La dette publique du Cameroun s’élève à près de 5 milliards au premier trimestre 2016

Liasse d'argent CFA

La Caisse autonome d’amortissement vient de publier l’état et le niveau d’endettement du Cameroun, qui est estimé à 26,8% du PIB.
A la fin du premier trimestre de l’année 2016, l’encours de la dette publique du Cameroun est évalué à 4 502 milliards de FCFA. C’est la révélation de la note de conjoncture semestrielle de la Caisse autonome d’amortissement (CAA), publié au cours de ce mois de mai. La CAA est la structure publique en charge de la gestion de l’ensemble des fonds d’emprunts publics de l’Etat, de ses démembrements, des organismes publics et parapublics et des collectivités territoriales décentralisées. 237online.com Selon la CAA, la dette publique de l’Etat représente au 31 mars 26,8% du PIB. Ces 4 502 milliards connaissent une hausse de 16,9% en glissement annuel, car au 31 mars 2015, l’encours de la dette publique du Cameroun était exactement de 3 853 milliards de FCFA. L’encours actuel est constitué de 77,3% de dette extérieure, soit 3 480 milliards de FCFA et 22,7% de dette intérieure, correspondant à 1 023 milliards de FCFA. La dette publique intérieure a donc baissé car elle était située à 27,9% du PIB l’année dernière à la même date, soit une chute de 5%. Un risque lié au taux de change est associé à la dette publique. En effet, il faut observer qu’en fonction de la devise dans laquelle la dette est libellée, elle peut varier à la hausse ou à la baisse. A cet égard, au 31 mars 2016, le portefeuille de la dette extérieure se compose principalement de l’euro représentant 50,9% du portefeuille total de la dette extérieure, soit un équivalent de 1 771 milliards de FCFA. Il est suivi du dollar US avec 37,5% soit un équivalent d’environ 1 305 milliards de FCFA,(iii) du yuan, monnaie chinoise, avec 7,7%, soit environ 269 milliards de FCFA et du yen japonais, avec 3,2%, soit près de 110 milliards de FCFA. 237online.com Seul l’euro ayant une parité fixe avec le FCFA, on estime que 49,1% de la dette publique extérieure du pays est exposé au risque de change. La parité dollar-FCFA a en effet connu quelques variations depuis un an, même si cette variations est pour le moment en faveur du Cameroun. Au cours des trois premiers mois de 2016, l’Etat a réglé un montant de 273 milliards de FCFA au titre du service de la dette publique. Ce montant est ventilé à 84,6% de dette intérieure, soit 231 milliards de FCFA, et à 15,4% de dette extérieure, soit 42 milliards de FCFA. Le service de la dette publique a augmenté de 158,7% en glissement annuel. Cette forte variation du service de la dette publique est liée au remboursement du crédit relais d’un montant de 150 milliards de FCFA adossé à l’eurobond de 750 millions de dollar US émis en novembre 2015. Ce crédit relais a été accordé en février 2015 à hauteur de 143 milliards de FCFA par un consortium de huit banques locales avec comme arrangeurs la BGFI Bank Cameroun, la Société générale Cameroun et Afriland First Bank. Les intérêts de la dette publique au titre du 1er trimestre 2016 sont évalués à 29 milliards de FCFA, soit 18 milliards de FCFA pour la dette extérieure et 11 milliards de FCFA pour la dette intérieure. Un an plutôt, les intérêts réglés se chiffraient à 21 milliards de FCFA, soit une croissance annuelle de 36,9% contre une croissance trimestrielle de 44,5%. En un an, de mars 2015 à mars 2016, l’Etat a payé des charges d’intérêts sur sa dette publique de l’ordre de près de 81 milliards de FCFA. La CAA observe que plus de 70% de la dette publique extérieure du pays est soumis à un taux d’intérêt compris entre 2 et 3%. « Cette structuration traduit la difficulté de contractualisation des prêts concessionnels et appelle à plus de rigueur dans le choix des projets, dont la rentabilité devrait être avérée pour contribuer au remboursement de l’emprunt contracté », indiquet-elle.

Une dette toujours soutenable
Une guerre des chiffres avec le FMI se déroule sur le dos de la soutenabilité de la dette publique du Cameroun. L’institution de Bretton Woods tire la sonnette d’alarme. Le montant de la dette publique du Cameroun est un peu comme son chiffre de croissance. Chacun le regarde en fonction de ses lunettes. Le gouvernement a ses chiffres et ses partenaires au développement les siens. Encore faut-il que le gouvernement lui-même parle déjà d’une seule voix. Le 17 mai, dans son discours d’ouverture de la conférence internationale sur les opportunités d’investissement au Cameroun, le président de la République a donné sa version. « Contenue aux alentours de 25 % du PIB, notre dette publique fait l’objet d’un suivi rigoureux. Elle doit rester à un niveau toujours soutenable, tout en nous procurant des moyens de financement productif », a déclaré Paul Biya. Le même jour, son chiffre est battu en brèche par la note de conjoncture semestrielle de la CAA, qui fixe ce taux de la dette publique à 26,8% du PIB. Dans son analyse des perspectives économiques en Afrique subsaharienne, publiée en avril dernier, le Fonds monétaire international estimé la dette du Cameroun à 38,0 en 2016, soit 5 722 milliards de FCFA contre 33,5% il y a un an. Mario de Zamaroczy, chef de mission du FMI, a exprimé son inquiétude aux autorités de Yaoundé, s’attardant sur les taux d’intérêt de la dette camerounaise jugée élevée ou encore sur la frénésie d’endettement gouvernementale. Présent, le ministre de l’Economie a relevé que : « Le Cameroun peut poursuivre sans risque la mobilisation des ressources auprès de ses partenaires au développement. Surtout que les indicateurs de l’économie ne sont pas au rouge. » Louis Paul Motaze a défendu l’endettement du pays en le qualifiant de sain car orientée vers les secteurs générateurs de l’activité économique. La Banque mondiale a publié, en avril 2016, une analyse de la soutenabilité de la dette publique de plusieurs pays africains et a constaté que : « Neuf des trente-cinq pays de l’Afrique subsaharienne présente un risque élevé de surrendettement. Le Cameroun, le Ghana et la Mauritanie viennent tout juste de rejoindre cette catégorie… ». Les deux institutions de Bretton Woods ne veulent manifestement pas donner leur caution à la demande du gouvernement de convertir les prêts projets, qui constituent l’essentiel de notre dette publique, en appuis budgétaires. Ce qui signifierait que les ressources issues de la dette pourront recevoir des affectations en fonction des priorités budgétaires définies par le gouvernement, qui ne serait plus lié par la réalisation d’un projet spécifique.
La note de conjoncture de la CAA sur l’encours de la dette publique à mars 2016 place le taux d’endettement du Cameroun à 26,8% du PIB à 4 502 milliards de FCFA. Ce pourcentage, parmi les moins importants en Afrique, permet au pays de conserver une dette soutenable au regard du critère de convergence CEMAC, qui fixe le seuil à 70%. La différence entre les chiffres du FMI et ceux de la CAA est de près de 1 200 milliards.

Parfait N. Siki

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *