Politique

Pr. Maurice KAMTO serait-il entrain d’abandonner le combat contre le Hold-up électoral ?

Maurice Kamto semble avoir décidé de tourner la page des élections présidentielles du 07 Oct. 2018.

C’est du moins ce qui transparait de son discours tenu hier à Douala. Alors qu’au lendemain des élections, c’est avec une tonalité forte et ferme que Kamto disait ne jamais reconnaitre la victoire de Paul Biya et qu’il se battra jusqu’au bout, hier c’est tout un autre personnage qui a fait face au public camerounais. Alors que le peuple et particulièrement dans la diaspora continue de résister et lutter contre le hold-up, suivant le plan de résistance précédemment lancé par le Pr. Kamto, hier c’est à un discours d’appel à l’apaisement qu’ont eu droit ses milliers de partisans venues l’accueillir.

« Ne manifestez pas sans autorisation » implore-t-il.

En demandant à ses partisans de ne pas faire des manifestations non autorisés, Maurice Kamto tient ici un discours similaire à l’appel à avoir peur de la soldatesque de Paul Biya, souvent exprimé par ses supporters en termes de «Mettez vous-même, vos enfants et toute votre famille devant et nous vous suivrons dans les manifestations publiques».

Il va d’ailleurs poursuivre son discours en disant :

«Certains pensent que la démocratie c’est de se jeter dans la rue et qu’on les tape».

Autrement dit, pour Maurice Kamto, ceux qui manifestent dans la rue sont des insensés. Qu’importe si les manifestations publiques sont des moyens d’expression démocratique proclamée par les Nations Unies et inscrite dans la Constitution de notre pays ?

«L’efficacité n’est pas dans le bruit et la violence. L’efficacité c’est dans la tête», martèle-t-il. Alors que précédemment et dans son plan de résistance nationale d’il y’a quelques semaine, Maurice Kamto appelait ses partisans à faire le plus de bruit possible (en faisant même usage des klaxons), il trouve désormais que les manifestations faisant «le bruit» sur le «Hold Up» comme celle de la BAS, sont inefficaces.

Il faut d’ailleurs preciser que tout au long de son discours, il n’a pas dit un seul mot sur le hold-up de sa victoire à l’élection du 7 Octobre. Il ne dit plus comme avant qu’il va la défendre «par tous les moyens de droit», mais que «lorsque j’ai demandé qu’on recompte les voix, je voulais qu’on établisse la vérité, même pour l’histoire, pour jeter les nouvelles bases pour la construction d’une vraie démocratie dans notre pays».
Il voulait… même pour l’histoire! Autrement dit, il ne veut plus ou peut ne plus vouloir !

Rappelons que j’étais au départ opposée à une élection au Cameroun avec Paul Biya Candidat, convaincue qu’on ne peut mettre terme à une dictature par la voix des urnes. Pour ma part, il était question de privilégier les manifestations publiques, seul moyen de lutte pacifique que les peuples ont toujours utilisé pour renverser les dictatures. Logique que les camerounais suivent depuis un bout suite à l’appel de résistance de Maurice kamto depuis octobre 2018. Aujourd’hui, il demande que le peuple obéisse plutôt au régime anti-manifestations de Paul Biya.

«Ne faites pas de manifestations dans la rue non autorisées».

N’est-ce pas exactement ce que disent Issa Tchiroma, Atanga Nji et tous les autres membres du régime de Paul Biya? Tout esprit doté d’un peu de bon sens ne s’empêchera d’ailleurs pas de se demander comment le régime de Biya pourra un jour autoriser une manifestation qui a pour but de le renverser.

Pour Maurice Kamto, les peuples burkinabés, tunisien ou égyptien ont posé un acte réprimandable et insensé en se rendant dans la rue sans autorisation pour chasser les dictateurs de leurs pays!

Il dit évidemment que les camerounais de février 2008 et les populations anglophones depuis décembre 2016 jusqu’à ce jour, qui ont manifesté dans les rues après avoir essuyé tous les refus de dialogue de la part de Paul Biya, le même «irrecevable» que la cour constitutionnelle lui a opposé à lui-même et ses avocats, sont tous inefficaces et réprimandables.

«Il n’y aura aucune casse dans ce pays à cause de nous. Restez mobilisés. Pas de violence. On va se battre jour et nuit sans insulter qui que ce soit et sans attaquer les forces de l’ordre». Conclue-t-il.

A moins de nous demander de nous mobiliser dans nos têtes, la question qui nous vient à l’esprit c’est de savoir comment matérialiser notre mobilisation s’il proscrit désormais toute forme de manifestation ?

