Péril et refuge

Pour avoir bâti leurs maisons trop près de la voie ferrée, certains habitants de Mballa III auront à subir bientôt les affres d??un déguerpissement synonyme de cauchemar, de quiétude contrariée, d??acquis évanouis. Déjà la machine à démolir de la Communauté urbaine de Yaoundé est en branle. Des croix de Saint André ont été généreusement servies dans cette zone qui fut, il n??y a pas si longtemps, le théâtre d??un accident ferroviaire aussi spectaculaire que tragique. Victimes de leur imprudence, de leur naïveté ou de leur ignorance, des familles sont bientôt condamnées à l??errance, à l??incertitude. Et pour cause?

Quelques « propriétaires terriens » véreux se sont arrogé le « droit » de vendre aux futurs déguerpis des parcelles relevant du domaine public. L??emprise de 35 mètres de part et d??autre de la voie ferrée. Questions : fallait-il, diantre, attendre les tristes évènements que l??on sait pour s??apercevoir les flagrantes entorses à la réglementation en ces lieux ?. N??y avait-il pas moyen d??anticiper, de conduire de façon préventive l??action salutaire des pouvoirs publics en vue de préserver vies humaines et autres dégâts matériels ? Dans l??affirmative, pourquoi cela n??a-t-il pas été fait ? Reste que le plus grave est ailleurs : l??occupation illégale du domaine public et, plus préoccupant encore, de certaines zones à risque devient monnaie courante. Du fait de l??inconscience des uns mus par l??obsession de disposer d??un chez soi à tout prix, voire à tous les prix, et le laxisme des autres guidés eux, dans leurs actions par leurs seuls intérêts. Qu??on ne s??y trompe donc point : Mballa III n??est pas un cas isolé ! Il suffit, pour s??en convaincre, d??ouvrir l????il et autour de soi. Des maisons d??habitation essaiment les abords de certains axes routiers à grande circulation. Dans une indifférence qui frise l??insouciance. Il en est de même des lignes de transport d??énergie électrique haute et moyenne tensions. Sous d??autres cieux, il est inconcevable de retrouver une habitation sous des fils électriques dont le champ magnétique, à en croire certains spécialistes, serait très nuisible à la santé. Mais sous les tropiques?? Autre situation scandaleuse qui se passe sous nos yeux : la desserte en eau potable de la capitale à partir de la station de captage de Nkomnyada par Mbalmayo s??effectue avec une pression telle que si une canalisation venait à rompre, les dégâts autour de celle-ci peuvent revêtir la forme d??une catastrophe. On en a eu une petite illustration il y a quelques mois à Odza, dans la banlieue sud de Yaoundé. Mais, tant que cela ne prête pas à conséquence, pas de soucis. Du moins, le croit-on. Jusqu??au jour où survient l??irréparable. Avec la participation de quelques administrations, le département ministériel en charge de l??Eau et de l??Energie avait engagé il y a quelque temps une réflexion globale pour la maîtrise du secteur. Le comité créé à cet effet s??est assoupi sans avoir produit de résultat palpable. Il y a pourtant péril en la demeure ! S??ils sont en charge de gérer notre destin collectif, l??intérêt général, les pouvoirs publics ne sauraient être tenus pour seuls responsables des manquements et dysfonctionnements dont les conséquences affectent de nombreuses populations. Parce que nul n??est censé ignoré la loi, les citoyens, chacun à son niveau, doivent eux-mêmes contribuer à créer et à maintenir autour d??eux les conditions d??une sécurité optimale. En se gardant de contourner ou de fouler aux pieds la règle qui, en toutes circonstances, devrait constituer le repère et le refuge.Makon ma Pond,Cameroon Tribune

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