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L'ouverture sur le Cameroun

Sous approvisionnement: Voici pourquoi la sardine devient chère et fade

Très usitée depuis un certain temps comme palliatif par les ménages pauvres qui ne parviennent plus à s??offrir de la viande ou du poisson devenus trop chers pour leur bourse faible, la sardine se raréfie, coûte cher et perd son goût esquis d??antan. Françoise Ngono Owona, mère de quatre enfants, résidant au quartier Mendong à Yaoundé, se payait le luxe, il y a quelques temps d??inscrire au menu de sa petite famille toutes sortes de viandes et poissons frais de son choix. Elle est sans emploi depuis toujours, mais son époux travaillait dans une société de téléphonie mobile de la place et gagnait un salaire comblant. Puis un jour, ce dernier a été licencié et tout a basculé. Le père de famille se retrouvant subitement au chômage et désormais confiné aux petits jobs mal rémunérés par-ci par-là, le menu de Françoise a subi une grosse cure d??amaigrissement. « Quand mon mari attrape un peu d??argent,

j??achète du riz et de la sardine pour faire du riz sauté. Au départ, la boîte de sardine coûtait entre 300 F et 350 F par endroit. Avec seulement 1000 francs, je faisais la cuisine pour deux jours. Mais depuis que la sardine est passée à 500 F ça devient difficile de s??en sortir ainsi.» Comme Françoise, beaucoup de ménagères se sont rabattues sur la sardine pour préparer leur repas journalier sans recourir à d??autres ingrédients qui rendraient le menu plus cher et inaccessible. Marguerite, une autre ménagère, se plaint non seulement du prix élevé de cette denrée, mais de son goût aussi. « On ne sait pas si les fabricants sont les mêmes que par le passé. Avant, la sardine était succulente, surtout la pimentée. Quand tu tartinais ton pain avec, tu le mangeais avec plaisir. Cette sardine là coûtait 250 F seulement. Aujourd??hui, le prix a doublé, tandis que la qualité a baissé, la quantité aussi. » Théodore T. partage ce constat. « C??est autre chose que de la sardine du bon vieux temps. On se moque pas mal du consommateur », lance cet enseignant. Et lui de poursuivre, « les usines de fabrication veulent faire du chiffre. C??est tout ».Du côté des importateurs, on avoue avoir changé de source d??approvisionnement. « A cause d??un écosystème peu favorable marqué par la sècheresse, la pêche de la sardine est devenue peu fructueuse au Maroc et en Indonésie, nos principaux fournisseurs traditionnels. Nous sommes obligés de chercher aussi ailleurs où nous pouvons avoir de la sardine à l??huile ou même à la sauce tomate », confie André Tsapi des établissements Henri et Frères.  Au sujet des prix qui galopent, il accuse l??administration douanière camerounaise. Les droits de douane sur la sardine dans ce pays s??élèvent à 30% alors qu??au Gabon, ils sont de 10% et 5% en Guinée Equatoriale. Conséquence, ces deux pays voisins qui autrefois s??approvisionnaient au Cameroun en sont devenus des fournisseurs, eux qui font entrer de la sardine chez eux à peu de frais. Mme Nga, importatrice camerounaise, va chercher sa sardine en Guinée Equatoriale où le carton lui est vendu à 15 000 F. Pour entrer au Cameroun, la douane lui prend 2500 F par carton. Lorsqu??elle y ajoute les tracasseries des forces de l??ordre déversées comme des fourmis le long du trajet, et les coûts de transport, elle se retrouve avec un prix de revient de 18 000 F par carton, et d??environ 380 F la boîte de 125 g. Un prix égal à celui des importateurs qui vont plus loin et accostent au Port autonome de Douala.  A l??instar de ses confrères de la filière, elle y ajoute sa marge au moment de livrer le produit au grossiste qui fait pareil avant de le céder au détaillant. Finalement, lorsque la boîte de sardine ayant transité par cette longue chaine d??écueils et d??intermédiaires, atterrit dans les rayons, elle est vendue au dernier client à prix d??or.
