Politique

Mrc et alliés: Vent de dissensions au sein de la «résistance»

Les accusations contre le leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun, Maurice Kamto, fusent de certains de ses militants et autres alliés. Des défections aussi.

L’enjeu de la survie du parti du principal challenger de Paul Biya est-il ouvert ? Un vent de contestation et de critiques souffle entre le président national du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), certains de ses militants et ses alliés. La dernière illustration date du 1er juin 2020. Alors que Maurice Kamto annonce un discours en milieu de soirée, le pasteur Kenedy Ejacha, militant se réclamant d’une coalition des «forces vives de l’opposition et de la société civile» en gestation avertit : «Dites à Kamto Maurice que j’aurais un message après son message, s’il dérape comme d’habitude. Il ne va pas torpiller notre combat.» Menace mise en exécution juste après le discours du président du Mrc. Joint au téléphone ce 2 juin 2020, Kenedy Ejacha accuse Maurice Kamto de vouloir s’approprier une initiative collective pour se positionner individuellement. «Kamto veut sacraliser l’individu qu’il est en lieu et place de la dynamique que nous mettons en place.»

Une dynamique, explique la même source qui privilégie certes le changement de l’homme à la tête de l’Etat mais surtout les reformes institutionnelles mettant le peuple au cœur des prises de décisions. La brouille entre le Mrc et ses militants et autres alliés c’est aussi cette correspondance interne du parti de Maurice Kamto, abondamment publiée sur les plateformes électroniques ce 1er juin 2020. Une «alerte» qui met en garde les militants Mrc de la région du Littoral contre l’un de leurs anciens camarades. «M. Takam Blaise ex Mrcistes est le nouveau agent recruteur au sein de la Renaissance des militants pour le compte du nouveau parti crée par le régime et dirigé par l’ethnofacistes tribaliste haineux Shanda Tome (inconnu de la nouvelle génération)». La correspondance dont nous avons obtenue copie souligne que les cibles du recrutement sont «cible ceux de nous qui ont été déçus par notre boycott aux pseudos élections couplées du 09 février 2020, comme lui. Il cible aussi, ceux dont la rumeur courrait qu’ils n’étaient pas dans les listes définitives alors qu’aucune liste officielle n’avait été rendue publique.»

Soupçons ethnocentristes

Plus explicite, la correspondance souligne : «sachons que ce parti crée par le régime a pour objectif de réduire notre électoral et surtout disperser dans nos rangs (c’est pourquoi un des anciens de Mrc Dla3 M Takam Blaise a déjà été recruté pour la circonstance) et le monsieur qui est en tête Shanda Tome est un ethnofaciste tribalistes haineux chargé de mission par le régime qui déteste le président Elu MK depuis la nuit des temps tout simplement parce Kamto n’a jamais souscrit et soutenu à ses fameuses thèses et idées de la suprématie Bamiléké contre les autres tribus du Cameroun.» De même que «Souvenons nous qu’en 2017, c’est grâce aux maristes que Cabral Libii a eu de la visibilité sur la toile, en parlant de lui en bien ou en mal, nous avons contribué a bâtir sa notoriété qui est parti du virtuel pour le réel aujourd’hui.» Mais il y a aussi «la presse à gage du régime a déjà été financée pour la sale besogne, d’ici quelques jours les tires ciblés vont être déclenchés, ne vous fiez pas aux titres fanfarons de ces journaleux qui viseront soit à comparer ou à opposer le Mrc et son leader à ce monsieur Shanda Tome et son parti.» Des soupçons ethnocentristes que renvoient certains anciens alliés à la face du leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun.

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Dans un talk show proposé par nos confrères d’Afrik inform, Paul Eric Kingue, l’ancien directeur de campagne du candidat du Mrc à l’élection présidentielle d’octobre 2018 ne fait pas l’économie de son ressentiment, vis-à-vis de son allié politique, Maurice Kamto et le Mrc. Si le président du Mouvement patriotique pour un Cameroun nouveau (Mpcn) compare son ancien allié du Mrc au président de la République et président national du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), Paul Biya, Il soutient aussi que «Si Kamto devient président dans ce pays, le Cameroun tombera dans la guerre immédiatement.» De même que l’ancien proche de Maurice Kamto dénonce la « posture doctrinale et sectaire » du chef de file du Mouvement pour la renaissance du Cameroun vis-à-vis de ses militants.

