Politique

Voici la brigade cybernétique secrète qui protège l’image du Cameroun

Depuis la présidentielle de 2018, la bataille politique se joue aussi sur les réseaux sociaux.

Pour mener la riposte face à une opposition qui a pris de l’avance sur ce terrain, le RDPC a discrètement constitué un groupe de jeunes activistes. Dans sa petite chambre située en plein cœur de Bonamoussadi, le quartier universitaire de Yaoundé, Jean K. a la discipline d’un soldat et la discrétion d’un espion. Chaque jour, cet ancien étudiant au chômage passe le plus clair de son temps à naviguer sur les réseaux sociaux, où il scrute méthodiquement les publications à caractère politique. Sur Facebook et Twitter notamment, ce trentenaire cumule à lui seul une dizaine de comptes, lesquels portent tous des noms fictifs. De faux profils grâce auxquels il assure une veille sur l’actualité des personnalités camerounaises et, surtout, inonde la Toile de contenus politiques.

Un smartphone, un modem et des secrets

Jean K. fait partie d’un groupe d’une quarantaine de jeunes choisis par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) pour donner la réplique aux opposants au président Paul Biya sur internet. Son recrutement, il le doit à l’un de ses proches, membre du comité central du parti.

« J’ai reçu un coup de fil de mon oncle un soir. Il recherchait des jeunes « qui comprennent comment fonctionnent les réseaux sociaux ». Il m’a demandé si j’étais disposé à les aider. J’ai accepté et, une semaine plus tard, on tenait notre première réunion », raconte-t-il. Pour mener à bien sa mission, Jean K. dispose de deux outils de travail, offerts par les responsables du RDPC : un smartphone et un modem de connexion à internet.

Des voix s’élèvent pourtant pour dénoncer des dérives dans les actions de cette brigade cybernétique. Les activistes de la diaspora étant en majorité des sympathisants de Maurice Kamto, ceux-ci sont régulièrement assimilés par les partisans du régime à des membres de son ethnie, les Bamilékés. De ce fait, la joute idéologique avec la brigade du RDPC tourne régulièrement en une violente rhétorique axée sur l’opposition “Bamilékés contre Bétis”.

Le blogueur Mathieu Youbi, fondateur du forum digital LCCLC regrette notamment que les membres de cette brigade n’aient pas bénéficié d’une formation préalable, « ils utilisent des méthodes qui sont nocives pour le pays. Nous les anti-Biya, essayons par notre activisme de montrer que le régime Biya n’a rien fait pour le Cameroun. Eux créent des faux profils qui distillent la haine», déplore-t-il.

Des accusations que rejette Jean K. « Nous ne faisons que répondre à ce que nous trouvons sur la toile. Si ce sont des insultes, nous ferons pas de caresses. Ces soi-disant activistes sont ceux qui sèment plus la haine entre les Camerounais, et nous sommes là pour les ramener à la raison», conclut-il.

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