du nom de l’ex-ministre de la Défense arrêté pour détournement présumé de deniers publics. Pour sa première prise de parole devant la barre du Tcs, Victor Emmanuel Menye a exprimé à la fois du soulagement et un profond sentiment d’injustice : « Je souhaite dire que je suis soulagé de prendre la parole après 3 ans de castration sociale, de détention, afin de rétablir mon honneur après l’opprobre jeté sur moi par le Tribunal Criminel Spécial. »

L’ex- Dga de la Scb Attijariwafa s’étonne et s’indigne d’avoir découvert dans l’ordonnance de renvoi des accusations pour lesquelles il n’a jamais été interrogé par le juge d’instruction. « L’ordonnance de renvoi dit que vous êtes renvoyé devant cette juridiction pour complicité de détournement de la somme totale de 18.699.567.085 Fcfa. Est-ce que vous avez été interrogé par le juge d’instruction sur les faits et le montant total de 18.699.567.085 Fcfa ? », lui demande Me Bikaï bi Bikaï, son avocat, dans la phase d’Examination-In-Chief. Autre question : « On dit charges suffisantes contre vous de complicité de blanchiment aggravé des capitaux dont le montant avoisine 20 milliards Fcfa. Avez-vous été interrogé par le juge d’instruction sur ces faits au montant avoisinant 20 milliards ? »

Kongossa

La réponse de Victor Emmanuel Menye à ces deux questions de son avocat est restée invariable : c’est non, insiste-t-il. « On me met en prison, ajoute-t-il, pour les questions qu’on ne m’a pas posé, ni par les enquêteurs, ni par le juge d’instruction. Juge des libertés dans d’autres pays, qui met en prison un mandataire de banque qui pouvait présenter une garantie de caution de 1.300.000.000 Fcfa, que le juge n’a pas sollicité. Il a préféré me mettre en prison. Le même juge d’instruction me renvoie devant votre auguste tribunal pour des infractions qu’il n’a pas pris la peine de m’interroger. En conclusion, j’ai été renvoyé devant votre tribunal pour des faits pour lesquels je n’ai pas été interrogé avec la disparition d’un co-auteur en la personne de Robert Franchitti », déplore Victor Menye.

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Théoriquement, c’est un motif suffisant d’annulation d’une procédure pénale.
Me Bikaï bi Bikaï, poussé par les manquements apparus dans l’enquête contre son client enfonce le clou : « Avez-vous été confronté aux autres mis en cause lors de cette enquête préliminaire ? ». Là aussi, l’accusé répond non. « Lorsque je suis convoqué comme suspect, j’étais surpris car je pensais que devant un tribunal criminel, pénal même s’il est spécial, on vous oppose des faits, de la matière, mais pas des supputations, du Kongossa. C’est sur ce vide, ce néant que je suis gardé à vue le 5 mars 2019 », lâche-t-il.

Il faut rappeler que malgré ses vives dénégations, Victor Emmanuel Menye est inculpé de s’être « à Yaoundé, courant 2010-2014, rendu complice de coaction de détournement de la somme de plus de 1.300.000.000 Fcfa reproché à Edgard Alain Mebe Ngo’o et à Robert Franchitti, à travers les actes d’aide et de facilitation à lui apportés en qualité de banquier, dans divers montages et transactions financiers ainsi que l’ouverture abusive de multiples comptes bancaires tant sur le plan national qu’international. De s’être à Yaoundé depuis 2011 rendu complice du crime de blanchiment aggravé de capitaux reproché à Mebe Ngo’o à travers les actes de facilitation à lui apportés en qualité de banquier dans divers montages financiers. » Des actes supposés d’aide, de facilitation, de montages et transactions financiers dont l’accusé réclame à tue-tête qu’ils soient corroborés par des preuves.