La bataille de l’intérieur

La guerre du Mrc, depuis quelques temps, n’est pas seulement portée sur des ennemis extérieurs. Le parti fait aussi face à ses militants et alliés. A travers de nombreuses sorties médiatiques, la militante du Mrc Michelle Ndocki donne de la voix pour un changement de posture et de stratégie. Tout en réaffirmant «il y a eu un hold-up électoral au Cameroun. Les résultats publiés par le Conseil Constitutionnel ne reflétaient pas le verdict des urnes. Nous avons été nombreux dans et à l’extérieur du Mrc à affirmer notre désaccord.» La militante du Mrc invite la hiérarchie à tourner la page de ce qu’elle appelle une «étape de fondation» dans la vie du Mrc. «Les fondations ne sont qu’une étape. Nous devons aujourd’hui bâtir sur cette fondation ce que nous voulons être le Cameroun de demain. De même que les matériaux et techniques utilisés pour les fondations ne sont pas ceux qui servent aux élévations, de même ce qui a servi à éveiller les consciences et alerter l’opinion doit maintenant être remplacé par ce qui peut servir à rendre l’alternance démocratique effective.» Un appel à rassembler qui suscite une volée de bois vert au sein de la formation politique que dirige Maurice Kamto.

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L’autre posture de dissension dans le Mrc est exprimée par Célestin Njamen. Le transfuge du Social democratic front (Sdf) garde en travers de la gorge la posture du président national du Mrc à la veille des élections municipales et législatives de février 2020. Le candidat déçu qui clame sa liberté de penser soutient que «C’était une erreur pour le Mrc de ne pas aller aux élections municipales et législatives.» Une assertion que cette source multiplie par le fait que «un parti politique a vocation à changer la société. Et pour changer la société, il faut avoir le pouvoir qui permettra de changer la société. Le boycott n’a aucun impact en dictature.» Célestin Njamen semble surtout avoir une dent contre l’attitude de son président. Dans une interview accordée à nos confrères de Abk radio, Célestin Njamen soulignait «J’ai horreur du culte de la personnalité, car il régresse un parti politique et par conséquent, régresse un pays. Sortons un peu du talibanisme. Il faut mener des combats autour des idées et non des personnes.» L’homme politique qui dénonce les appétits personnels souligne aussi que : «Ce n’est pas un parti politique quand on ne part pas aux élections. On devient plutôt une Ong ou une église.» Une posture que rejoint Kenedy Ejacha qui indique pour sa part que «La B.A.S (Brigade anti sardinard) est un concept hétéroclite.»

Manipulation

De même que ce militant se réclamant des forces vives de l’opposition et de la société civile «condamne avec véhémence l’utilisation de la violence verbale et physique exprimée par des individus se réclamant de la Bas. Mais aussi la manipulation de certains soutiens de cette Bas.» Une posture assumée sous cape par des militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun. Contactées pendant la rédaction de cet article, plusieurs sources au sein du Mrc nous ont référé au porte-parole du président national de cette formation politique. Olivier Bibou Nissack n’a pas daigné donner suite à nos multiples sollicitations.

Pourtant, nous souhaitions avoir l’appréciation que le parti fait des accusations portées à son endroit. Aussi, notre démarche consistait à recueillir la version de la hiérarchie du Mrc sur la grogne perceptible de certains de ses militants «privés des élections municipales et législatives de février 2020». De même que l’un des objets de nos sollicitations était d’avoir l’avis du parti sur les postures publics de la coordonatrice du mouvement «Now Cameroon» Edith Kah Walla ainsi que celles de l’ancienne président de l’Alliance des forces progressistes (Afp), Alice Sadio. Des postures publiques (entre autres) qui affublent le Mrc et son chef de file, Maurice Kamto.

Joseph OLINGA N.

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