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L'ouverture sur le Cameroun

Livre scolaire : qui fait quoi ?

Aussi salutaire qu??il puisse apparaître, le retrait de deux livres du programme scolaire des classes de Première et Terminale, il y a une dizaine de jours, fait désordre. D??abord, parce que la mesure du ministre des Enseignements secondaires intervient en plein deuxième trimestre, quand en principe l??usage des manuels en question était déjà amorcé. Ensuite, parce que c??est le même Minesec qui publie chaque année, la liste officielle des livres inscrits au programme scolaire. Comment en est-on arrivé là ? Question. Qui interroge l??ensemble du processus de confection de la liste officielle, et révèle un problème. Ou au moins quelque

légèreté. Le fait est que, en plein milieu de l??année scolaire, des parents sont aujourd??hui contraints de retourner à la librairie pour acheter les livres de substitution, alors qu??ils pensaient en avoir terminé en septembre-octobre. Dépenses supplémentaires forcément. Même si les pédagogues vont leur opposer l??argument rapide : il vaut mieux dépenser ainsi que de voir s??effriter la formation et la moralité des enfants. C??est dans doute pertinent dans le fond. Mais les parents ont-ils à payer les pots cassés quand des responsables de l??encadrement au plus haut niveau n??ont pas fait correctement leur travail ? On a failli oublier les enseignants, eux aussi forcés de revoir leurs cours, puisque les ??uvres au programme ont changé au moment où l??on s??y attendait le moins. Bref, nous voilà dans une situation à la limite du ridicule. Et l??on est bien obligé de reconnaître que les choses ne marchent pas comme elles devraient dans la chaîne du livre scolaire au Cameroun. Pour le cas récent, tout part bien du début de la chaîne. Avec un éditeur qui propose une version compilée de deux ouvrages de William Appolinaire, sous un titre tout aussi compilé. « Calligrammes » et « Alcools » rassemblés dans un même livre deviennent donc « Callicools » sans qu??on comprenne vraiment la raison d??un tel titre, ni sa logique lexicale. Le résultat est qu??un nouveau « titre » naît, attribué à l??auteur des deux ouvrages compilés. ??a paraît facile à comprendre a priori. Le livre passe même avec succès à l??examen du conseil national d??agrément des manuels scolaires. Tout comme « Le Secrétaire intime » de George Sand, qui sera plus tard jugé impropre à la consommation intellectuelle des élèves des lycées. L??interrogation la plus évidente dans ce cas n??a pas tardé à être exprimée au lendemain du retrait de ces livres : pourquoi maintenant ? Et comme en pareille circonstance, chacun y est allé de son explication. Il fallait tout de même s??y attendre, vu que la liste des manuels scolaires est généralement entourée de toutes sortes de soupçons de batailles, d??arrangements et de dessous de table. Difficile pour le journaliste d??établir qu??il y a eu corruption. Mais, il apparaît qu??il a manqué de vigilance dans l??examen des contenus des ouvrages retenus. Et le retrait a posteriori de livres jugés inappropriés interpelle l??ensemble de la chaîne. Une chaîne où les acteurs ont commencé à se rejeter la faute. Avec notamment les inspecteurs de pédagogie, qui révèlent que leur intervention est devenue marginale au fil des années. De toute façon, ce type de dérèglement de la machine qui examine et arrête les livres qui serviront de support à l??instruction de nos enfants inquiéte. Qui est censé apporter sa compétence? Le fait-il effectivement et comme il le faut ? L??éducation de l??élève est-elle la finalité de tout ce déploiement ? Le doute est permis. Plus que jamais.
Yves ATANGA, CT

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