Hirak Algérien et l’impact de la technologie sur les mouvements sociaux dans le monde

Les Algériennes et les Algériens se réunissent tous les vendredis depuis près d’un an pour témoigner leur désir de changement après la décision d’Abdelaziz Bouteflika de se présenter pour un cinquième mandat présidentiel, occupant la fonction président de la République Algérienne Démocratique depuis 1999, et fortement affaibli des suites d’un accident vasculaire cérébral en 2013. Ce mouvement populaire est cependant marqué par une forte répression policière, judiciaire et politique, et qui n’hésite pas à recourir aux nouvelles technologies pour discréditer le mouvement. Il semblerait en effet que le régime utilise des bots et des « trolls » dans le but de semer la discorde auprès des militants du mouvement Hirak. Cependant, ces derniers ne sont pas en reste, puisqu’ils utilisent également des outils avancés pour continuer à s’organiser, à communiquer et à protéger leur identité à une époque où la surveillance de masse par internet est devenue monnaie courante. Voici justement quelques-uns de ces outils employés par les militants des mouvements sociaux.

Réseaux sociaux décentralisés : Diaspora*

Bien que Facebook soit toujours utilisé massivement par une grande partie de la population, force est de constater que de plus en plus de personnes délaissent la plateforme pour se tourner vers des alternatives plus en accord avec leurs principes éthiques, notamment en ce qui concerne la gestion des informations personnelles par le réseau social utilisé. Et il faut bien avouer qu’après le scandale de Cambridge Analytica, où une entreprise privée avait eu accès à un nombre important de données personnelles d’utilisateurs de Facebook sans que ces derniers n’en soient informés. Une alternative sérieuse à Facebook qui semble être prisée par les militants des mouvements sociaux en Algérie et ailleurs dans le monde est de passer à un système plus décentralisé, où toutes les informations personnelles des utilisateurs ne seraient pas stockées au même endroit. C’est sur ce principe que fonctionne Diaspora*, un réseau social où il est possible pour n’importe qui de créer une instance (comprendre une sorte de version privée du réseau social), le plus souvent spécialisée autour d’une thématique, et dont les données peuvent être stockées sur un serveur personnel afin d’assurer une maîtrise totale de ses informations personnelles.

Messagerie instantanée sécurisée : Signal

Quand on parle d’applications de messagerie instantanée, l’un des premiers noms qui vient à l’esprit est certainement WhatsApp. Celle-ci, bien que proposant un système de protection via un chiffrement bout en bout, est de plus en plus boudée par les activistes et les militants des mouvements sociaux désireux de protéger leur identité, Facebook étant devenu le propriétaire de l’application. Cependant d’autres services similaires existent, à l’exemple de Telegram bien que celui-ci soit de plus en plus remplacé par des solutions OpenSource, comme Signal. L’avantage d’utiliser une application sécurisée OpenSource est de pouvoir connaître l’entièreté du code du programme. Cela permet entre autres de vérifier qu’aucune donnée personnelle ne puisse fuiter lors de l’utilisation du service, mais également de combler les potentielles failles qui seraient découvertes par la communauté.

Protéger son anonymat en ligne : ExpressVPN

L’une des méthodes les plus employées par les autorités pour retrouver un individu via internet, que ce soit en Algérie ou dans d’autres pays dans le monde est d’utiliser son adresse IP. Cette dernière peut être exploitée afin de connaître l’adresse physique et l’identité de la personne. Afin de masquer leur adresse IP, de nombreux activistes utilisent un VPN. Un VPN ou réseau privé virtuel est un service qui permet de connecter votre appareil à un serveur sécurisé, le plus souvent à l’étranger, qui servira d’intermédiaire entre vous et internet. De cette manière c’est avec l’adresse IP du serveur VPN que vous apparaîtrez sur le net, et ce même si vous utilisez par exemple un logiciel de partage de fichiers en peer-to-peer. Si vous utilisez un VPN avec uTorrent, qui diffuse normalement de manière librement accessible les adresses IP des utilisateurs partageant un fichier avec vous, votre adresse sera masquée derrière celle du serveur VPN que vous utilisez. C’est donc pour cette raison que de nombreux militants utilisent un VPN lorsqu’ils doivent télécharger ou consulter des informations sensibles sur la toile.

Système d’exploitation qui respecte votre vie privée : Tails

La plupart des utilisateurs d’ordinateurs ont généralement pour système d’exploitation Windows ou MacOS. Il est cependant important de garder à l’esprit que ces OS transmettent un grand nombre d’informations au sujet de l’utilisation de votre machine au constructeur. Certains activistes ou militants désirant s’assurer de la confidentialité de ces informations sensibles se tournent vers des systèmes d’exploitation moins connus, le plus souvent basés sur Linux. Tails est une distribution Linux basée sur Debian, une des moutures les plus populaires de Linux, et a été financé en partie par le projet TOR, dont Tails utilise le réseau pour faire transiter ses connexions de manière sécurisée et anonyme.

Navigateur pour accéder au Dark Net : ZeroNet

Quand on parle du Dark Net, on imagine toujours un lieu rempli de pédo-criminels, de terroristes, de tueurs à gages et autres horreurs, mais il est important de garder à l’esprit que ce réseau est également utilisé par de nombreux activistes, journalistes et citoyens vivant dans des pays où l’accès à l’information est limité ou soumis à la censure, afin de communiquer avec le monde extérieur. On peut penser notamment aux dissidents chinois ou russes qui utilisent le réseau pour s’exprimer sur la situation dans leurs pays, mais également des reporters soucieux de garder l’anonymat dans des pays où la liberté de la presse est menacée. Pour accéder au Dark Net il faut utiliser un navigateur web spécialisé, le plus connu étant certainement TOR. Acronyme de The Onion Router, TOR est un navigateur décentralisé basé sur Mozilla Firefox qui fait transiter les requêtes de ses utilisateurs à travers un grand nombre de serveurs intermédiaires ne gardant aucune trace permettant de remonter aisément à la machine d’origine. De cette manière les utilisateurs de TOR peuvent espérer protéger un peu mieux leur anonymat, particulièrement ceux vivant dans des pays ou la répression policière est importante. À ce titre, ZeroNet cherche à devenir le grand remplaçant de TOR, puisque ce nouveau navigateur utilise non-seulement une partie du code de TOR pour accéder au Dark Net et protéger les informations de ses utilisateurs, mais met également la puissance de la BlockChain à profit pour un chiffrement des données toujours plus avancé.

Et voici pour ce tour d’horizon des outils informatiques les plus utilisés par les militants des mouvements sociaux, que ce soit en Algérie, à Hong Kong, en France ou au Chili, pour protéger leurs informations personnelles et maximiser leur anonymat. Bien évidemment cette liste n’est pas exhaustive, alors si cela vous a donné envie de vous pencher un peu plus sur le sujet de la sécurité informatique, ou si vous connaissez d’autres applications utilisées par des activistes pour sécuriser leurs données, n’hésitez pas à nous le faire savoir !

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