Gabon: Jean Ping menace la cour constitutionnelle

Le candidat malheureux qui exige un recomptage des voix, bureau par bureau, dans la province du haut-Ogooué promet une instabilité durable et profonde si la haute juridiction ne lui donne pas raison.
Le nouveau round dans la bataille de présidentielle du 27 août 2016 entre le président sortant réélu, Ali Bongo Ondimba et le candidat malheureux, Jean Ping se joue désormais à la Cour constitutionnelle. C’est finalement in extremis que Jean Ping a déposé son recours devant la haute juridiction, le 8 septembre dernier. 237online.com Jean Ping a reconnu qu’il avait saisi cette haute juridiction avec des «appréhensions légitimes» tout en la qualifiant de «Tour de Pise». La Cour constitutionnelle gabonaise a débuté ses travaux le 13 septembre 2016. La session permettra, non seulement de contrôler la régularité des résultats du scrutin présidentiel, mais aussi et surtout, de trancher le litige électoral qui oppose les candidats. Dans le dossier déposé par le camp Ping, le candidat malheureux réclame le recomptage des voix, bureau de vote par bureau de vote, dans le Haut Ogooué où le candidat du pouvoir a obtenu 95%. L’équipe a rassemblé 174 procès-verbaux du Haut-Ogooué sur les 297 bureaux que compte la province. Le dossier contient également les résultats nationaux proclamés par le ministre de l’Intérieur, le procès-verbal provincial du Haut-Ogooué. Joint au dossier, un acte d’huissier avec les auditions de cinq opposants, membres de la Commission électorale, racontant comment s’est faite la validation finale controversée des résultats. Au total, quatre recours ont été déposés devant la haute juridiction. En plus de celui de Jean Ping, la cour a reçu des plaintes des candidats Dieudonné Minlama Mintogo et Abel Nzoundou et un citoyen qui souhaitent également que les suffrages soient recomptés dans la province du Haut Ogooué notamment.

Menaces
Au lendemain du dépôt de son recours, le candidat Jean Ping a affirmé au cours d’un rassemblement à son QG, au lieu-dit charbonnage dans le deuxième arrondissement, que le Gabon connaîtrait «une instabilité durable et profonde» si la Cour constitutionnelle qu’il a saisie ne lui donnait pas raison dans ce contentieux électoral l’opposant à Ali Bongo Ondimba. «Je crains fort qu’un nouveau faux pas de la Cour constitutionnelle soit le facteur d’une instabilité profonde et durable du Gabon», a déclaré Jean Ping devant ses partisans à Libreville. L’ancien Président de la commission de l’Union africaine semble calé sur sa position et sa stratégie d’instrumentalisation des esprits à la haine et à la violence. Pour lui la meilleure manière pour le peuple d’exprimer son ras le bol et son mécontentement serait de descendre dans la rue pour «défendre leurs votes». «Il ne fait aucun doute qu’en cas de nonrespect de la réalité du vote des Gabonais par la Cour constitutionnelle, le peuple, n’aura dans ce cas plus rien à perdre et prendra son destin en main», a-t-il ajouté en se présentant de nouveau comme le «président élu» du Gabon, et qualifiant son rival de «président sorti».

Demande reconventionnelle
De son côté, le camp d’Ali Bongo, parle d’une demande reconventionnelle qui devrait être déposée pour répondre aux accusations formulées par l’opposant Ping. Techniquement, il ne s’agit pas d’un recours puisque le délai pour en déposer un est expiré. Et celui qui est donné vainqueur à l’élection ne peut pas porter un recours. Il s’agit plutôt d’une réponse juridique au recours que l’opposition a présenté. 237online.com Dans ce dossier, le pouvoir demandera d’abord l’annulation du recours de Jean Ping pour vice de forme, mais il présentera aussi des éléments à charge contre lui. On pointe du doigt les scores très élevés de Jean Ping dans plusieurs localités comme Bitam ou Omboué, sa localité natale. Le Parti démocratique gabonais accuse le camp Ping d’avoir falsifié les résultats grâce aux hackers ivoiriens qui auraient été embauchés par Jean Ping. Le verdict de la cour est attendu au plus tard le 23 septembre prochain.

Valdèze Tafock
envoyé spécial à Libreville

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *