Dix millions de francs CFA pour tout notre cobalt. Le scandale Geovic refait surface avec les déclarations explosives d’Eugène Nyambal, ancien économiste senior au FMI et à la Banque mondiale. Face à Morgan Palmer dans l’émission Fauteuil Rouge à Paris, l’expert camerounais détaille les coulisses d’un bradage historique, accusant les autorités d’avoir cédé la plus grande réserve de cobalt, de nickel et de manganèse du pays pour une somme dérisoire, alors que les populations de l’Est attendent toujours le moindre développement.
Une concession de 2 700 km² vendue pour le prix d’un taxi
Plus de 2 700 kilomètres carrés de sous-sol riches en minerais stratégiques ont été accordés au groupe américain Geovic pour 10 millions de FCFA, soit environ 16 000 euros. Cette convention minière courait sur 25 ans, renouvelable jusqu’à l’épuisement total du gisement. C’est aberrant. Une société-écran enregistrée aux îles Caïmans détenait les actifs réels, dissimulant quatre actionnaires camerounais non identifiés officiellement. Eugène Nyambal soutient qu’il s’agissait de simples prête-noms, dont une institutrice d’école primaire à Douala et son époux sans emploi, servant de paravent à des intérêts politiques occultes.
Dettes fictives, paravents offshore et pressions à Washington
Le mécanisme financier dénoncé par l’économiste donne le vertige. Après les émeutes de la faim de 2008, sous la houlette du ministre des Finances Essimi Menye, le Cameroun a sollicité 60 millions de dollars auprès du FMI. Les promoteurs américains ont alors tenté d’imputer à l’État camerounais 85 millions de dollars de dettes fictives, assorties d’un taux d’intérêt exorbitant de 25%. Difficile de ne pas y voir une prédation organisée au détriment du Trésor public, d’autant que 11 millions de dollars ont été engloutis dans de prétendues études de faisabilité commandées depuis les îles Caïmans. Même Christine Lagarde, alors directrice générale du FMI, avait défendu ce dossier controversé malgré les alertes répétées sur les incohérences manifestes de la structure financière.
Pourtant, les dirigeants de cette holding minière faisaient déjà l’objet d’une interdiction définitive de gestion aux États-Unis et au Canada pour manquements boursiers. Soutenus par l’ambassade américaine à Yaoundé, ils ont quand même réussi à se faire introduire au palais d’Etoudi en 2019, promettant 500 milliards de FCFA d’investissements et 3 000 emplois qui ne se sont jamais concrétisés. Rien n’est venu. Reste à savoir si le gouvernement tiendra sa position après avoir résilié ce contrat léonin en 2025.
Le scandale Geovic n’est pas une simple transaction ratée, c’est l’illustration brutale d’une souveraineté minière confisquée au profit d’intérêts privés. Yaoundé doit solder ce passif dans la plus stricte transparence.
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Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com
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