Babadjou pleure son maire, devenu une vraie légende locale

maire de Babadjou – Hommage populaire à François Touofo Babadjou

L’annonce a d’abord laissé croire à la perte de l’édile officiel : le maire de Babadjou, ou plutôt l’homme que tout le département des Bamboutos surnommait ainsi avec affection, s’en est allé brutalement. François Touofo n’avait aucun décret, aucune écharpe tricolore cousue sur mesure. Pourtant, sa disparition touche la communauté bien plus profondément que le départ de certains politiciens en costume.

Une vie passée à servir la commune sans rien demander

Chaque matin, avant que la ville de Mbouda et ses environs ne s’éveillent complètement, l’homme débutait son rituel immuable. Il balayait bénévolement la chefferie supérieure de Babadjou, prenait son temps, puis marchait d’un pas décidé vers l’hôtel de ville où il avait installé son propre bureau de fortune près du perron communal. C’est sur ce trajet familier qu’une moto l’a fauché sans pitié, mettant un terme tragique à un parcours singulier de plus de 20 ans d’animation publique.

Franchement, voir un homme frappé d’instabilité mentale mobiliser autant de respect force l’admiration.

On l’a vu arracher le micro lors de grands rendez-vous publics pour déclamer des discours mémorables que l’assistance applaudissait à tout rompre. Même le nonce apostolique, de passage le 15 août 2023, avait reçu de ses mains un bouquet d’arbres de paix. C’était sa manière à lui d’exister, de faire partie du décor républicain local sans jamais faire de tort à personne.

Les honneurs mérités d’une terre reconnaissante

Un fou qui rassemble l’administration et le peuple dans un même deuil, ce n’est pas tous les jours qu’on voit ça dans nos villages.

Les funérailles n’ont d’ailleurs rien eu de clandestin. Le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, originaire du coin, le sous-préfet Noa Maniben Fabrice ainsi qu’une forte délégation municipale ont tenu à saluer sa mémoire lors de son inhumation. Difficile de ne pas y voir l’hommage sincère d’une communauté qui refuse d’oublier ceux qui l’ont servie à leur manière, même sans mandat légitime.

Mais quel message cette ferveur collective envoie-t-elle aux élus qui disposent du budget sans jamais balayer devant leur propre porte ? Rien ne confirme à ce stade si un mémorial symbolique sera érigé à l’entrée de la mairie, mais la mémoire collective a déjà gravé son nom.

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✍️ À propos de l'auteur
Alain-Claude Ndom
Alain-Claude Ndom

Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.

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