Affaire Geovic : les preuves documentées qui contredisent les accusations

Geovic Cameroon – gisement de cobalt et nickel abandonné à Lomié

Geovic annonce dans un document officiel du 1er octobre 2026 que « le projet n’a pas apporté ce que le Cameroun était en droit d’attendre ». Voilà une phrase qu’on n’attendait pas dans une déclaration d’entreprise minière. Mais derrière cet aveu partiel se cache une démonstration méthodique, chiffres à l’appui, qui démonte point par point les accusations portées par Eugène Nyambal sur Fauteuil Rouge TV. Et franchement, certains éléments méritent qu’on s’y arrête.

Ce que disent réellement les documents déposés à la SEC

Le premier reproche, celui d’un cobalt camerounais « vendu pour 10 millions de FCFA », s’effondre dès qu’on regarde le dossier. Geovic précise que ce montant correspondait à des frais administratifs liés à l’octroi du permis d’exploitation numéro 33, pas à une vente du gisement. Le document est clair sur ce point : l’État camerounais est resté propriétaire du sous-sol, avec un droit aux royalties et aux taxes, et détenait 39,5% de Geovic Cameroon PLC via la Société Nationale d’Investissement.

Le chiffre fait mal dans l’autre sens, cette fois. Entre 1994 et 2014, Geovic affirme avoir investi environ 97 millions de dollars US dans l’exploration et les études du projet. Vingt ans d’argent englouti sans qu’une seule tonne de minerai ne sorte du sol de Nkamouna. On est loin du scénario d’un groupe qui empoche et disparaît.

Sur la superficie de la concession, le document corrige aussi une confusion récurrente. Le permis d’exploitation numéro 33 couvrait 1 250 km², octroyé en 2003 pour 25 ans renouvelables, et non 2 700 km² comme on l’a souvent répété dans la presse locale. Une nuance qui change tout de même l’ampleur réelle du dossier.

Quant à la fameuse société des îles Caïmans « propriétaire des mines du Cameroun », la réalité juridique est plus nuancée. Le permis a toujours été détenu par Geovic Cameroon PLC, une société de droit camerounais. Geovic Ltd, basée aux Caïmans, détenait 60,5% de cette société camerounaise, elle-même filiale à 100% de Geovic Mining Corp, société du Delaware cotée à la Bourse de Toronto et déclarante auprès de la SEC américaine. C’est une structure de détention classique pour les groupes miniers internationaux. Rien de caché, tout était public depuis le départ.

Les « quatre actionnaires camerounais non identifiés » ont, eux aussi, un nom. Le Pacte d’actionnaires du 9 avril 2007, déposé publiquement auprès de la SEC, mentionne la SNI à hauteur de 20% en propre, représentant également 19,5% d’actionnaires locaux camerounais dont elle exerçait les droits de vote. Des noms, des dates, des pourcentages précis. Pas des prête-noms anonymes planqués dans un paradis fiscal.

Le FMI, les 25% d’intérêt et la question qui tue

C’est sur ce volet que la défense de Geovic est la plus ferme. L’entreprise affirme n’être jamais allée au FMI, n’avoir jamais traité avec l’institution et n’avoir jamais reçu un centime d’elle, directement ou indirectement. Le FMI prête aux États, pas aux sociétés minières. Tout financement sollicité par le Cameroun en 2008 ou 2009 relevait exclusivement du Gouvernement et du Fonds. C’est un point que confirme d’ailleurs la jurisprudence américaine : l’action intentée par Eugène Nyambal lui-même contre le FMI a été rejetée en 2014 par la Cour d’appel du circuit de Columbia, pour cause d’immunité du Fonds, sans qu’aucun juge ne se prononce sur le fond de ses allégations.

Sur les fameux intérêts de 25%, le document est précis. L’Accord transactionnel du 31 décembre 2007, signé entre Geovic, la SNI et William Buckovic, a converti 23,1 millions de dollars d’avances antérieures en avances en capital. Ces sommes s’imputent sur la part de Geovic dans les augmentations de capital futures, elles ne sont pas remboursables en numéraire par l’État camerounais. Le seul montant réellement porteur d’intérêt, 9 millions de dollars de compensation, était rémunéré au taux de la BEAC majoré de 2 points, pas 25%. Et ce montant n’était remboursable qu’à partir d’un an après le début de la production commerciale.

Or il n’y a jamais eu de production. Donc rien n’a jamais été payé.

Les 85 millions de dollars de dette évoqués, dont 35 millions « offerts » et 50 millions restant dus, n’apparaissent nulle part dans les documents déposés par Geovic. Les montants réellement comptabilisés sont ceux cités plus haut : 23,1 millions d’avances en capital et 9 millions de compensation conditionnelle. Un écart de plusieurs dizaines de millions de dollars entre l’accusation et le document source, ça pose question sur l’origine de ces chiffres.

Même l’épisode de l’interdiction par la SEC en août 2019 mérite d’être repositionné. L’ordonnance citée, Release numéro 34-86746, révoque l’enregistrement des titres de Geovic Mining Corp parce que la société n’avait déposé aucun rapport périodique depuis 2014, après la cessation de ses activités. C’est une mesure administrative appliquée couramment aux sociétés dormantes. Elle ne contient aucune constatation de fraude et n’interdit à personne d’exercer des fonctions de direction. Loin d’un « bannissement » pour malversations.

Sur le fond, Geovic reconnaît elle-même que les Camerounais n’ont tiré aucun bénéfice concret du projet. Les actionnaires camerounais détenaient 39,5% de Geovic Cameroon sans avoir apporté leur part des coûts, une charge que Geovic a portée seule à travers ses avances successives. Le gisement n’a jamais produit. Aucun minerai n’a quitté le territoire camerounais, et l’État a repris le gisement en février 2026. Un échec industriel, certainement. Une spoliation organisée comme le suggère Eugène Nyambal, les documents déposés à la SEC ne le confirment pas.

Difficile de ne pas y voir une différence fondamentale entre un projet minier qui a mal tourné pour des raisons de financement et de prix des métaux, ce que Geovic admet volontiers, et un montage frauduleux orchestré pour piller les ressources camerounaises. Les deux narrations ne reposent pas sur les mêmes faits vérifiables.

L’entreprise va jusqu’à proposer ses documents sources à tout journaliste ou autorité publique qui voudrait les consulter. Une offre de transparence qu’on aurait tort d’ignorer avant de trancher définitivement ce dossier.

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✍️ À propos de l'auteur
Laurent Diby
Laurent Diby

Journaliste économique pour 237online.com, Laurent Diby couvre les finances publiques, l'énergie, les infrastructures et les marchés camerounais. Email: laurentdiby@237online.com

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