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Guinée: comment la Chine veut faire oublier sa responsabilité dans la pandémie de Covid-19

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la Chine et son ambassadeur à Conakry Huang Wei redoublent d’efforts pour témoigner du soutien de Pékin à la Guinée. Avec une idée en tête : faire oublier l’écrasante responsabilité de Pékin dans le déclenchement de cette crise sanitaire mondiale et resserrer l’étreinte de l’Empire du Milieu sur le petit pays d’Afrique de l’Ouest, qui possède les troisièmes réserves mondiales de bauxite.

Tout sourire derrière leurs masques, l’ambassadeur de Guinée en Chine Huang Wei et le président Alpha Condé se congratulent devant des montagnes de cartons, contenant du matériel médical. Cette mise en scène, destinée à frapper les esprits, organisée le 19 juin dernier sur le parvis de marbre du Palais Sékhoutouréya, s’est voulue la manifestation de la bonne entente historique entre la Guinée, « grand producteur de matières premières » et la Chine, qui en est la « plus grande consommatrice » selon le commentaire du bureau de presse de la présidence de la république.

Durant toute la pandémie, le diplomate chinois Huang Wei a redoublé d’activisme pour témoigner de l’amitié indéfectible de Pékin à l’égard de son allié guinéen, distribuant les cartons de masques et de gants sans craindre de surjouer quelque fois son rôle de Père Noël. Dans le même temps, l’ambassadeur a aussi multiplié les rendez-vous auprès des officiels guinéens pour leur porter la bonne parole du Parti Communiste Chinois en cette période de crise sanitaire mondiale. En visite chez le ministre des Affaires étrangères Mamadi Toure en mai, le compte Twitter de l’ambassade de Chine en Guinée avait annoncé la couleur sur ses intentions politiques : « soutenir une étroite coopération internationale et de lutter contre toute manipulation politique ».

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« Diplomatie du masque » contre « Tchernobyl chinois »

Depuis le déclenchement de la pandémie de Covid-19 à Wuhan, dans le Centre de la Chine, au début de l’année 2020, Pékin est sur le banc des accusés. Pour certains épidémiologistes, la répression des lanceurs d’alerte et des premiers médecins en contact avec la maladie par le régime chinois, ainsi que les mensonges portant sur la transmission interhumaine du nouveau Coronavirus, ont joué un rôle catastrophique dans l’emballement de l’épidémie, en ralentissant d’autant l’identification du nouveau virus. En affirmant garder le contrôle sur la situation sanitaire, la Chine s’est montrée soucieuse de ne pas perdre la face, mais a dans le même temps créé le terreau favorable à un essor exponentiel de la maladie, porteur de conséquences désastreuses pour la stabilité du monde. Fin août, le Covid-19 avait déjà infecté plus de 23 millions de personnes dans le monde, causé plus de 800 000 décès et entraîné un coût supérieur à 12 500 milliards de dollars pour l’économie mondiale.

Les soupçons qui s’expriment, y compris au sein de la population chinoise, d’une fuite accidentelle du virus hors de l’enceinte sécurisée du laboratoire de l’institut de virologie de Wuhan alimentent les comparaisons avec la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, dont la survenue avait été également passée sous silence par le régime communiste en URSS. Celle-ci avait ultimement provoqué sa chute selon les historiens, en sapant la confiance des citoyens dans la fiabilité du système soviétique.

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La Chine resserre son étreinte en Guinée

Cette « diplomatie du masque » vise donc à renverser les accusations dont la Chine est l’objet en se présentant comme une superpuissance bienveillante. Difficile pourtant de faire l’impasse sur l’origine de la pandémie et sur le rôle de catalyseur joué par le caractère totalitaire du régime chinois. Pour les États et les responsables politiques qui ont tout misé sur la Chine, ces distributions de matériel, aussi symboliques soient-elles, fournissent toutefois une échappatoire commode. Aussi les accueillent-ils avec d’autant plus d’empressement, surtout lorsque ces quelques cartons de matériels permettent de camoufler le caractère très insuffisant des systèmes de santé nationaux, à l’instar de celui de la Guinée, marqué par une grave pénurie d’agents de santé et de médicaments de base.

La Guinée d’Alpha Condé, qui figure parmi les pays les moins développés au monde, a ouvert grand ses portes aux intérêts chinois. Premier producteur et consommateur au monde d’aluminium, la Chine a intensifié sa présence dans le pays en raison des vastes réserves de bauxite du sous-sol guinéen, à travers la construction d’infrastructures géantes dans le pays comme le barrage de Souapiti, à l’origine d’importants déplacements de population dans l’intérieur du pays. Dans le même temps, Pékin se présente comme l’un des rares alliés de la Guinée d’Alpha Condé, de plus en plus isolée sur la scène internationale en raison de la répression violente de son opposition et des restrictions des libertés publiques dans le pays, qui n’ont pas l’air de déplaire à l’État chinois.

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