Société

13 septembre 1958 – 13 septembre 2022: Hommage de la diaspora Camerounaise combattante de Belgique à Ruben Um Nyobe

Instituteur, syndicaliste et, homme politique charismatique, Ruben Um Nyobé porta les revendications d’indépendance du Cameroun jusqu’à l’ONU. Un combat qui lui coûta la vie le 13 septembre 1958.

C’est dans une forêt de Sanaga Maritime, dans le sud du Cameroun, qu’une patrouille française qui traquait depuis plusieurs mois, le secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun (UPC) repérera son objectif et l’abattit.

Le motif de l’élimination du Secrétaire Général de l’Union des Populations du Cameroun et de la direction du mouvement indépendantiste camerunais dans son ensemble par la puissance de tutelle était d’imposer au peuple Camerounais une indépendance sous la haute surveillance des Accords de défense et de Coopération assurant l’accès prioritaire de la France aux richesses du Cameroun et aussi, d’imposer au peuple Camerounais une élite politique de collaborateurs dociles à la raison coloniale, à savoir successivement, Charles Okala, André-Marie Mbida, Ahmadou Ahidjo , etc.
Um Nyobé en 1958, Félix Moumié en 1960, Ossendé Afana en 1966, Ernest Ouandié en 1971 et plusieurs milliers de Camerounais furent massacrés pendant 25 années de guerre asymétrique sans merci, parce qu’ils voulaient que le peuple soit effectivement le détenteur de la souveraineté politique sur le territoire du Cameroun.

Le 13 septembre 1958, à la suite de l’assassinat de Um Nyobe, son corps fut traîné jusqu’au chef-lieu de la région, où il fut exhibé, défiguré, profané. Il a été privé d’obsèques après sa mort et enterré à la sauvette au cimetière de la mission presbytérienne d’Eséka.
Um Nyobè est né en 1913 à Song Peck près de Boumnyebel (Sanaga Maritime)dans l’arrondissement d’Eséka, de Nyobé Nsounga et de Ngo Um Nonos.  » Le Cameroun est alors une colonie allemande, qui ne deviendra un territoire sous mandat de la Société des nations (SDN) confié en partage à la France et au Royaume-Uni qu’au sortir de la première guerre mondiale. Eduqué dans les milieux protestants, il devient fonctionnaire et s’intéresse assez tôt à la politique. Il s’engage à la fin des années 1930 dans la Jeunesse camerounaise française (JEUCAFRA), une organisation mise sur pied par l’administration française pour fédérer les élites contre la propagande nazie, avant de prendre part, à la fin de la seconde guerre mondiale, au Cercle d’études marxistes – lancé à Yaoundé par le syndicaliste français Gaston Donnat – qui allait devenir une véritable pépinière du nationalisme camerounais. D’abord responsable syndical, Um Nyobé est ensuite désigné secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun constituée à Douala en avril 1948. L’heure n’est plus, dira-t-il plus tard, simplement de « s’opposer à l’hitlérisme comme en 1939, mais au colonialisme tout court ».

Lire aussi
Cameroun : 4h pour enlever l’aéronef hors de piste

C’est pour défendre cet objectif, articulant intimement progrès social et économique, indépendance pleine et entière, et réunification des Cameroun britannique et français, qu’Um Nyobé engage toutes ses forces en tant que secrétaire général de l’UPC.
Inlassablement, pendant les dix dernières années de sa vie, de 1948 à 1958, il réaffirme ces trois principes sur toutes les tribunes et dans tous les journaux.

Modeste, ascétique, d’une étonnante rigueur intellectuelle et morale, UM NYOBE dénonce infatigablement le sort misérable réservé aux « indigènes », les manœuvres des milieux colonialistes, ainsi que la bassesse et la corruption de ceux de ses compatriotes qui préfèrent faire le jeu de l’adversaire plutôt que de s’engager dans la lutte pour la souveraineté nationale et la justice sociale.
Plus exceptionnelle encore est sa capacité à décrypter et à disséquer le système juridique particulier auquel est soumis le Cameroun, devenu territoire sous tutelle de l’Organisation des Nations unies au lendemain du second conflit mondial.
Des villages camerounais les plus reculés jusqu’à la tribune des Nations unies, où il est convié à trois reprises entre 1952 et 1954, il explique sans relâche que le droit, aussi bien français qu’international, est dans le camp de l’UPC.

Lire aussi
Cameroun - Yaoundé : Un corps sans vie retrouvé à Ngoa-Ekelle

La France n’a dès lors aucune légitimité pour s’imposer plus longtemps à une nation qui veut être enfin maîtresse de son destin.
Pour les associations de la diaspora camerounaise combattante de Belgique, la victoire amère de Ruben Um Nyobé, réside, soixante et quatre ans après sa mort, dans l’échec patent de ceux qui l’ont tué et qui ont empêché le Cameroun de devenir un pays fort et prospère.
Au regard de l’histoire, il apparaît claire et limpide aujourd’hui qu’UM Nyobé a bel et bien été assassiné car il constituait un obstacle majeur à la perpétuation du pacte colonial.

En ce énième anniversaire funèbre en la mémoire d’Um Nyobè, les associations de la diaspora camerounaise combattante de Belgique formulent l’intention qu’un jour, un Mausolée digne de son sacrifice et de celui de ses illustres compagnons, soit bâti au Cameroun.
Nous continuons à croire qu’un jour, Um Nyobe sortira symboliquement de sa prison de béton de Boumnyébél pour reprendre contact avec la patrie à laquelle il a dédié le meilleur de son âme glorieuse
Par ailleurs, nous, associations de la diaspora camerounaise combattante de Belgique, éprises de liberté, de bien-être et de justice invitons le peuple Camerounais en entier à prendre la responsabilité d’initier les actions diplomatiques et judiciaires appropriées contre l’Allemagne, l’Angleterre et la France.
De telles actions judiciaires et diplomatiques doivent réclamer le paiement aux populations camerounaises des réparations pour les crimes, l’exploitattion et les vols commis par l’administration coloniale au Cameroun.
L’initiative doit être le plus possible fondée sur le dédommagement des familles et des communautés victimes.
Des personnes comme Um Nyobé qui non seulement ont posé le problème, mais se sont battues pour notre autodétermination. Ces patriotes ont été assassinés les uns après les autres: Um Nyobé en 1958, comme Félix Moumié en 1960, comme Ernest Ouandié en 1971. Elles ont bien mérité de la patrie et c’est la raison pour laquelle le nous tous, comme les patriotes avertis, leur devons notre reconnaissance et notre respect.
Le peuple Camerounais continuera indéfectiblement le chemin tracé par les artisans de la révolution africaine. A l’image des héros de celle-ci, tel Cabral, Lumumba, N’Krumah, Um Nyobe et bien d’autres encore.

Lire aussi
Les archives du football camerounais viennent de brûler...

Il est temps de continuer dans la poursuite de la lutte jusqu’à la totale libération du territoire national et du continent africain tout entier. Et à tous les peuples opprimés luttant pour leur affranchissement il manifestera toujours sa solidarité de la façon la plus active possible.
Fait à Bruxelles le 13 septembre 2022.
1- Le CODE( Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques de la Diaspora Camerounaise) : Ms. Ophilia AZE
2- Le Mouvement de Février 2008 au Cameroun : Rodrigue Damtat
3- ASMA (Action Solidaire pour Marafa) : Aimé Nyambe
4- CEBAPH( Cercle Belgo Africain Pour la Promotion Humaine) : Hugues Seumo
5- ASI (Action Solidaire Internationale ) : Gisèle Emegue
6- La Fondation Moumié : Delphine Fouda

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page