Une baisse ponctuelleL??an dernier, pour calmer les tensions inflationnistes sur le marché, le ministre du commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana a organisé des convois de sardines à partir de la Guinée Equatoriale. Les opérateurs économiques qui ont rallié le mouvement ont eu la chance d??échapper ainsi aux diverses tracasseries routières qui jalonnent habituellement leur parcours. Résultat, dans les magasins faisant partie de ces circuits spéciaux, la boîte de sardine s??achetait par le consommateur à 380 F contre 500 F dans les autres surfaces commerciales. Malheureusement, cette opération n??est pas permanente. Autre solution ponctuelle, une exonération de 5% accordée à Queen Fish sur les droits de douane entre août et décembre 2011, pour pallier le sous approvisionnement du marché et satisfaire la forte demande du poisson. Les autres importateurs souhaitent d??ailleurs bénéficier eux-aussi de cette magnanimité de l??administration fiscale. Pour eux, le cas de Queen Fish doit faire jurisprudence. Alhadi Mohaman Labo de la société Sirpacam et André Tsapi soutiennent que, si cette faveur leur est accordée, la boite de sardine serait ramené à 350 F ou coûter 400 F au plus, selon le fournisseur.  Ils appellent donc de tous leurs v??ux, cette bienveillance gouvernementale. « Surtout que le Maroc annonce une nouvelle hausse de prix de 5 à 10% sur le prix du poisson. Ce qui induirait forcement une augmentation de nos prix ici », argue André Tsapi.  
Paul Biya interpelléPire, dans un contexte pourtant dit de lutte contre la vie chère, la loi de finances 2012, entrée en vigueur depuis le début de cette année consacre une révision à la hausse de 4%  de la taxe sur l??acompte (les ventes) et le précompte (l??achat). A titre d??exemple, une boite de sardine de 350F voit son prix grimper de 14 f. Une disposition que la ligue camerounaise des consommateurs qualifie d??inique et sinique, dont pourraient maladroitement se servir les opérateurs économiques qui l??utiliseraient comme paravent pour faire flamber les prix, au grand dam du consommateur.  Dans une correspondance adressée au  Chef de l??Etat Paul Biya le 16 janvier dernier, le président de cette Ligue, Delor Magellan Kamseu Kamgaing lui demande de prendre une ordonnance pour surseoir à ce réajustement fiscal. Réunis autour du ministre du commerce mercredi 8 février dernier dans le cadre de leurs traditionnelles concertations qui visent l??encadrement des prix et un meilleur approvisionnement des marchés, les opérateurs de la filière sardine ont également dénoncé cette initiative de l??administration fiscale qu??ils jugent, autant que les consommateurs, contraire à la politique de lutte contre la vie chère. Le chef par intérim de la brigade nationale des enquêtes à la Direction générale des Douane, Amougou Essi, souligne qu??entre 2008 et 2011, la valeur imposable du poisson a été réduite de moitié et dit ne plus comprendre les récriminations des acteurs de ce secteur, s??agissant de la taxe douanière. Ces derniers rétorquent que les prix de cette denrée à l??international ont grimpé de 40% à cause du mauvais climat évoqué  plus haut. « La réduction des droits de douane a un coût qu??il faut évaluer. En plus, cela nécessite une ordonnance du chef de l??Etat, la seule autorité capable d??un tel acte », précise Amougou Essi qui affirme néanmoins que la Direction générale des douanes qui a été représentée aux concertations du Mincommerce les 7 et 8 février 2012 à Yaoundé, a déjà suggéré au ministère des Finances d??étendre la réduction de 5% consentis en 2006 par une ordonnance présidentielle sur certaines denrées de grande consommation à tous les produits de première nécessité. Le consommateur attend impatiemment l??aboutissement de ce projet.

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