Joséphine Tchakoua, première femme cheffe traditionnelle en pays Bamiléké

Joséphine Tchakoua

La tradition bamiléké est allée la chercher à Paris, dans le 11e arrondissement. Joséphine Bertrand Tchakoua pensait avoir tourné la page, s’être mariée, avoir pris sa vie ailleurs. Trente ans après que son père l’a désignée successeure au village Kochieu-Fapseu, près de Dschang, la voilà cheffe traditionnelle. La première femme à porter ce titre en pays Bamiléké.

Une désignation vieille de trente ans, une intronisation qui traverse les frontières

C’est en août 1986 que tout a commencé. Son père, chef du village Kochieu-Fapseu, fait un choix qui surprend tout le monde : il désigne sa fille comme successeure. Elle n’est alors qu’une enfant, incapable, dit-elle elle-même, de « mesurer le poids d’une telle charge ». La vie a suivi son cours. Le mariage, le départ, Paris. Et l’impression, pendant des années, d’avoir échappé à ce destin.

Mais la tradition bamiléké ne lâche pas facilement.

Plus de trente ans plus tard, les notables du village ont fait le chemin en sens inverse. C’est chez elle, en France, que la convocation est venue. Joséphine Bertrand Tchakoua est retournée à Kochieu-Fapseu pour être officiellement intronisée cheffe traditionnelle, première femme à accéder à cette fonction dans une région où le pouvoir coutumier a toujours été une affaire d’hommes, presque sans exception.

Dans un message adressé à son père décédé, qu’elle a publié récemment et qui circule largement sur les réseaux, elle écrit : « Je te ferai honneur, comme je te l’avais promis il y a plus de trente ans. »

Ce que ce sacre dit vraiment de la société bamiléké

Le pays Bamiléké compte plusieurs centaines de chefferies, réparties sur les hautes terres de l’Ouest Cameroun. C’est l’une des organisations coutumières les plus structurées du continent, avec ses hiérarchies, ses sociétés secrètes, ses rites d’intronisation codifiés depuis des siècles. Une femme y prendre la tête d’un village, ça ne s’était tout simplement jamais vu, ou presque.

Difficile de ne pas y voir un signal, même discret, d’une évolution que la société bamiléké elle-même est en train de négocier avec son propre passé.

Joséphine Tchakoua ne se pose pas en militante. Elle se pose en fille qui tient une promesse faite à son père. C’est quand même une différence importante, et c’est peut-être ce qui rend son histoire plus forte que n’importe quel discours sur l’émancipation.

Elle dit qu’elle est Bamiléké et qu’elle en est fière. Le village Kochieu-Fapseu a désormais une cheffe. La région, elle, a une première. La suite appartient à elle, et à ceux qui viendront après.

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✍️ À propos de l'auteur
Alain-Claude Ndom
Alain-Claude Ndom

Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.

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