Iric : Polémique autour des résultats

Une commission indépendante crie à la corruption et le Minesup donne sa position.
Les épreuves orales au concours d??entrée au cycle de Master Professionnel en relations internationales, filière diplomatie à l??Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) se déroulent depuis lundi dernier et s??achèvent ce jeudi, pour les retardataires, sur le campus d??Obili. Et pourtant, bien avant que ne se tiennent les délibérations, une polémique enfle.
Le président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination, Shanda Tonme a saisi le ministre de l??Enseignement supérieur

(Minesup) par une correspondance hier mercredi 23 décembre pour lui faire part des «Contestations véhémentes des résultats d??admissibilité». «De façon unanime, les citoyens expriment leur colère contre ce qu??ils considèrent comme une autre preuve de la pratique du tribalisme, de l??équilibre fondé sur un nivellement par le bas, et de la tricherie accompagnée de la promotion par tous les moyens honteux des valeurs douteuses au détriment des compétences et des mérites», écrit Shanda Tonme.

Ses statistiques lui permettent d??avancer que les admis sont majoritairement de la région du chef de l??Etat (Sud, Centre, Est) et de celle du directeur de l??Iric, totalisant 65%. Ce qui l??amène à penser qu??il «est légitime de penser que les manipulations interviennent dans la transcription des notes, de façon à présenter de parfaits cancres comme des vaillants premiers». Shanda Tomne indique que la commission se fait «le véhicule des protestations auprès de l??autorité gouvernementale en charge de superviser cet établissement, et en désespoir de cause déclare qu??elle se fait aussi le témoin de l??histoire sur les dégâts d??une politique de sabotage à très brève échéance, de l??influence du Cameroun dans le monde».

Contradiction
A l??Iric, c??est une tempête dans un verre d??eau. Même si le directeur, Narcisse Mouelle Kombi, en route pour le ministère de l??Enseignement supérieur ne s??est pas montré disponible, certains responsables ont plutôt indiqué, sans grand intérêt que Shanda Tomne faisait de la gesticulation et que l??Iric n??était pas la bonne porte car, «le patron, c??est le ministre de l??Enseignement supérieur. C??est à lui qu??il faut s??adresser», a conseillé un responsable de l??Iric, qui n??a pas voulu aller au-delà, notamment en ce qui concerne le déroulement de la partie technique. Notamment les épreuves écrites, les admissibilités, etc.

C??est effectivement au Minesup que le président de la commission indépendante contre la corruption et la discrimination trouve son premier et unique contradicteur. D??entrée de jeu, Jean Paul Mbia, le responsable de la communication, à l??insu du Minesup, souligne que, chaque fois qu??il y a un concours et que des noms des enfants de hautes personnalités s??y retrouvent, il y a problème.
Il appuie son argumentaire avec des chiffres : 1647 candidats pour 103 admissibles dont 25 candidats professionnels et 7 étrangers. «Le concours a été très serré et sélectif au regard du nombre des places. Le résultat est très faible : 10%, en deçà des standards internationaux codifiés par l??Unesco, qui exige 30%», argumente Jean Paul Mbia pour qui ce concours a été d??un très haut niveau. En prime, il a été supervisé par les meilleurs experts, avec des candidats camerounais titulaires qui de la Maîtrise, qui de Dess et en provenance de Paris en France.

«C??est un débat spécieux, tribalisant et tribal. Qu??il attende les résultats pour mieux en juger. D??ailleurs c??est un concours transparent et il pourra accéder aux procès verbaux des résultats», martèle Jean Paul Mbia. Lorsqu??il est interrogé sur les 65% des admissibles originaires des régions du Centre, du Sud et de l??Est, il répond : «Lorsque 200 des 300 candidats admis en première année de l??Ecole nationale Polytechnique sont originaire de l??Ouest, Shanda Tomne n??écrit pas. Lorsque 90% des admis à l??Ecole nationale supérieure annexe de Bambili sont originaire des régions anglophones, Shanda Tomne n??écrit pas. Est-ce un comportement scientifique pour quelqu??un qu??on respecte?», S??interroge le responsable de la communication du Minesup. En somme, «nous sommes prêts pour en débattre», a lancé le Celcom du Minesup.

Justin Blaise Akono, Mutations

Equilibre régional ?

La dernière sortie de Shanda Tomne vient ainsi relancer le débat désormais récurrent sur les conditions jugées souvent floues d??accès dans les grandes écoles du Cameroun, au lendemain de la célébration des 50 ans de l??Ecole nationale d??administration et de magistrature (Enam) qui avait été marquée notamment par la polémique sur les trafics d??influence et les achats de places.
Mais ce qu??il faut davantage regretter, c??est le manque de transparence des autorités de l??Iric autant que celles du ministère de l??Enseignement supérieur, dans la mise à la disposition du public d??informations permettant de comprendre le sujet Shanda Tomne n??est pas à son premier brûlot. Quelques-uns se sont souvent avérés excessifs et se sont achevés en eau de boudin. Mais la question soulevée dans sa dernière correspondance ne manque pas de pertinence, même si on peut regretter des confusions entretenues et des affirmations fausses. Par exemple, il est difficile de présenter trois régions du Cameroun (le Centre, le Sud et l??Est) comme étant la région d??origine du chef de l??Etat.

Dans le fond, la publication des admissibilités du concours d??entrée à l??Iric, au-delà de la polémique sur les statistiques (on regrettera que le responsable de la Communication du Minesup, au lieu de présenter les vraies statistiques si elles existent, donne des arguments qui, à la lecture, tendraient plutôt à conforter les chiffres du Comicodi, ce qui est grave), pose le problème du fameux équilibre régional, pratiqué depuis le premier président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo et conservé jusqu??à ce jour.
De manière pratique, cette notion qui permettrait aux Camerounais issus de régions présentées comme moins scolarisées que d??autres d??avoir des possibilités d??accès aux écoles de formation entraînant une intégration à la Fonction publique a fini par s??opposer au principe même du mérite. Des statistiques fiables et disponibles au ministère de la Fonction publique indiquent notamment que, lorsque ce principe est appliqué et quand on compare les résultats bruts aux résultats pondérés, les candidats les plus pénalisés viennent, dans l??ordre, des régions du Centre, de l??Ouest et du Littoral.

Dans le cadre du concours d??entrée à l??Iric, objet de la présente polémique, une source proche du dossier ne nie pas qu??il y a eu pondération, dès lors que l??école organise et le ministère de l??Enseignement supérieur, structure politique, «gère et publie les résultats». Et ajoute que «si le mérite seul avait prévalu et en retenant les 80 premiers candidats sur plus de 1600, quatre provinces au moins auraient disparu des admissibilités, ce qui est politiquement et humainement indéfendable aujourd??hui».
Dans une société organisée, le ministre de l??Enseignement supérieur et le directeur de l??Iric auraient dû, rapidement, organiser une conférence de presse pour expliquer aux citoyens ce qui s??est passé et rassurer sur la crédibilité de l??école. Rien ne permet d??envisager que cela sera fait. En revanche, on peut parier que cette polémique mettra davantage sous pression les responsables de l??Iric au moment de publier les résultats définitifs dans quelques semaines.

Albert Biombi, Mutations

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