Snh

Mardi dernier, l’ex-Dga s’est longuement attardé sur les faits pour lesquels il a été entendu par le juge d’instruction le 17 octobre 2019. « Le 17 octobre 2019, le juge d’instruction voulait savoir si j’ai été impliqué dans l’acquisition des effets militaires au Mindef de 2009 à 2015, je lui ai répondu que je n’y étais pas impliqué à titre personnel. Il a voulu savoir si en tant que Dga, la SCB avait été impliquée dans l’acquisition des effets, je lui ai dit que le Mindef est parmi les 200.000 clients de la SCB. Il voulait savoir si le Mindef a ouvert les comptes à la SCB, si oui quels types de comptes, j’ai dit que le Mindef avait des comptes courants ouverts avant 2009. Il voulait savoir dans quel cadre la SCB est intervenue dans les marchés, je lui ai dit que le compte est alimenté par des ressources provenant de la Snh ou du ministère des Finances. Une fois alimenté il pouvait faire l’objet des retraits ou des virements, sous la signature conjointe du chef service des Affaires générales et du Ministre.» Victor Emmanuel Menye s’interroge toujours les modalités qu’auraient pu prendre une éventuelle implication de sa part, lui qui n’est pas personnel du Mindef.

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Autre préoccupation du juge d’instruction à la même audition du 17 octobre 2019, savoir si on peut faire des découverts sur le compte du Mindef. Réponse de Victor Menye : « Je lui ai dit qu’on pouvait faire des découverts comme à tout client. Ainsi pour les paiements de la SNH, le ministre joignait la lettre du Chef d’Etat-major particulier qui marquait l’accord du déblocage. Dans les virements du Minfi, il y a la lettre du Minfi au Payeur général du Trésor. A la question de savoir si j’étais au courant de la loi n°2007/006 portant régime financier de l’Etat qui interdit aux administrations l’ouverture des comptes, j’ai dit non et que cela n’a jamais été reproché à la banque ni par les commissaires aux comptes, ni par les impôts, encore moins par la Cobac», précisait-il.

Liens avec Mebe Ngo’o

Le juge d’instruction avait posé aussi des questions sur ses rapports avec M. Mebe Ngo’o. « Je lui ai expliqué que j’étais l’ami de M. Mebe mais pas des fonctions ministérielles de M. Mebe et que j’avais connu plusieurs de ses prédécesseurs : le Cabinet Civil depuis Laurent Esso, la Dgsn depuis Jean Fochive, le Mindef depuis Akame Mfoumou. » Un crime d’amitié avec M. Mebe Ngo’o. Le juge d’instructions voulait en outre savoir si Victor Emmanuel Menye connaissait Robert Franchitti. « Oui je le connais, mais pas de façon particulière, il voulait travailler avec le groupe Attijariwafa mais n’était pas dans le modèle de la banque. Après, il est passé aux affirmations et au Kongossa sur le fait que je serais le facilitateur des montages financiers de Mebe Ngo’o, je lui ai dit que je trouvais ces allégations mensongères et calomnieuses et qu’il ne peut apporter de preuves », a soutenu l’ex-Dga.

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Pour mémoire, Victor Menye est pour la première fois convoqué à l’enquête préliminaire le 18 février 2019 par les Officiers de la police judiciaire, pour, croyait-il, avoir des éclairages sur les opérations en banque en lieu et place du Dg marocain qui était un étranger. « Je suis surpris que les fins limiers du Tcs m’interrogent sur les affabulations, le kongossa soutenus par rien du tout jusqu’à date », martèle-t-il.
L’Examination-in-chief terminée mardi dernier, l’audience a été suspendue et reprendra le 20 septembre prochain. Ce sera la cross-examination par la partie civile et le ministère public dont on voit toute la difficulté à soutenir des faits précis opposables à cet accusé séparé de sa fille dans la douleur, décédée et enterrée à Montpellier en France. « Ma fille était suivie depuis l’âge de cinq ans à l’hôpital à Paris. Lorsque le juge d’instruction m’envoie devant ce tribunal le 26 août 2020, ma fille voyage pour la France et le 16 septembre 2020 elle décède et est enterrée à Montpellier. Je ne dis pas qu’elle ne serait pas décédée. Mais je pense qu’elle n’aurait pas été enterrée là-bas. Tout ceci à cause de la méchanceté des hommes », a-t-il lâché.

Claude Tadjon / 237online.com

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