Pascal Messanga Nyamding: Robert Mugabe va Ressusciter l’idéologie du panafricanisme

Le chef du département de l’intégration et de la coopération pour le développement à l’Iric explique le choix du chef d’Etat zimbabwéen à la tête de l’Ua.[pagebreak]Quelles lectures faites-vous du choix de Mugabe à la tête de la présidence de l’Ua ?
Le fait que les Africains aient porté le président Mugabe à la tête de la présidence en exercice de l’Ua qui est une présidence rotative, est d’abord une preuve de courage et une preuve de l’affirmation, plus que jamais, de la personnalité du continent africain, donc des Africains. Il faut bien le noter, il s’agit d’abord de cela. Dans un monde en mutations, dans un monde de plus en plus conflictuel, dans un monde de domination, c’est une manière pour l’Afrique de prouver qu’elle a des personnalités valables. Le deuxième élément, les Africains l’on aussi fait parce qu’ils recherchent une sorte de sherpa. Un homme de poigne, un homme qui peut ressusciter l’idéologie du panafricanisme qu’on a très vite tué dans l’œuf après les indépendances des pays africains. Il faut dire que ce deuxième point est important.
Le troisième point qu’il faut aussi relever, c’est qu’aujourd’hui, le président Mugabe est perçu comme celui qui incarne l’orthodoxie d’antan, c’est-à-dire l’orthodoxie de la résistance africaine contre le colonialisme. Vous savez que la lutte contre le colonialiste était devenue un tabou, et puis, il fallait quand même quelqu’un pour porter cette idéologie. Depuis la mort de Mandela, on a senti qu’il y a eu un vide sur le continent africain, même si Mugabe et Mandela sont deux extrêmes, on a l’impression que très vite les Africains ont compris que les chantres du développement au sein du continent comme Mandela homme de dialogue, homme interculturel qui prônait la paix, l’égalité, n’a pas été pris en compte pour nous sortir des guerres et puis pour sortir même de la date.

Quelle autre lecture ?
Comprenez là qu’il y a aujourd’hui, une renaissance africaine en fondation et puis le 5ème et dernier, point, Mugabe a dit haut et fort depuis la disparation de certains contemporains, comme Kadhafi qui a été tué, ou Laurent Gbagbo, les crises centrafricaines et la crises dans les grands lacs, Mugabe a au moins eu le courage , contrairement à ses pairs africains, de dire que l’Afrique ne peut pas avoir autant de richesses et être pauvre.
Il a montré l’exemple à travers cette révolution agraire qu’il a initié et la redistribution des terres. N’oubliez pas que les Blancs contrôlaient 13% des terres dans son pays. N’oubliez pas aussi que lors de la conférence en Australie , il a eu le courage de dire à Tony Blair que les Anglais n’ont jamais tenu parole et il a même eu le courage de dire en face à Tony Blair qu’il est un menteur. De ce point de vue, je crois que ce sont des déterminants d’observation qui permettent de reconnaître que les Africains ont porté Mugabe à la présidence en exercice de l’Ua en connaissance de cause. Ils ont pesé le pour et le contre. Des facteurs permettent de comprendre que des ruptures se sont opérées. Le signal a été donné avec la révision des relations entre les Africains et la Cpi. Aujourd’hui, on ne peut plus poursuivre un chef d’Etat en exercice. Les Africains veulent dire non à un certains nombres de faits qu’ils ont subis.

Quelles sont les conséquences possibles du choix de Mugabe pour l’Afrique ?
Sachant que certains pays l’ont déclaré persona non grata, du point de vue technique, Il faut comprend le rôle dévolu au président en exercice de l’Ua. Ce n’est pas qu’une fonction symbolique. C’est une fonction forte, de représentation qui repose sur deux piliers. Le premier est politique. C’est le chef politique de l’Afrique. Il est le porteur du message politique de l’Afrique. En matière de bons offices, de négociation et de réconciliation aujourd’hui, c’est lui qui parle au nom du continent. Le président en exercice est aussi le président diplomatique du continent, deuxième pilier. Il y a eu la jurisprudence Mahmoud Ahmadinejad, ancien président iranien, qui est allé à l’Assemblée générale des Nations Unies alors qu’il était déclaré persona non grata. Il est venu en qualité de membre de l’Onu aux Usa. Si des procédures sont engagées contre Mugabe, en qualité de président en exercice de l’Ua, ça sera un manque de considération pour les Africains.

Est-ce que Mugabe peut vraiment impulser la renaissance des relations entre l’Afrique et l’Occident ?
Il faut que vous sachiez que Mugabe appartient à une sensibilité qui ressemble au panafricanisme. Les porte-étendards de ce panafricanisme étaient des panafricanistes maximalistes. On avait de personnes comme Kwamé N’Krumah, Julius Nyerere. C’est un courant de pensée qui n’est pas contre les Blancs, mais qui pense qu’il faut d’abord attribuer une priorité à l’Afrique. Si nous allons aux sources du panafricanisme, vous allez voir que pour le pana-américanisme, on a connu la doctrine de Monroe. L’idéologie était que les Blancs nous laissent aussi gérer un peu nos affaires. Cette vision a disparu, avec la disparition de ceux qui se sont battus pour l’indépendance totale de l’Afrique.
L’arrivée de Mugabe ne remet pas en cause les types de rapports «apaisés» entre l’Afrique et l’Occident. A côté de la présidente de la Commission de l’Ua , qui est la patronne de l’exécutif de l’organisation, Mugabe, lui, est chargé de porter la vision de l’Afrique. Par ailleurs, il tient là une opportunité pour améliorer son image. Il est expérimenté, c’est un sage. L’Europe a intérêt à ne pas le rejeter.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *