Le 11 avril 2025, à Pittsburgh en Pennsylvanie, le National Museum of the Bamileke Genocide a officiellement ouvert ses portes. Situé au 713 Penn Avenue à Wilkinsburg, ce musée est le premier au monde entièrement dédié aux massacres perpétrés contre le peuple Bamiléké entre 1955 et 1971, période post-coloniale au Cameroun. Une initiative portée par la diaspora Bamiléké qui crée un précédent historique et diplomatique majeur.
Un lieu de mémoire fondé sur des preuves documentées
Le musée ne se limite pas à exposer des objets ou des photographies. Il s’appuie sur des archives déclassifiées, des journaux de marche d’officiers coloniaux français et des témoignages de survivants pour documenter une réalité longtemps occultée.
Parmi les faits mis en lumière : le regroupement forcé de populations civiles dans des camps barbelés, la destruction des récoltes pour affamer les villages, et l’usage du napalm dans les massifs montagneux de l’Ouest-Cameroun. Des exécutions publiques sur les places de marché, notamment à Bafoussam et Baham, sont également documentées comme méthodes de terreur psychologique.
Le bilan humain, longtemps contesté, est abordé avec rigueur. Croisant les travaux de l’historien Jean-Louis Dongmo et les recherches de Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, le musée avance des estimations oscillant entre 100 000 et 400 000 victimes.
L’institution abrite également une base de données numérique destinée à recueillir des témoignages familiaux, cartographier les villages disparus et nommer chaque victime. Une démarche de justice transitionnelle inédite pour ce dossier.
Un acte politique autant que mémoriel
En choisissant Pittsburgh, ville symbole de résilience, et le cadre juridique américain — protégé par la liberté d’expression —, les porteurs du projet placent ce dossier à l’abri des censures qui pèsent encore sur cette thématique en Afrique et en Europe.
Des autorités traditionnelles basées aux États-Unis et des membres de la diaspora venus de plusieurs États américains ont participé à la cérémonie d’inauguration. L’entrée était gratuite, les dons bienvenus.
Le musée entend aussi célébrer la culture, la spiritualité et l’identité du peuple Bamiléké — fidèle à la tradition du Laakam — et rendre hommage aux figures ayant combattu pour l’indépendance du Cameroun.
En installant ce sanctuaire de mémoire sur sol américain, la diaspora Bamiléké impose une reconnaissance que les structures politiques traditionnelles ont toujours refusée. Le National Museum of the Bamileke Genocide ne commémore pas seulement — il documente, protège et interpelle. Une étape qui pourrait faire évoluer le débat historique, au Cameroun comme en France.
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Journaliste international pour 237online.com, Rodrigue Batag décrypte l'actualité mondiale avec un regard ancré dans les réalités africaines et camerounaises.
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