Le ministre de la Communication a signé il y a un mois, une décision portant fermeture de la station de radio privée dénommée Le Démenti. Une FM émettant dans la zone de Yaoundé et qui s??était illustrée depuis quelques semaines par une série de dérives déontologiques. De plus, avait précisé le ministre, la chaîne n??était pas reconnue au niveau du ministère de la Communication (MINCOM). Elle aurait piraté une fréquence. D??où le motif d??exercice illégal. Cette fermeture était en tout cas, le deuxième acte du genre, signé par le ministre Issa Tchiroma Bakary, depuis sa nomination à la tête du Mincom le 30 juin dernier. Quelque temps avant Le Dementi, c??est Sky One, une autre radio de Yaoundé et son émission Le Tribunal qui le 17 août, se voyaient contraints de mettre
la clé sous le paillasson, faute d??avoir accepté de mettre de l??eau dans leur vin. Un vin très fort qui avait fini par donner aux promoteurs des allures de justiciers. Deux points communs entre ces deux stations privées de radiodiffusion : leurs situations administratives respectives n??étaient pas des plus claires. Sky One disposait d??une autorisation provisoire. Tandis que Le Démenti a purement et simplement été taxée de radio pirate par les responsables du ministère de la Communication. En fait, la situation n??a rien de révolutionnaire, connaissant le paysage médiatique camerounais. Depuis la libéralisation de l??audiovisuel en avril 2000, des promoteurs par dizaines ont effectivement saisi l??opportunité de l??ouverture offerte par la volonté politique. Ils ont tous dans un premier temps commencé à exercer sans remplir toutes les conditions requises. C??est ce que l??on a appelé dans le contexte camerounais, la « tolérance administrative ». Sorte d??autorisation provisoire qui donnait aux promoteurs de radios et de chaînes de télévisions privées le temps pour rassembler les documents et les moyens prescrits par la loi. La tolérance a donné la preuve de son côté positif. La situation a favorisé la naissance d??un nombre important d??entreprises audiovisuelles. Matérialisant avec pertinence le souci de diversité et de pluralité des opinions sur la scène médiatique nationale. Mais d??un autre côté, la souplesse des pouvoirs publics a permis la naissance d??une véritable pègre de la presse audiovisuelle. Il fallait sans doute s??y attendre. Et ce n??est pas fini, puisque le contexte de tolérance subsiste malgré les dérives notoires, malgré les mesures de suspensions et de fermetures prises par le ministère de la Communication. Le résultat aujourd??hui, c??est que, malgré les premières licences délivrées le 30 avril 2007, la situation n??a guère évolué. Plus de 100 radios et chaînes de télévision privées existant au Cameroun semblent logées à la même enseigne. La délivrance des premières licences n??a pas été suivie d??un durcissement vis-à-vis des opérateurs qui n??étaient pas en règle. Conséquence : presque aucune différence entre les quatre entreprises titulaires de licences, les autres bénéficiant de la fameuse tolérance administrative, et les clandestines. Voilà qui n??est pas de nature à inciter les hors-la-loi à se mettre en règle. D??où ces radios poubelles qui pullulent, avec pour seul leitmotiv d??exister et engranger de la publicité autour d??une ou deux émissions. Jusqu??à quand ?
Yves ATANGA, CT
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