Le cinquantenaire de l'indépendance du Cameroun a donc vécu

Le cinquantenaire de l??indépendance du Cameroun a donc vécu. Mais il fera date. Grâce à une programmation magistrale qui a su enchaîner le mode festif et les phases de réflexion, le silence et le bruit, l??introspection et l??expression de joie la plus débridée. Foot, danses, concerts, cinéma, débat, méditation, défilés, tout y est passé. Grâce surtout à un événement qu??on disait sans précédent dans les annales de l??histoire africaine : la conférence internationale de Yaoundé, et qui aura tenu toutes ses promesses.

Au lendemain de ces jours de folie et d??émotion, il n??est pourtant dans nos esprits aucune amertume ni nostalgie, comme c??est souvent le cas en pareille circonstance. Le mystère tient à une réalité toute simple : ces images de complicité de nos chefs d??Etat, se congratulant, parlant du présent et de l??avenir, se tenant par la main, descendant ensemble d??un bus, comme dans l??Afrique unie de nos rêves, ces sourires radieux des premières dames, et ces sonorités, ces ors, ces fleurs comme s??il en pleuvait, toutes ces images magiques que notre esprit a capturées ne suscitent aucun regret que parce que, on l??a bien compris, elles ne constituent pas une fin, mais un début. Le début d??une nouvelle histoire commune, faite de lucidité sur notre condition d??Africains, mais aussi de volontarisme, de vision et de détermination.Lorsqu??on parlera du tournant de Yaoundé, car c??en est un, dans les livres qui consignent les expériences humaines les plus remarquables, on en parlera comme d??un accélérateur d??histoire et d??un cénacle stratégique où les Africains et d??autres hommes de bonne volonté ont, à l??appel de Paul Biya, tracé les perspectives d??un avenir de progrès. On en parlera comme d??un haut-lieu d??intelligence, d??audace, de germination et d??engagement. N??ayons pas peur, par mimétisme ou par pudeur, de mettre un tel succès au crédit du Cameroun.Qui d??autre, mieux que le Cameroun, pays au carrefour de toutes les influences culturelles et linguistiques, et de toutes les confluences humaines et naturelles, aurait en effet pu brasser tant d??idées neuves, et parfois contradictoires, sur ce qui apparaissait jusqu??ici comme une funeste évidence : la marginalisation de l??Afrique ?Qui d??autre que le Cameroun, terre d??abondance et d??opportunités, adoubée par une nature généreuse, aurait pu symboliser à ce point le renouveau et l??espoir de décoller d??un continent ?Qui d??autre mieux que Paul Biya, fils d??Afrique façonné à l??idéal humano-chrétien, nourri du rêve de panafricanisme et de liberté des pères fondateurs de l??Afrique indépendante, aurait pu oser braver le politiquement correct et les idées reçues, pour convier ses pairs et les amis de l??Afrique à ce géant brainstorming qui avait obligation d??accoucher d??une nouvelle idée de l??Afrique ? Après une vie d??adulte consacrée entièrement à servir la haute administration de son pays, et 28 autres années à la tête de ce même pays, le président Paul Biya était l??un des rares leaders africains qui avaient la légitimité d??esquisser, au nom de toute l??Afrique, un bilan froid. Il n??aura pas en tout cas usé de complaisance démagogique pour éviter de prononcer les mots qui fâchent, lorsqu??il a fallu, en évaluant le chemin parcouru, stigmatiser nos erreurs de parcours et nos semi-échecs, mais aussi le jeu de dupes des colons d??hier et avec eux, tous les pays riches.On retiendra la tonalité générale de ses discours, sincère, passionnée, lucide et déterminée, tout au long de cette conférence qui porte sa marque et qui restera comme un legs à la postérité.On retiendra encore que «Africa 21» n??a pas voulu, comme toutes les conférences de cette nature, s??en tenir à un plateau de qualité et à quelques déclarations bien senties, qui alimenteront les chroniques de journaux, sans faire avancer la réflexion sur les chances de l??Afrique d??émerger.En évoquant les questions les plus brûlantes, en avançant des idées et des pistes sur le développement économique et social, la sécurité alimentaire, la sécurité tout court, l??intégration africaine, la géostratégie mondiale ; en mettant en place un comité international d??évaluation et de suivi, la conférence de Yaoundé s??est inscrite dans le concret et la durée. Ce qui est un grand pas en avant et dénote une volonté réelle d??influencer le cours des événements.Il reste qu??une conférence, si courue et si incisive soit-elle, ne changera pas la donne toute seule, car ce sont bien les politiques nationales, à l??intérieur d??Etats souverains, qui impulsent la marche en avant, ou le marasme. C??est pourquoi il est si important que ce Comité international de suivi soit animé par des personnalités engagées et pragmatiques, qui encouragent l??émulation entre Etats en faisant partager aux uns les avancées des autres, en faisant circuler les idées, et les propositions ; en suggérant des projets transnationaux aux décideurs, en évaluant les pesanteurs et les atouts.C??est la condition pour garder allumés la flamme et l??esprit de Yaoundé, et pour avancer résolument vers le XXIe siècle, ensemble, sans peurs et sans complexes.

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