Rachat d’Eneo : 78 milliards pour une dette de 923 milliards

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Le ministre des Finances a sorti 78 milliards de FCFA des caisses de l’État pour racheter Eneo. Le chiffre fait mal quand on sait que cette entreprise traîne, depuis juin 2026, une dette évaluée à près de 923 milliards de FCFA. Le gouvernement s’apprête d’ailleurs à intégrer cette dette dans l’encours de la dette publique du Cameroun. Autant dire que la facture ne s’arrête pas à 78 milliards.

Une entreprise sans barrages, ni infrastructures lourdes

Franchement, la question mérite d’être posée sans détour. Le ministre des Finances achetait donc quoi pour 78 milliards de FCFA ? Depuis la loi sur l’électricité de 2011, le Cameroun a nationalisé son patrimoine hydroélectrique, ses barrages, ses ouvrages stratégiques. Eneo, elle, ne s’occupait que de la commercialisation de l’électricité. Pas de barrage à son actif. Pas de centrale non plus.

On paie donc une coquille commerciale au prix fort, avec en prime une ardoise de près de 1 000 milliards de FCFA à absorber. Difficile de ne pas y voir une opération financière déséquilibrée dès le départ. D’un côté, l’État débourse des milliards pour prendre le contrôle. De l’autre, il hérite mécaniquement d’un passif qui dépasse largement la valeur de rachat. Le calcul interroge, c’est le moins qu’on puisse dire.

Des alternatives qui existaient pourtant

Le pays pouvait explorer d’autres pistes. Créer une nouvelle structure publique de distribution, par exemple, sans reprendre le passif d’Eneo. Ou confier la distribution de l’énergie électrique aux mairies, un modèle qui fonctionne dans plusieurs pays africains et qui rapproche la gestion du terrain des besoins réels des populations.

Rien ne confirme à ce stade que ces options ont été sérieusement étudiées par les autorités. Pourtant, sur le plan strictement budgétaire, ces solutions auraient évité à l’État camerounais d’alourdir sa dette publique d’un montant qui avoisine les 1 000 milliards de FCFA, à un moment où les marges de manœuvre financières du pays restent limitées.

C’est un choix qui va peser longtemps sur les finances publiques.

On attendait mieux sur la transparence de cette opération. Les Camerounais qui paient leurs factures d’électricité chaque mois sont en droit de savoir précisément ce que leur État vient d’acquérir, et surtout ce que cela va coûter au contribuable dans les années à venir.

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✍️ À propos de l'auteur
Laurent Diby
Laurent Diby

Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com

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