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L'ouverture sur le Cameroun

Jeunes : le poids de l'engagement

Il y a un siècle, l??écrivain Albert Camus, pour justifier le choix des « artistes engagés », martelait : «L??artiste doit nécessairement être embarqué dans la galère de son temps. L??artiste qui s??engage, engage sa conscience, sa réputation, ses biens». Comme on peut le voir, il concevait l??implication de l??écrivain dans le destin collectif comme un sacerdoce absolu qui n??admettrait ni défaillance ni réserve. Ainsi, pas question de s??abriter derrière son statut de créateur pour rester indifférent aux drames de son temps. Avec la formule forte «embarqué dans la galère», il sous-entendait même qu??il s??agissait d??une solidarité pour le pire, l??époque étant plus

souvent traversée de cataclysmes et de passages à vide que de bonheurs et de fortunes.En écoutant le président de la République mercredi soir s??adresser aux jeunes Camerounais, la tentation est grande de remettre en perspective l??absolutisme de l??appel camusien à l??engagement social. L??adresse présidentielle n??est en effet rien d??autre qu??une interpellation forte de la jeunesse pour un engagement citoyen sans concession. Intervenant en pleine célébration du cinquantenaire de l??indépendance, la fête de la Jeunesse ne pouvait qu??en porter la gravité et la solennité. Le Cameroun qui est légué aux jeunes, au terme de cinquante années d??indépendance, c??est le fruit du travail acharné et des sacrifices des générations précédentes. La liberté qui y règne, la stabilité, l??unité, les nombreuses réalisations économiques et sociales, ont été gagnées de haute lutte et sont des acquis précieux que la Jeunesse doit s??engager à préserver et à bonifier.La jeunesse se voit même exhorter à prendre une part active aux grands combats de son époque : l??environnement, la pauvreté et la pénurie alimentaire, la corruption, les pandémies. En prenant conscience de leur gravité, en donnant de son temps et de son énergie aux campagnes de reboisement ou de dépistage des maladies, en adoptant des comportements qui préservent la morale et l??intérêt général.Certes, pour être à la hauteur d??un service citoyen aussi exigeant, les jeunes se doivent d??être préparés et armés par la société elle-même. Cette arme, c??est en premier lieu une éducation de qualité et une éducation à l??excellence. C??est aussi l??apprentissage des vertus et des valeurs, nécessaires balises pour un exercice vertueux de leur engagement.Le point de vue du président Biya sur le sujet est clair : «Les promesses qui vous ont été faites ont été tenues». En consacrant près du cinquième du budget de l??Etat au secteur éducatif, en rendant l??école primaire gratuite, en recrutant des milliers d??enseignants et en construisant des milliers de salles de classe, d??amphithéâtres et de laboratoires, l??Etat et la société ont fait leur part. Dès lors, aucun prétexte et aucun faux-fuyant ne sauraient justifier la défaillance d??une jeunesse qui a en mains toutes les cartes.Toutes les cartes, vraiment ? D??aucuns avanceront que si l??on considère l??aridité du marché de l??emploi, les jeunes apparaissent comme des soldats envoyés au front sans que l??on ait pris la peine de leur indiquer la division ou le bataillon où ils vont servir. Car, l??emploi, pour tous les gouvernements du monde, demeure l??une des équations les plus difficiles à résoudre. Malgré les plans stratégiques appliqués sur la base des meilleures théories économiques, ou sur des bases empiriques, aucun pays n??a encore atteint l??objectif du plein emploi. Dans ce contexte, la meilleure performance consiste à minorer le plus possible le taux de chômage.Privilégiant le langage de la vérité, le Président Biya reconnaît volontiers que le chômage constitue pour ses jeunes compatriotes le problème le plus poignant et pour son gouvernement le plus grand des défis. Rien de tel qu??un marché de l??emploi sans perspectives pour refroidir la volonté et le courage de jeunes diplômés.Il faut bien le reconnaître, dans ce domaine, le Cameroun n??a pas encore fait le plein d??initiatives. Les contraintes budgétaires limitent les incitations fiscales aux entreprises, alors que la création d??entreprises privées et l??afflux d??investissements sont ralentis par un environnement des affaires globalement hostile. Il faut donc s??en remettre à la seule solution pérenne, une vigoureuse relance économique. Dans la vision du président de la République, celle-ci est en voie de se dessiner, avec le démarrage des grands projets énergétiques, miniers et infrastructurels.Et pourtant, les jeunes peuvent déjà tirer parti d??un enseignement majeur : il existe des alternatives à un marché de l??emploi peu fécond. On peut ainsi essayer l??auto-emploi, avec l??aide d??organismes spécialisés; l??agriculture intensive, l??élevage, qui restent, aujourd??hui comme hier, des valeurs sûres. Les pouvoirs publics et les familles doivent aussi s??employer à réhabiliter l??enseignement technique et professionnel, au bout duquel l??emploi est presque toujours garanti, et mieux orienter les élèves et les étudiants, qui s??engouffrent tous dans les mêmes filières saturées et sans débouchés, parce que considérées comme plus valorisantes.En un mot comme en cent, les Jeunes du Cameroun sont appelés à la prise de conscience et à l??engagement le plus total au service de la nation, au terme d??une espèce de pacte républicain : le pays se fait le devoir de vous inculquer une bonne instruction, et le sens des valeurs ; en retour vous vous engagez à le servir loyalement et à faire grandir l??héritage multidimensionnel qu??il vous lègue. C??est à ce seul prix qu??une civilisation laisse une trace dans son sillage : quand les Jeunes, transcendant les difficultés et la peur, avancent avec confiance vers l??avenir, «embarqués dans la galère de leur temps», sans états d??âme !Marie-Claire NNANA, CT

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