« Les peuples prospères n??ont pas de géographie. » N??y-a-t-il pas lieu de considérer aujourd??hui comme une boutade cette assertion du poète français Pierre Louÿs écrite à l??aube du XXe siècle alors que l??intangibilité des frontières, particulièrement en Afrique de l??OUA à l??UA constitue maintenant l??une des règles de base de la coexistence pacifique entre les Etats ? Tout en réfutant l??idée sous-jacente d??expansionnisme qu??elle pourrait véhiculer, cette affirmation laisse penser de nos jours à la construction de la prospérité à travers de grands ensembles géographiques régionaux ou continentaux tels qu??ils se développent en Europe, aux Amériques, en
Asie ou en Afrique. Au demeurant, l??un des objectifs fondamentaux de la Communauté Economique des Etats de l??Afrique Centrale (CEMAC) demeure de construire la prospérité pour les peuples et les pays de la sous-région. La stratégie pour y parvenir est connue. Les cinq institutions communautaires sont d??ores et déjà en place : l??Union économique de l??Afrique centrale, l??Union monétaire de l??Afrique centrale, la Cour de Justice, la Cour des comptes et le parlement communautaire. Les structures de la CEMAC, notamment la conférence des chefs d??Etat, la commission, la BEAC, la BDEAC etc sont chargées d????uvrer pour la création et le bon fonctionnement des outils du développement commun, ainsi que pour l??animation et la consolidation d??un esprit d??intégration. Le chemin pour y parvenir, nul ne l??ignore ni ne le cache, est long et parsemé d??embûches. Voilà pourquoi l??installation du parlement communautaire, inauguré hier à Malabo, mérite d??être considérée comme une avancée significative. La gestation durait, en effet, depuis une dizaine d??années. Ainsi, les peuples de la sous-région auront désormais voix au chapitre, à travers leurs représentants. Ceux-ci sont chargés notamment de porter leurs aspirations, de voter le budget de la commission dont ils contrôlent l??action. Tout cela apparaît encore éloigné de la vie quotidienne des peuples de la CEMAC. Cependant sont mis en place des jalons pour l??animation par tous les six Etats de l??indispensable esprit communautaire. Il en est aussi de l??instauration de « la journée CEMAC », il y a deux ans, à l??issue du sommet des chefs d??Etat à Yaoundé. La journée du 16 mars, choisie, à cet effet, doit donner l??occasion à chaque Etat d??intéresser les peuples de la sous-région à la vie et au développement communautaire. La compétition de football dénommée « coupe CEMAC » participe du même esprit. Toutefois, et cette réalité est connue de tous, l??attente la plus forte des peuples a trait à la libre circulation des personnes et des biens, ainsi que son corollaire, le passeport biométrique CEMAC. Que signifierait une CEMAC des peuples s??il n??y a pas de brassage des populations ? La conférence des chefs d??Etat à Bangui a réaffirmé sa volonté de faire de la libre circulation une réalité en 2010 avec la mise en ??uvre effective du passeport CEMAC au premier trimestre. Au siège de la CEMAC, quatre pays sur six ont fait tenir leurs dossiers complets. Il demeure encore nécessaire d??abattre des barrières physiques aux frontières et psychologiques pour réussir le saut de l??intégration. L??on voit pourtant avec quel enthousiasme les peuples s??organisent quand ils ont l??occasion de se retrouver. L??exemple des foires organisées par les femmes de la sous-région à Abang-Minko comme celui des marchés périodes sous-régionaux sont éloquents à cet égard. Les moyens de communications modernes (routes, téléphone etc), mieux intégrés devraient puissamment contribuer à asseoir cette CEMAC des peuples tant espérée.
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