Softcare Cameroun : l’histoire d’une confiance qui rapporte gros

Softcare Cameroun – usine de Dibamba, production locale d'hygiène

Pendant que certains investisseurs étrangers hésitent encore à s’engager durablement sur le marché camerounais, Softcare, lui, a fait son choix depuis 2022. Et les chiffres du premier semestre 2026 lui donnent visiblement raison.

Il y a des entreprises qui font des annonces. Et il y a des entreprises qui font des résultats. Softcare Limited, fabricant hongkongais de produits d’hygiène coté en Bourse, appartient clairement à la deuxième catégorie. Le 19 août 2026, le groupe a publié ses résultats semestriels non audités. Et dans cette masse de chiffres, une ligne retient particulièrement l’attention à Yaoundé comme à Douala : le Cameroun.

Sur les six premiers mois de l’année, Softcare a généré 20,3 millions de dollars de chiffre d’affaires auprès de clients situés au Cameroun. Converti au taux courant, cela représente environ 11,5 milliards de FCFA. Le chiffre en lui-même impressionne. Mais c’est sa dynamique qui frappe davantage : une progression de 20,7 % en un an, contre 16,8 millions de dollars (environ 9,5 milliards de FCFA) au premier semestre 2025.

Franchement, dans un contexte économique où beaucoup d’acteurs internationaux temporisent avant de s’engager sur le continent, ce genre de croissance à deux chiffres mérite d’être souligné. Ce n’est pas un hasard. C’est le résultat d’un pari industriel assumé depuis quatre ans.

Un ancrage qui ne doit rien au marketing

Softcare Cameroon Limited voit le jour le 18 juillet 2022. L’entreprise se lance dans la fabrication et la commercialisation de produits d’hygiène pour bébés et pour femmes : couches jetables, serviettes hygiéniques, lingettes. Rien de spectaculaire sur le papier. Sauf que l’entreprise choisit d’installer son outil de production directement sur le sol camerounais, à Dibamba, dans la région du Littoral.

Ce choix industriel n’a rien d’anodin. Beaucoup d’entreprises internationales préfèrent importer et distribuer. Softcare, lui, produit localement. Et cette décision a fini par payer, littéralement, quand la Cemac a reconnu en 2024 l’origine communautaire de plusieurs références phares fabriquées à Dibamba : les couches Softcare Premium Soft et Softcare Gold, les serviettes A+ Net et A+ Coton, ainsi que les lingettes Softcare Wipes.

Concrètement, cela signifie que ces produits, fabriqués par des mains camerounaises, dans une usine camerounaise, circulent désormais dans toute la zone Cemac sous un régime préférentiel. Un signal fort envoyé aux autres investisseurs qui hésitent encore à transformer localement plutôt que d’importer.

Et ce n’est pas tout. Cette reconnaissance ouvre également la voie à un accès facilité à la Zone de libre-échange continentale africaine, la Zlecaf. Autrement dit, ce qui est fabriqué à Dibamba peut, demain, se retrouver sur des étals à Kigali, Accra ou Dakar, sans les mêmes barrières tarifaires qu’un produit importé d’Asie ou d’Europe.

La confiance des autorités, un actif qui ne figure sur aucun bilan

Il y a des choses que les chiffres financiers ne disent pas directement, mais qui se lisent en creux. Le régime fiscal accordé à Softcare Cameroon en est une. La filiale bénéficie d’un taux d’imposition de 9,625 % entre 2023 et 2027, qui passera à 19,25 % entre 2028 et 2032. Softcare retient dans ses comptes un taux de référence de 38,5 % pour le Cameroun. L’écart est massif.

On n’accorde pas ce genre d’avantage à n’importe qui. C’est un pari des autorités camerounaises sur la capacité de l’entreprise à créer de l’emploi, à transformer localement, à exporter depuis le territoire national. Et pour l’instant, la trajectoire de croissance semble valider ce pari.

Le résultat net consolidé du groupe est d’ailleurs passé de 51,9 à 75,8 millions de dollars entre le premier semestre 2025 et le premier semestre 2026, soit une hausse d’environ 46 %. Une performance qui rassure les actionnaires de la Bourse de Hong Kong, où Softcare a fait son entrée le 10 novembre 2025, levant à cette occasion environ 2,57 milliards de dollars de Hong Kong (environ 185,5 milliards de FCFA) de produit net.

Une expansion qui passe aussi par Dibamba

À fin juin 2026, Softcare comptait 10 usines et 73 lignes de production à travers le monde, contre neuf usines et 66 lignes six mois plus tôt. Le groupe a précisé que les fonds destinés à l’installation de nouvelles lignes de production au Ghana, au Cameroun, au Kenya et au Pérou avaient été consommés plus rapidement que prévu.

C’est un détail qui compte. Cela signifie que l’appareil industriel camerounais de Softcare ne stagne pas. Il s’étoffe, à un rythme visiblement plus rapide que ce que le groupe anticipait initialement.

Les consommateurs, juges de paix

Au-delà des chiffres macroéconomiques, il y a un terrain plus concret : celui des ménages camerounais qui, chaque jour, choisissent une couche, une serviette hygiénique ou une lingette pour leur famille. Sur ce terrain-là, la marque Softcare a construit sa réputation produit après produit, sans coup d’éclat publicitaire tonitruant, mais avec une régularité qui a fini par convaincre.

C’est peut-être là le vrai indicateur, plus parlant que n’importe quel tableau financier : une entreprise ne peut pas afficher une croissance de 20,7 % sur un marché de consommation courante sans que les consommateurs eux-mêmes valident, achat après achat, la qualité de ce qui sort de l’usine de Dibamba.

Et cette confiance dépasse déjà les frontières nationales. Avec la reconnaissance Cemac obtenue en 2024 et l’accès facilité à la Zlecaf, les produits Softcare fabriqués au Cameroun s’apprêtent à conquérir un public africain plus large. Le Cameroun ne sera plus seulement un marché pour Softcare. Il deviendra, à travers Dibamba, une porte d’entrée vers le reste du continent.

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✍️ À propos de l'auteur
Laurent Diby
Laurent Diby

Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com

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