Un ancien ministre camerounais témoigne de ses conditions de détention

Jean-Marie Atangana Mebara, ancien ministre, secrétaire général à la présidence de la République a fait paraître un livre depuis la prison où il est détenu dans le cadre de l??opération anti-corruption Epervier. Avec Lettres d??ailleurs, Jean-Marie Atangana Mebara revient longuement sur les circonstances de son arrestation et les conditions de détention au Cameroun.C??est depuis sa cellule à la prison de Kondengui à Yaoundé que Jean-Marie Atangana Mebara a rédigé ses Lettres d??ailleurs. Un ouvrage sous forme de missives adressées à certains de ses proches ainsi qu??à quelques personnalités camerounaises.

L??ancien secrétaire général de la Présidence ?? un poste réputé si stratégique que son occupant est parfois surnommé « Demi-Dieu » par les Camerounais ?? revient sur son parcours politique et les circonstances de son arrestation. Poursuivi pour détournement et tentative de détournement de deniers publics dans le cadre du renouvellement de la flotte présidentielle, l??affaire « Albatros », l??auteur clame son innocence et entend donner à réfléchir sur le système juridique camerounais.Au fil des pages, Jean-Marie Atangana Mebara, incarcéré depuis le 6 août 2008, dénonce une détention préventive abusive et une instruction partiale. L??ancien homme fort du régime s??adresse notamment au ministre de la Justice de l??époque, Amadou Ali (ndlr : en poste jusqu??au récent remaniement ministériel début décembre), lui faisant part des dysfonctionnements profonds du système judiciaire camerounais, de l??acharnement politique dont il s??estime victime, tout en détaillant par le menu les conditions de détention effrayante des prisonniers de la prison centrale de Kondengui.  Sur le ton de l??humour noir, il consacre aussi un chapitre de conseils pratiques aux personnalités sous la menace de l??Epervier, l??opération mains-propres qui a conduit une dizaine d??anciens ministres en prison. Lorsque les rumeurs d??une arrestation se profilent, il leur suggère ainsi de ne pas solliciter les confrères ministres « comme chacun a peur de perdre son maroquin, aucun ne vous donnera la bonne information ». Il recommande aussi de s?? « exercer à dormir dans des lits pour enfant » en prévision des matelas étroits de prison ou encore de faire un tour à la morgue pour éviter « d??être choqué ou bouleversé par le spectacle ?? de ces corps que l??on sort sur la même civière de tissu couleur vert ». Procès à tiroirL??une des principales surprises de Lettres d??ailleurs  vient toutefois de la préface, signée du cardinal Christian Tumi, personnage respecté, bien connu pour son franc-parler et ses critiques envers l??actuel régime. L??ancien archevêque de Douala, 81 ans, se pose en soutien de l??ex-ministre incarcéré :« Je l??ai fait surtout en raison de l??admiration que j??ai pour lui. C??est quelqu??un qui, à mon jugement, a une vertu qui manque chez nous : l??honnêteté intellectuelle. Je constate qu??il y a des gens honnêtes en prison tandis que les criminels se baladent dehors », a-t-il expliqué lors de la présentation de l??ouvrage à la presse mardi dernier. Jean-Marie Atangana Mebara comparaitra de nouveau devant le tribunal de grande Instance du Mfoundi à Yaoundé au début du mois de janvier 2012. Le procureur de la République présentera alors ses réquisitions intermédiaires sur une partie des charges qui pèsent contre lui tandis que l??instruction se poursuit encore sur deux chefs d??inculpation. Présages d??un « procès à tiroir » qui s??annonce interminable.

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