ORFEV-Jeunes à Ebolowa : 16 178 jeunes enrôlés, le bilan

ORFEV-Jeunes Ebolowa – cérémonie de clôture régionale MINEFOP

Le chiffre a de quoi impressionner : 16 178 jeunes enrôlés à travers dix régions. Le Ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle Mounouna Foutsou a clôturé ce mardi 15 septembre 2026 à Ebolowa 2e la tournée ORFEV-Jeunes, après un passage remarqué à Ngoulemakong, Mengong et l’Institut Don Bosco. Mais derrière les statistiques, une question demeure : ces jeunes trouveront-ils vraiment un emploi ?

Une tournée qui commence par le terrain, pas par les discours

Le cortège ministériel n’a pas atterri directement à Ebolowa. Il est d’abord passé par Ngoulemakong, petite commune où le maire a livré son mot de bienvenue devant une délégation renforcée par la présence de Madame Libom Li Likeng Minette, Ministre des Postes et Télécommunications et Élite du département de la Mvila. Sa présence n’a rien d’un hasard protocolaire, elle est chez elle dans la Mvila.

Direction Mengong ensuite. Là, le maire a présenté à la délégation le Bureau d’Emploi Municipal (BEM) de sa commune, une structure censée orienter les jeunes vers l’emploi. Dans son allocution, il a parlé d’une visite « salutaire pour nos jeunes », face à un chômage qu’il a qualifié de préoccupant. C’est un mot qui revient souvent dans la bouche des élus locaux, et pourtant il pèse lourd quand on sait combien de jeunes attendent une réponse concrète.

Puis, cap sur l’Institut de Formation Professionnelle Don Bosco d’Ebolowa. Là, la démonstration a porté sur la téléformation, avec un module consacré aux énergies vertes et à la production d’énergie solaire, un secteur jugé porteur au Cameroun. Les kits de téléaccompagnement offerts, écrans, baffles, disques durs, permettent aux apprenants d’interagir à distance avec les formateurs, dans un format hebdomadaire mêlant autoformation en ligne et suivi présentiel.

Le numérique, argument central de la Ministre des Postes et Télécommunications

Madame Libom Li Likeng Minette n’a pas mâché ses mots sur ce point : « le numérique est le multiplicateur de tout ». Elle a précisé que son don visait justement à renforcer cet enseignement en ligne, avec des équipements permettant de mutualiser de grandes salles plutôt que de limiter l’apprentissage à un seul terminal individuel.

Elle a révélé que les deux mairies d’Ebolowa sont désormais équipées pour cet usage. Un fait notable dans une région souvent perçue comme éloignée des grands pôles numériques du pays.

Et c’est là que sa formule fait mouche : selon elle, être à Ebolowa n’est en rien un complexe face à Douala ou Yaoundé. Avec le numérique, plus besoin d’être passé par les grandes écoles pour réussir, a-t-elle martelé, en citant l’exemple de la start-up camerounaise « Assiste-moi ». Le message est clair, presque un slogan de campagne, mais il touche une réalité vécue par beaucoup de jeunes du Sud.

La cérémonie de clôture à Ebolowa 2e, entre chiffres et symboles

La Mairie d’Ebolowa 2e a accueilli la clôture solennelle de la 2ème édition d’ORFEV-Jeunes. Au programme : présentation de l’initiative « Un Jeune, un Métier, un Emploi » (JEME), présentation des incitations fiscalo-douanières prévues par la Loi de Finances 2026, remise de kits aux Bureaux d’Emploi Municipaux et remise symbolique d’attestations de stage aux bénéficiaires 2026.

Madame le Ministre des Postes et Télécommunications a par ailleurs fait don de kits informatiques aux huit mairies du département de la Mvila, ainsi qu’à certains centres de formation, dont l’Institut Don Bosco d’Ebolowa et la SAR/SM de Nkoletoto’o. Une stagiaire a pris la parole pour témoigner de son expérience durant l’édition 2026, un moment que la salle, archi comble, a suivi avec attention.

Le bilan national : des chiffres qui parlent, mais qui appellent des questions

Dans son discours, le Ministre a livré un bilan consolidé des dix régions couvertes par la tournée. Le chiffre fait son effet : 16 178 jeunes enrôlés, 903 entreprises visitées, 182 structures de formation professionnelle mobilisées. À cela s’ajoutent 97 Bureaux d’Emploi Municipaux créés, dont 87 sont déjà fonctionnels, et 119 communes équipées pour renforcer la proximité du service public de l’emploi.

