La libre circulation dans la zone CEMAC connaît une crise sans précédent. Lundi 21 avril, les autorités camerounaises de Kyé-Ossi ont dû gérer l’arrivée imprévue de camions remplis de compatriotes expulsés sans préavis de Guinée équatoriale. Ce renvoi massif de 231 personnes a déclenché une réaction diplomatique ferme de Yaoundé, révélant les profondes failles dans l’application des accords communautaires censés garantir la mobilité des personnes dans la sous-région.
Tensions libre circulation CEMAC : le protectionnisme qui menace l’intégration
Les experts dénoncent un dangereux précédent diplomatique.
« La réticence est liée au protectionnisme. Certains États, à l’instar de la Guinée équatoriale, invoquent la protection du marché pour justifier des comportements incompatibles avec les engagements pris », analyse le Pr. Nicolas Junior Yebega Ndjana, spécialiste de science politique et relations internationales à l’Université de Douala.
Selon les données consolidées par le ministère des Relations extérieures, les compatriotes expulsés ont voyagé sous bonne escorte des forces de sécurité équato-guinéennes. Le Cameroun a exprimé sa forte désapprobation en convoquant l’ambassadeur équato-guinéen, Armondo Note Evuna, pour rappeler les principes qui régissent la libre circulation et dénoncer les procédures d’expulsion.
Cette nouvelle crise intervient malgré l’Acte additionnel N°08/CEMAC-CCE relatif à la libre circulation des personnes de 2005, qui confère théoriquement d’importants pouvoirs aux ressortissants communautaires, privilégiant les considérations humanitaires plutôt que commerciales.
« Les justifications avancées sont le protectionnisme et les raisons sécuritaires. Petit pays en termes de superficie et de population, la Guinée équatoriale entretient l’hypothèse de la phobie d’un envahissement », poursuit l’universitaire.
Le caractère subit, arbitraire et intempestif de ces expulsions viole non seulement les accords communautaires, mais aussi les procédures standards qui exigent notification préalable à l’ambassade ou au consulat du pays dont sont ressortissants les personnes concernées.
Cette situation reflète un problème plus profond dans la construction de l’espace CEMAC, où malgré les déclarations politiques, l’intégration réelle peine à se concrétiser. Les textes communautaires ne cessent de renvoyer aux législations nationales, ce qui entrave l’harmonisation et la communautarisation effective.
« À plusieurs reprises, notre pays a eu à se plaindre de cette situation et à exprimer sa désapprobation. Que faire pour que les règles en matière de libre circulation des personnes soient respectées ? », s’interroge un responsable du ministère des Relations extérieures.
L’absence de mesures de contrainte pour le respect de la libre circulation reste le principal obstacle. L’Union européenne pourrait inspirer cet espace avec l’espace Schengen, mais il faudrait une réelle volonté politique au niveau des États membres pour transformer la CEMAC en un espace véritablement intégré.
Pensez-vous que des sanctions économiques contre les pays violant les accords de libre circulation seraient efficaces pour résoudre cette crise ?




