Respect de la Constitution: L’exemple Joseph Kabila

L’événement, puisqu’il faut l’appeler ainsi, est passé quelque peu inaperçu, noyé qu’il a été par la fièvre de la Coupe d’Afrique des nations de football.[pagebreak] Pressé par la rue congolaise et la communauté internationale, Joseph Kabila (43 ans, au pouvoir depuis 14 ans) a fait annoncer par le porte-parole du gouvernement de la République démocratique du Congo le 5 février dernier qu’ « il ne restera pas au pouvoir à la fin de son mandat en 2016 ».
Quelques semaines avant la chute de Blaise Compaoré, pris par le désir d’éternité à la tête du Burkina Faso, le président Joseph Kabila confiait à un visiteur du soir qu’il n’avait pas encore « choisi sa voie ». La révolution au « pays des hommes intègres » a donc bousculé bien de convictions et de certitudes. Le peuple congolais a compris que la conjoncture lui était favorable. La société civile et la classe politique congolaise ont usé d’audace et de courage pour faire échec aux subterfuges et manœuvres dilatoires, ayant manifestement pour dessein de modifier l’article 220 de la Constitution de ce pays aussi grand que toute l’Europe de l’Est. Un Etat gâté par la nature.
Après la dernière révolution au pays de feu Thomas Sankara, de nombreux analystes invitaient l’opinion internationale à ne pas transposer mécaniquement l’expérience du Faso à d’autres pays africains. Soit ! Mais le cas congolais (Rdc) prouve à suffisance que lorsqu’un certain nombre d’ingrédients sont réunis, la mayonnaise finit toujours par prendre.
Parmi ces ingrédients, il faut intégrer les réseaux sociaux. Avec Facebook, Twitter et autres, le nombre d’ «opposants» aux tyrans africains va sans cesse grandissant. Un simple post peut même s’avérer plus destructeur qu’une série de discours délivrés au cours d’une campagne électorale. Lorsque le président de la République du Cameroun, qui a fait sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels en 2008 (après avoir déclaré sur France 24 que cette éventualité ne faisait pas partie de ses priorités), invite les jeunes à « se défier des chants trompeurs des oiseaux de mauvaise augure, ces marchands d’illusion qui n’ont pour projet que la déstabilisation [du Cameroun] via les réseaux sociaux », il sait parfaitement toute la capacité de nuisance des activistes qui sévissent sur les médias sociaux.
Mais, nous semble-t-il, ce n’est pas en égratignant, dans la solennité républicaine, ses contradicteurs sur la toile que Paul Biya parviendra à leurs couper l’herbe sous les pieds. Seules des actions susceptibles de changer les conditions de vie des Camerounais ôteront toute crédibilité aux écrits souvent aussi critiques qu’apocalyptiques de ces «prophètes irresponsables».
A l’image de Joseph Kabila, qui a, en respect des termes fixés par la Constitution, décidé de se retirer de la présidence congolaise en 2016 alors que son âge, ses soutiens et, dans une certaine mesure, son bilan plaident pour le contraire, les chefs d’Etat africains doivent songer à partir en beauté et non bottés par la rue. Les vrais « apprentis-sorciers », « marchands d’illusion », « bonimenteurs du chaos », « adeptes de la péroraison creuse » ou « esprits malintentionnés » ne sont pas toujours ceux qui sont présentés comme tels à la communauté nationale et internationale.
Dénis Sassou Nguesso (Congo Brazzaville), Paul Kagamé (Rwanda) ou Pierre Nkurunziza (Burundi), qui pourraient, eux aussi, être tentés de confondre la Constitution de leurs pays au célèbre pantalon de Moriba, doivent se garder de penser que les choses qui arrivent aux autres ne peuvent pas leur arriver. On n’arrête pas le vent !

Georges Alain Boyomo

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