Ce sont des chiffres qui donnent une image de mobilisation réelle sur le terrain. Mais un chiffre reste muet sur ce qui suit vraiment : combien de ces 16 178 jeunes ont, à ce jour, décroché un emploi effectif ou lancé une activité génératrice de revenus ? Rien dans le discours ne permet de le vérifier à ce stade.

Le Ministre lui-même a reconnu que les opportunités existent sur le terrain, mais que leur transformation en résultats concrets exige davantage d’information de proximité, de coordination et de suivi. C’est un aveu implicite que l’enrôlement, aussi massif soit-il, ne garantit rien tant que l’accompagnement post-formation ne suit pas.

Un discours qui responsabilise entreprises, structures de formation et CTD

Le Ministre a insisté sur le rôle des entreprises, qui ne doivent plus, selon lui, se limiter à exprimer des besoins en main-d’œuvre. Elles doivent devenir de véritables partenaires du développement des compétences, à travers l’apprentissage, les stages et le transfert de technologies. Une phrase a particulièrement visé les entreprises utilisatrices de main-d’œuvre étrangère : le recours à des compétences étrangères doit respecter la réglementation, tout en favorisant chaque fois que possible la valorisation des compétences nationales.

C’est un rappel à l’ordre à peine voilé. Le message semble dire : la main-d’œuvre étrangère ne doit pas se substituer à la formation des jeunes camerounais.

Pour les structures de formation, l’exigence est résumée en trois mots : former mieux, former utile. Cela passe, selon le discours ministériel, par la modernisation des équipements, le développement de l’alternance et le recours accru aux formations à distance. La Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) a également été mentionnée comme un outil à mieux valoriser, pour transformer les savoir-faire de terrain en qualifications reconnues.

Quant aux Collectivités Territoriales Décentralisées, leur rôle est celui de la proximité. Les BEM doivent devenir de vrais relais capables d’orienter un jeune vers la bonne formation ou la bonne opportunité. Un BEM fonctionnel, a insisté le Ministre, doit permettre à un jeune de savoir où aller et à qui s’adresser. Le problème, c’est que sur 97 BEM créés, seuls 87 sont opérationnels à ce jour. Dix bureaux restent donc, apparemment, de simples coquilles administratives.

Une annonce surprise : 15 000 jeunes dans les métiers de la beauté

Le moment le plus inattendu du discours est venu vers la fin. Le Ministre a annoncé un projet en gestation avec la Présidente du pôle bien-être esthétique et cosmétique, Madame Epouhe, et son partenaire, le PDG de MFL Paris, un industriel de la diaspora présenté comme « fils d’Ebolowa » par le Ministre lui-même. Ce partenariat viserait à installer 15 000 jeunes dans les métiers du bien-être et de la beauté, un secteur jugé porteur d’insertion, particulièrement pour les jeunes filles.

C’est le genre d’annonce qui mérite d’être suivie de près. Quinze mille jeunes, c’est presque autant que le nombre total enrôlé dans une seule région pendant toute la tournée ORFEV-Jeunes. Reste à savoir si ce chiffre relève d’une ambition réaliste ou d’un effet d’annonce destiné à marquer les esprits en clôture d’événement. Rien ne permet, à ce stade, de vérifier le calendrier ni les modalités concrètes de ce projet.

Ce que la tournée révèle, au fond

Difficile de ne pas y voir un exercice bien rodé de communication gouvernementale, où chaque étape, de Ngoulemakong à Ebolowa, sert à démontrer une présence de terrain. Le chiffre fait mal quand on le met en perspective : plus de 16 000 jeunes enrôlés à l’échelle nationale, c’est une goutte d’eau face au chômage des jeunes camerounais, estimé à plusieurs centaines de milliers selon différentes études.

Le Ministre l’a lui-même reconnu, en creux, en insistant sur le fait que les cadres territoriaux « doivent fonctionner », que les BEM « doivent être opérationnels », que les entreprises « doivent ouvrir davantage leurs portes ». Autant de formulations au futur qui trahissent un constat implicite : tout cela ne fonctionne pas encore pleinement.

Ce qui reste, c’est l’invitation lancée aux jeunes eux-mêmes : ne pas s’arrêter à ORFEV-Jeunes, s’inscrire dans la continuité du programme JEME. Un objectif affiché jusqu’au métier, jusqu’à l’emploi, ou jusqu’à l’entrepreneuriat. Le chemin, lui, reste encore largement à tracer.

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✍️ À propos de l'auteur
Alain-Claude Ndom
Alain-Claude Ndom

Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.

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