Promote, mieux qu'un long discours

Le Cameroun de ce crépuscule de l??année 2011 est-il attractif, compétitif, digne d??intérêt pour les visiteurs et les investisseurs de tout bord ? Si l??on doutait de la réponse à cette question, tant la sinistrose ambiante et le fatalisme sont entretenus par les médias et certains activistes de la scène sociopolitique, il n??y aurait qu??à aller flâner ces jours-ci du côté du Palais des Congrès de Yaoundé. Sur les flancs du Mont Nkol-Nyada, les tentes et les paravents alignés à perte de vue bruissent et luisent sous le soleil ardent de décembre. C??est que le c??ur de Yaoundé bat au rythme de Promote, le Salon de l??entreprise, de la PME et du partenariat, ouvert officiellement par le chef du gouvernement

vendredi. 1200 exposants de 40 pays, 120.000 visiteurs attendus. Ce sont des statistiques plus qu??honorables, pour un événement qui n??en est qu??à sa 4e édition. Mieux : l??intérêt et l??afflux d??exposants et de visiteurs sont tels que l??organisateur et l??Etat du Cameroun sont obligés de reconfigurer le site à coups de milliards pour répondre à la demande. Le succès de ce Salon délivre donc un message sans ambiguïté aucune : oui, le Cameroun est un pays prometteur et attractif qui ambitionne, à travers le plus grand rassemblement économique d??Afrique centrale, d??exposer le savoir-faire des entreprises locales, les tendances des entreprises étrangères, et aussi les opportunités infinies d??une sous-région dont la manne pétrolière occulte la variété du potentiel. Ce faisant, les organisateurs espèrent favoriser les contacts, la mise en réseau, les joint ventures, les investissements tous azimuts. En un mot, un souffle, une nouvelle énergie, à même de booster la croissance des entreprises. Mais au-delà des chiffres de fréquentation flatteurs, le Salon Promote nous paraît emblématique à deux titres :1. Il lève le voile sur l??entreprise, cette inconnueDans un pays neuf comme le Cameroun, où tout ou presque est à faire, le mythe de l??Etat-providence est dangereux à entretenir. Il n??a d??ailleurs pas survécu aux graves séismes économiques des années 1990 et 2000. L??Etat, qui se trouvait pour ainsi dire unique pourvoyeur d??emplois décents et de revenus, a dû revoir ses libéralités à la baisse. Dans ce contexte, le recrutement de 25.000 jeunes dans la Fonction publique décidé par le chef de l??Etat, est une véritable prouesse. Pour autant, il ne résout que partiellement le problème de l??emploi. Il est temps pour les Camerounais d??intégrer l??évidence : l??entreprise, de la très petite (TPE) à la très grande (TGE), en passant par la petite et moyenne (PME), est le lieu par excellence et par essence, dirais-je, où se créent les richesses et en conséquence les emplois. Elle doit bénéficier dès lors de la plus grande attention des décideurs, pour favoriser son éclosion et son épanouissement.L??existence même, et les promesses de ce Salon au c??ur de notre capitale sont un donner à voir significatif pour les Camerounais et leurs frères des pays en développement accourus à Promote. Ils en partiront édifiés par les conférences, les débats et les échanges, avec la certitude qu??il suffit d??une très bonne idée, et de quelques appuis institutionnels, pour créer une entreprise. S??ils ont l??audace de s??y lancer par la suite, ce serait une belle victoire pour la bataille de l??emploi. Et pour notre pays.Quant aux représentants des institutions étatiques, ils devront se convaincre que leur rôle de facilitation et de régulation est essentiel et doit se traduire par l??adaptation de l??arsenal juridique, la modernisation des infrastructures, l??adoption de mesures incitatives, le financement de la recherche et de l??innovation, dans le but de favoriser la naissance, la productivité et la concentration des entreprises.2. Il promeut la solidarité sous-régionaleQuel chemin parcouru, depuis la première édition où il n??y avait qu??un ou deux voisins ! En 2011, Promote peut se targuer de rassembler aussi bien les entreprises de la CEMAC que celles de la zone plus large de la Communauté économique des Etats de l??Afrique centrale (CEEAC), qui va jusqu??à l??Angola. Avec l??appui du Centre de Développement des Entreprises, institution de la Commission européenne, Promote accueille ainsi 37 organismes intermédiaires venus de 10 pays d??Afrique centrale et représentant des femmes, des agriculteurs et le patronat. Ils occupent un stand de 200 m2, et ambitionnent de démontrer leurs convergences. Ce qui donne véritablement au Salon toute sa dimension de vitrine sous-régionale. On l??aura compris : faire participer la sous-région n??est pas seulement un acte de courtoisie diplomatique. C??est la reconnaissance solennelle d??une communauté de destin exigeant la mise en place de politiques socio-économiques communautaires, qui seront pour le progrès sous-régional un grand bond en avant, et pour les investisseurs à la recherche de grands marchés, un signal très positif.Comment ne pas déplorer à cet égard la timidité ou la frilosité des politiques intégrationnistes dans la sous-région ? Comme l??a relevé avec amertume à l??ouverture officielle du Salon le président de l??Union des patronats d??Afrique centrale (UNIPACE), le Camerounais Olivier Behle, tant que le passeport CEMAC restera un beau mythe, et tant que les opérateurs économiques auront si peu de visibilité sur le sort des Accords de partenariat économique (nouveau cadre de coopération avec l??Union européenne), tous les efforts des entreprises d??Afrique centrale demeureront vains.Il reste néanmoins que le gain en image est de loin, pour le Cameroun qui a tant besoin de partenaires pour accompagner son émergence économique, le plus sérieux bénéfice de ce Salon. Le professionnalisme de l??organisation, la richesse du contenu, l??originalité du cadre ?? ce beau flanc de colline ! ?? font de Promote un sérieux atout, une fenêtre ouverte sur l??Afrique et le monde.Reste à capitaliser tout cela, pour construire des entreprises fortes, notre nouvelle économie, et pour forger l??avenir que dessine pour nous le président de la République.Soverei
 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *