Des carrefours de Yaoundé aux rues de Douala et Bafoussam, les moto-taxis Babana occupent le terrain depuis des années. Le jour, ils transportent. La nuit, beaucoup disparaissent. Franchement, on entend des langues qu’on ne reconnaît pas toujours. Pas de CNI visible, pas de permis, pas d’adresse fixe. Des groupes de vingt ou trente jeunes entassés dans des maisons sans bail ni contrôle de chef de quartier. L’État sait-il vraiment qui circule librement dans nos villes ?
Un phénomène massif et mal encadré
Ils sont des milliers à tenir les points chauds. On les présente souvent comme des frères du Nord. Sur le terrain, le tableau est plus flou. Beaucoup roulent sans papiers, dorment en collectivité et connaissent les quartiers par cœur. À Douala, la mairie a tenté de reprendre la main. Depuis avril 2026, attestation d’enrôlement et chasuble homologué sont exigés pour les commerciaux. Permis, carte grise et assurance pour les autres. Des formations gratuites ont même ciblé 5 000 conducteurs, avec obligation de CNI ou titre de séjour.Pourtant les parkings sauvages restent, les contrôles intermittents. Le chiffre fait mal quand on regarde l’informel qui domine encore. Personne n’a de décompte précis national. On estime juste que le secteur échappe largement au radar.
Le spectre sécuritaire n’est plus théorique
Au Sahel, les groupes armés ont prouvé que la moto est l’outil parfait : discrète, rapide, capable de tout traverser. Mobilité pour fuir, attaquer ou braquer. Chez nous, ajoutez l’absence de papiers, les logements collectifs et la maîtrise totale des artères. Tu n’as plus seulement des transporteurs. Tu as des hommes difficiles à retrouver le jour où ça bascule.Le signal est clair. Des voix, y compris dans certains milieux sécuritaires, évoquent le risque de cellules dormantes sur deux roues. On ne sait pas encore l’ampleur réelle. Mais quand un pays laisse des milliers d’inconnus tenir ses carrefours, il joue avec le feu. Qui vend les motos ? Qui loue ces maisons à trente ? Il y a forcément des complicités, des chefs de quartier et d’autres qui ferment les yeux.C’est un trou noir. Difficile de ne pas y voir une faille béante.
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Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.
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