En effet, Maurice Kamto est soudainement devenu le bon opposant que Paul Biya aime, doux comme l’agneau. Il n’a pas d’ailleurs pas manqué d’entonner le refrain qui berce tant Paul Biya:

«Je ne marcherai jamais sur le sang ou les cadavres des camerounais pour accéder à la présidence». Nous avons ici droit au remix de John Fru Ndi en 1992.

C’est à se demander si pour la deuxième fois dans l’histoire de notre pays, le peuple camerounais ne s’est pas fait enfumer en faisant confiance aux opposants de Paul Biya pour nous sortir de la dictature.

En attendant la fin du film, le moins qu’on puisse dire c’est que la sortie d’hier de Maurice Kamto sonne (pour nous et tous les patriotes camerounais qui avons fondé tous nos espoirs sur lui) comme un véritable coup de massue.

Dr Modestine Carole Tchatchouang Yonzou, Fille de la république

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2 commentaires

  1. Bonjour,
    Votre interrogation est pertinente et appropriée. Sans défendre Monsieur KAMTO, je pense que sa stratégie est intelligente. Le régime actuel est prêt à faire couler le sang des Camerounais pour rester au pouvoir. Mr BIYA va laisser le Cameroun à feu et sang. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe avec les Anglophones. Maurice KAMTO utilise les moyens de droits hors du Cameroun pour chasser ce régime. D’autre part, il y a des moyens aussi efficaces de faire tomber ce régime :
    (1) les moyens économiques (les hommes d’affaires camerounais doivent délocaliser leurs entreprises hors du Cameroun, la diaspora ne doit plus soutenir les familles sardinardes, ne plus envoyer des containers au Cameroun….)
    (2) la résistance citoyenne (Journée morte tous les lundis dans tout le Cameroun pendant 6 mois, faire des manifestations toutes les semaines (la diaspora)…)
    (3) les moyens diplomatiques (Envahir les ambassades du Cameroun du monde entier, Organiser, toutes les semaines, des manifestations devant toutes les instances internationales (Union Africaine, Union Européenne, ONU,..) et nationales (Maison Blanche, Elysée…), Saisir l’Union Africaine et l’ONU pour recompter les voix des bureaux de vote, Contacter les députés de toutes les assemblées nationales des pays occidentaux (France, USA, GB, Allemagne…) pour que le sujet Cameroun soit débattu
    (4) les moyens politiques : Nommer un gouvernement de transition/interim comme les Anglophones, Nommer un responsable pour chacune des 8-10 régions. Ces personnes doivent être intègres et prêtes à mourir pour le Cameroun, Se constituer une armée de mercenaires hautement équipés, invisibles mais prêts à attaquer au cas où l’armée se mettrait à tuer les camerounais

    Pour finir, Mr KAMTO a dit qu’il ne lâcherait rien.

    Dr SAKHO

    1. Bonjour à vous !
      Je suis juste stupéfait suite à la lecture de votre réaction. Il me semble que vous faites preuve de cécité volontaire devant ce qui est pourtant une évidence, et d’usurpation de représentativité pour parler au nom des camerounais. Qu’il vous souvienne que vous n’avez sûrement jamais été mandaté par les camerounais pour parler en leur nom!
      Vous fondez en affirmation sur le moyen ultime de sauvegarde du pouvoir par le régime du RDPC, arguant de son indifférence à la vie du peuple ; détaché de la sacralité du sang de l’homme et à la pureté de son espace, pour RESTER au pouvoir. Permettez moi un rappel, autant un parti politique de l’opposition a vocation à accéder au pouvoir, autant le parti au pouvoir est légitime dans sa volonté et ses efforts de se maintenir au pouvoir. Donc, rien de bien nouveau !
      Aussi, hypothèse pris de ce que une alternance du pouvoir politique est un fait démocratique, il n’en demeure pas moins que celle ci n’est pas obligatoire dans un système politique sans limitation de mandats ; sans interdiction à un parti sortant de mandat de présenter un candidat.
      En outre, aucune règle démocratique ne donne vainqueur à une élection présidentielle, un candidat placé deuxième à la sortie des urnes.
      Pour le reste, vous deversez un flot de mesures toutes aussi antidémocratiques que somalisantes pour le Cameroun. Vous n’imaginez pas que dans votre ambition de faire main basse sur le pouvoir, nous resterons sans mot dire, sans réaction. La manipulation de de l’économie à des fins politiques ; la désobéissance civile et citoyenne ne sont efficaces que lorsque vous emportez l’assentiment de tous. Vous devez donc vous assurer au préalable que votre cause est majoritairement acquise par le peuple, bien au delà d’un fantasme tribal.
      Quant aux mercenaires appelés, vous leur direz avant, que le Cameroun dispose d’une forte armée, bien équipée et suffisamment organisée, et dont ses corps d’élite ont largement la mesure du problème qu’ils peuvent constituer.

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