Une signature et des millions de parieurs brésiliens qui viennent de perdre leur terrain de jeu favori. Le président Lula da Silva a interdit les paris sportifs en ligne au Brésil, mettant fin à une industrie qui pesait des milliards de réais et qui, selon plusieurs études locales, ruinait des familles entières. Au Cameroun, où Betwinner, 1xBet et Premier Bet trustent les écrans des jeunes, la question mérite d’être posée sans détour.
Le Brésil ferme le robinet, chiffres à l’appui
La décision brésilienne ne sort pas de nulle part. Depuis la légalisation des paris en ligne en 2018, le secteur avait explosé au point de représenter, selon des estimations relayées par la presse brésilienne, près de 20 milliards de dollars de mises annuelles. Le gouvernement Lula a fini par céder devant les alertes des associations familiales et des banques centrales, inquiètes du surendettement massif de la jeunesse.
Le chiffre fait mal. Une étude de la Banque Centrale du Brésil citée dans plusieurs médias évoquait environ 5 millions de personnes en défaut de paiement à cause des paris sportifs. Lula a donc signé un décret interdisant purement et simplement l’activité, avec effet immédiat sur les plateformes opérant sur le territoire.
Et c’est là que le parallèle avec le Cameroun devient difficile à éviter.
Betwinner, 1xBet, Premier Bet : le vrai débat camerounais
Il suffit de traverser Yaoundé ou Douala un dimanche après-midi pour comprendre le problème. Les points de paris Premier Bet et 1xBet sont pris d’assaut par des jeunes, souvent sans emploi, qui misent leurs derniers francs CFA en espérant un miracle. Betwinner inonde les réseaux sociaux camerounais de publicités promettant des gains faciles, sans aucun encadrement sérieux sur l’âge des parieurs ni sur les montants engagés.
Le Cameroun n’a, à ce jour, aucune régulation comparable à celle qui vient de tomber au Brésil. Rien ne confirme à ce stade qu’une réflexion soit même amorcée du côté du ministère des Finances ou de celui de l’Administration territoriale, alors que ces plateformes drainent chaque mois des sommes considérables issues de foyers déjà fragiles.
Difficile de ne pas y voir un aveu d’impuissance collective face à un phénomène qui gangrène la jeunesse depuis des années. Le Brésil, pourtant lui-même englué dans des inégalités sociales majeures, a eu le courage politique de trancher. Le Cameroun, jusqu’ici, préfère collecter les taxes plutôt que de questionner le modèle.
Reste à savoir si Yaoundé osera un jour s’inspirer le Brésil. Pour l’instant, Betwinner et consorts continuent de prospérer tranquillement.
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Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com
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