Cinquante-six jours. C’est la durée de l’absence de Paul Biya, la plus longue de ses 43 ans de pouvoir, et personne à Yaoundé ne semble capable de dire quand elle prendra fin. Le président avait quitté le Cameroun pour un simple séjour privé, selon la version officielle. Franchement, difficile de continuer à appeler ça un séjour privé après huit semaines.
Un vide que la Constitution n’a pas prévu
La Constitution camerounaise ne fixe aucune limite à la durée pendant laquelle un chef d’État peut rester hors du territoire. L’absence, en elle-même, ne déclenche rien. Il faudrait un décès, une démission, ou un empêchement définitif constaté selon une procédure précise. Rien de tout ça ne s’est produit.
Le problème, c’est que cette procédure repose largement sur le vice-président. Or ce poste, créé en avril dernier lors de la révision constitutionnelle, reste vacant. Paul Biya n’a nommé personne. Le Cameroun s’est donc doté d’un mécanisme de succession qui pourrait être inutilisable, faute d’autorité pour l’activer.
Pendant ce temps, l’administration continue de tourner. Décrets, télégrammes, autorisations d’emprunt, tout sort au nom du président. Mais aucune apparition publique, aucune allocution, aucun Conseil des ministres depuis son départ.
Le coût d’une présidence à distance
Selon une estimation de MMI News, les chambres d’hôtel occupées par la délégation présidentielle à Genève pourraient déjà représenter entre 3,5 et 4,2 millions de livres sterling. Soit à peu près 2,69 à 3,22 milliards de francs CFA en deux mois. Le chiffre fait mal, surtout ramené à une année entière : entre 17,5 et 21 milliards de francs CFA, uniquement pour l’hébergement.
Une année de « présidence de Genève », pour reprendre l’expression qui circule dans les rédactions.
Paul Biya pourrait revenir demain. Personne ne le sait vraiment. Mais un pays ne peut pas fonder sa stabilité institutionnelle sur l’attente du moment où un seul homme décidera de prendre un avion. C’est un système qui, à force de tout centraliser, a fini par ne plus pouvoir se passer d’un absent.
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Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.
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