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Cameroun – Fraude à l’électricité : 400 foyers branchés illégalement

Eneo Cameroun

Un seul baron de la fraude alimentait jusqu’à 400 foyers en électricité volée. C’est l’une des révélations chocs des premières opérations coup de poing lancées par le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) contre la fraude à l’électricité au Cameroun. De Yaoundé à Douala, les équipes d’ENEO appuyées par les forces de l’ordre ont mis au jour des réseaux clandestins d’une ampleur stupéfiante. Jusqu’où s’étend vraiment ce pillage organisé du réseau électrique national ?

De Yaoundé à Douala : l’étendue vertigineuse des réseaux de fraude

À Yaoundé, les résultats des premières descentes ont de quoi donner le vertige. Dans le seul quartier Obili, plus de 17 boutiques étaient alimentées par des branchements frauduleux. Au carrefour TKC, au moins 30 ménages volaient l’électricité en toute impunité. Au quartier Nylon Nlongkak, derrière l’agence ENEO de Nlongkak, les techniciens ont découvert l’existence d’un véritable réseau souterrain : un seul individu — surnommé « baron de la fraude » par les équipes — alimentait à lui seul entre 300 et 400 foyers grâce à un système clandestin de câbles dissimulés, utilisant des sections allant du 2/16 mm au 4/25 mm.

Les formes de fraude détectées sont multiples et souvent sophistiquées : compteurs délibérément détraqués mais installations toujours alimentées, lignes parallèles dissimulées dans les murs, branchements directs encastrés dans des agglos à Nkolndongo, ou encore shunts extérieurs reliant directement un compteur prépayé au disjoncteur pour contourner tout système de mesure. Dans un cas particulièrement révélateur, un abonnement abandonné avec un impayé de 500 000 FCFA continuait d’être exploité via un branchement direct, sans que personne n’ait jamais payé un franc.

À Douala, le tableau n’est pas plus reluisant. Au rond-point Dakar, un client d’un motel procédait à une reconnexion frauduleuse systématique après chaque coupure imposée par ENEO. Dans la zone de Nylon Tergal, près de l’hôpital, un vaste réseau a été entièrement démantelé. Au secteur KM5 Tractafric, un immeuble entier fonctionnait avec deux sources d’alimentation simultanées : une légale, une frauduleuse. Au marché New Deido, plusieurs cas de piquage direct sur les lignes ont également été neutralisés.

La régularisation avance, mais la lutte ne fait que commencer

En marge des démantèlements, certains abonnés ont choisi la voie de la mise en conformité. C’est le cas de l’immeuble du Groupe Ngadep Holding, situé rue Belle-Mère à Nkolndongo, où les équipes d’ENEO ont installé 10 compteurs prépayés pour régulariser la situation des occupants. Des agents du MINEE ont également mené des actions de sensibilisation dans plusieurs quartiers pour encourager la souscription à des contrats d’abonnement conformes.

Mais le ton du ministère est ferme. « L’électricité n’est pas gratuite. Chaque usager doit s’acquitter du paiement de l’énergie qu’il consomme », rappelle le MINEE dans un communiqué officiel. Les opérations, conduites de jour comme de nuit par les équipes techniques et les forces de l’ordre, doivent se poursuivre et s’intensifier dans les prochains jours sur l’ensemble du territoire national.

L’enjeu dépasse la simple question financière. La fraude à l’électricité fragilise mécaniquement le réseau national, expose les quartiers à des risques d’incendie — les installations sauvages identifiées au-dessus de certaines habitations de New Bell Tractafric en sont un exemple concret — et pénalise directement les abonnés honnêtes qui, eux, paient rubis sur l’ongle pendant que leurs voisins pillent le réseau en toute tranquillité.

Le Cameroun fait face à une réalité complexe : des décennies de délestage et de mauvais service ont poussé certains ménages à chercher des solutions illégales. Mais les réseaux organisés, pilotés par des « barons » capables d’alimenter des centaines de foyers contre rémunération, relèvent d’une tout autre logique — celle du crime économique organisé, au détriment de tous.

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