L’État camerounais rend hommage à Gervais Mendo Ze à l’occasion de la visite du Pape Léon XIV au Cameroun. Une chanson-souvenir du voyage apostolique, présentée comme son « héritage artistique », sera rendue publique. Sauf que pour beaucoup de Camerounais, cette reconnaissance sonne creux. L’homme est mort le 9 avril 2021, à 77 ans, en détention à la prison centrale de Kondengui, après des années de souffrance et d’abandon.
Un hommage qui choque l’opinion
Le communiqué, signé le 1er avril 2026 par Samuel Mvondo Ayolo, Directeur du Cabinet civil de la présidence, annonce une œuvre musicale exécutée par la chorale La Voix du Cénacle, sous la coordination de Paul Atanga Nji. Le texte la présente comme un acte de valorisation culturelle.
Mais dans l’opinion publique, la réaction est froide, voire indignée. Gervais Mendo Ze a dirigé la CRTV pendant 17 ans. Il était une figure majeure de l’intelligentsia camerounaise. Pourtant, ses dernières années ont été marquées par la maladie, l’isolement et l’humiliation. Des images largement relayées le montraient « complètement affaibli », décrit comme « à l’article de la mort ».
Des personnalités avaient interpellé le Chef de l’État, Paul Biya, pour demander une évacuation sanitaire ou des soins adaptés. En vain. « Le président n’avait pas donné une suite favorable à toutes ces supplications », selon des sources proches du dossier. Un silence d’autant plus incompréhensible que d’autres détenus avaient bénéficié d’évacuations similaires.
Une contradiction que l’État ne peut effacer
Aujourd’hui, mettre en avant l’héritage artistique de Mendo Ze alors qu’on l’a laissé mourir dans la souffrance est perçu par beaucoup comme une profanation. Certains parlent ouvertement de moquerie envers la famille. D’autres y voient une simple récupération symbolique à des fins d’image, profitant d’un événement papal médiatisé.
Le cas Mendo Ze révèle une contradiction profonde : un système qui célèbre ses élites après leur mort, mais peine à leur garantir dignité et assistance de leur vivant. Entre hommage officiel et indignation populaire, sa mémoire reste aujourd’hui un miroir des contradictions du pouvoir.
La vraie reconnaissance ne se mesure pas aux mots prononcés après la mort, mais aux actes posés au moment décisif. Pour Gervais Mendo Ze, ce moment est passé depuis longtemps. Ce que l’État fait aujourd’hui, beaucoup l’appellent simplement : trop peu, trop tard.




