Marcel Niat Njifenji n’était plus président du Sénat depuis le 17 mars 2026. Vingt-cinq jours seulement séparaient son départ du perchoir de sa mort, survenue ce 11 avril 2026 au CHU de Yaoundé, à l’âge de 92 ans. Mais si l’homme avait déjà passé la main, sa disparition n’en est pas moins un moment politique chargé de sens pour l’institution qu’il a dirigée pendant treize ans.
Aboubakary Abdoulaye : un successeur déjà en place
La transition avait été anticipée. C’est Aboubakary Abdoulaye, Lamido de Rey-Bouba et figure du Grand Nord, qui préside désormais le Sénat camerounais depuis le 17 mars 2026. Il n’hérite donc pas d’une vacance — il occupait déjà le fauteuil avant la mort de Niat Njifenji.
Ce détail est important. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le décès de l’ancien président du Sénat ne crée aucune instabilité institutionnelle. La succession avait été organisée en amont, discrètement, comme c’est souvent le cas dans le système Biya.
Aboubakary Abdoulaye n’est pas un inconnu. Il assurait depuis plusieurs mois l’intérim de fait au Sénat, Niat Njifenji étant régulièrement absent pour raisons de santé. Sa désignation formelle en mars 2026 n’a donc surpris personne dans les cercles du pouvoir.
Une succession constitutionnelle désormais sans objet
Pendant treize ans, Niat Njifenji occupait le deuxième rang protocolaire de l’État. En vertu de la Constitution, il était le successeur désigné de Paul Biya en cas de vacance du pouvoir. Une position qui donnait au perchoir du Sénat un poids politique considérable — et alimentait toutes les spéculations sur l’après-Biya.
Mais la donne a changé. La révision constitutionnelle d’avril 2026 a supprimé ce rôle successoral du président du Sénat, avec la création d’un poste de vice-président de la République. Aboubakary Abdoulaye préside donc un Sénat délesté de cette fonction de succession — ce qui réduit mécaniquement le poids symbolique de la fonction.
La mort de Niat Njifenji referme donc doublement une époque : biologiquement et constitutionnellement.
La fin d’une génération
Au-delà de l’institution, c’est une génération entière qui s’efface. Marcel Niat Njifenji incarnait ces hauts cadres camerounais formés dans les premières décennies de l’indépendance, technocrates discrets dont la longévité aux postes de responsabilité était rendue possible par la durée exceptionnelle du régime Biya.
Ingénieur de Supélec, ancien directeur général de la SONEL — la Société Nationale d’Électricité du Cameroun — avant d’être propulsé au sommet du Sénat, il avait traversé six décennies de vie publique sans jamais chercher les projecteurs.
Sa mort laisse un deuil dans les rangs du RDPC. Mais institutionnellement, le Cameroun ne vacille pas. Aboubakary Abdoulaye tient le perchoir. Et Paul Biya tient les rênes.
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Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.
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