Le remaniement procédé par Nicolas SARKOZY récemment ne manque pas d??inspirer des rapprochements avec le Cameroun, à l??heure où l??éventualité d??un changement de l??équipe gouvernementale est évoquée avec insistance.Contrairement au Cameroun, la France a son remaniement ministériel derrière elle et peut travailler en toute quiétude.Nicolas SARKOZY qui
l??avait annoncé de longue date, l??a donc traduit dans les faits, le 23 juin 2009, en procédant à des changements de grande ampleur qu??on ne soupçonnait pas.
Si François FILLON reste à Matignon, ainsi que quelques gros cadres du gouvernement à l??instar de Bernard KOUCHNER aux Affaires Etrangères, Christine LAGARDE à l??Economie et aux Finances, Eric WOERTH au Budget, Roselyne BACHELOT à la Santé et aux Sports, Valery PECRESSE à l??Enseignement Supérieur, pour le reste la secousse est rude.
Le premier grand coup de tonnerre concerne le Ministère de la Justice où contre toute attente, c??est Michèle ALLIOT Marie, plutôt que Jean Louis Borloo appointé aux Affaires Sociales, qui a succédé à Rachida DATI partie au Parlement Européen. L??ex Ministre de la Justice s??était heurtée à de très fortes oppositions contre le projet de réforme de la Justice française qu??elle conduisait, doublée de problèmes familiaux qui avaient déteint sur ses fonctions.
Dans le cas du Cameroun, le Vice Premier Ministre, Ministre de la Justice Garde des Sceaux, jouit plutôt d??une bonne réputation notamment pour la conduite de l??opération Epervier. Il est vrai qu??il a été soupçonné de protéger ses frères du Nord des rigueurs de ladite opération, mais aucune certitude n??est venue étayer ces allégations. Dans la conduite de son département ministériel, AMADOU Ali a dû faire face à la fronde des gardiens de prison il y a deux ans, où son doigté a permis au gouvernement de s??en tirer sans grands dégâts de cette crise.
Récemment, la condamnation à 15 ans de prison ferme en appel de Me ABESSOLO dans le cadre de l??affaire Port Autonome de Douala (PAD) l??a mis dans le viseur des avocats qui lui font le reproche de vouloir réduire leur travail, selon les propos de Me Jackson NGNIE KAMGA. Son habilité à se sortir de ce différend avec les avocats indiquera davantage sa capacité à gérer avec délicatesse les crises. Reste le seul point sombre au tableau pour AMADOU Ali, l??affaire MALLAM OUMATE où le flou semble l??emporter largement sur toute approche légale. Est-ce un motif suffisant pour l??écarter du gouvernement ? Peu probable. BIYA peut trouver en lui un homme fiable.
A l??Intérieur, où Brice Hortefeux, l??ami de trente ans de Nicolas Sarkozy, succède à Michèle Alliot Marie, c??est la consolidation de la confiance placée en un proche qui apparaît de plus en plus comme incontournable. A ce poste au Cameroun, Marafa Hamidou Yaya est pratiquement inamovible depuis près d??une décennie, fait inhabituel pour un ancien Secrétaire Général de la Présidence de la République, poste où, hormis Joseph Owona à l??Education Nationale, la nomination à la tête d??un département ministériel présage souvent la sortie du gouvernement.
Dans l??affaire Albatros, relative à l??achat de l??avion présidentiel qui a tourné au fiasco, son nom est apparu comme celui qui a soutenu la candidature de Yves Michel Fotso à la tête de la Camair où il allait lui être confié le volet de l??envoi des fonds à Boeing via GIA, sans que ceux ??ci parviennent dans leur entièreté à l??avionneur américain.
De plus, quelques démêlés avec la Justice, suite à une plainte du Social Democratic Front (SDF) à cause de ses déclarations malheureuses à l??endroit du leader de ce parti, l??ont quelque peu fragilisé. Il s??en est même vertement pris à son collègue de la Justice qu??il a accusé de vouloir le faire comparaître devant les juges dans le cadre de cette affaire.
En outre, son nom a été cité parmi les personnalités visées par l??opération Epervier sans qu??on ne sache jusqu??à quel point cette information est fondée, même si une liste a circulé, provenant prétendument du Ministère de la Justice. La tiédeur du soutien des élites et populations du Nord à la révision constitutionnelle ne fait pas non plus ses affaires. Le Président de la République pourrait bien se séparer de lui.
Au Ministère de la Culture, Cathérine ALBANEL a été remerciée, remplacée par Frédéric Mitterrand, neveu de l??ancien président François Mitterand, connu pour ses affinités avec la droite. Visiblement, l??ex Ministre de Culture paye son incapacité de n??avoir pas su conduire avec finesse la loi HADOPI, relative aux téléchargements de la musique sur Internet. Retoquée par le parlement français lors de son premier passage devant les députés, cette loi qui a fini par être votée a été dépouillée au final de son volet répressif par le Conseil d??Etat. Dans la charrette des débarqués, figure aussi Roger KAROUTCHI, le Ministre des Relations avec le Parlement, à qui l??on reproche son peu d??emprise sur un parlement pourtant dominé par la droite, dont l??Union pour la Majorité Présidentielle (UMP).
S??agissant de AMA TUTU MUNA, Ministre de la Culture au Cameroun, son cas apparaît comme le plus préoccupant de l??heure dans le gouvernement. Sa conduite du dossier sur le droit d??auteur a montré des lacunes graves et criardes que la Cour Suprême a sanctionné sévèrement par deux ordonnances N°034/OSE/CA/CS et N°15/OSE/CA/CS du 05 mai 2009 qui ont suspendu toutes ses décisions prises contre la Cameroon Music Corporation (CMC). Déterminée à aller au bout de sa logique, elle refuse obstinément d??exécuter les décisions de la Cour Suprême du Cameroun, apparaissant comme en rébellion contre elle. Son inconséquence a ainsi mis sens dessus dessous le secteur du droit d??auteur au Cameroun, en un peu moins de deux années, au point que l??avenir des artistes musiciens, pour ce qui est de leur rétribution en termes de droit d??auteur, parait compromis.
En toute logique, elle devrait être remerciée et sauf extraordinaire, ne devrait plus hériter de la moindre responsabilité dans le gouvernement.
Quant à Grégoire OWONA, Ministre des Relations avec le Parlement, les relations houleuses entre les députés du RDPC au cours de la législature actuelle ne militent pas en sa faveur. Tout porte à croire que seuls les renforts de la Présidence voire du Comité Central du RDPC ont permis jusqu??ici de sauver la mise pour le RDPC au Parlement. Son départ ne serait guère surprenant, même s??il pourrait bénéficier d??une promotion ailleurs.
Aux Sports, Bernard LAPORTE a dû céder sa place à RAMA YADE, faute d??avoir pu impulser véritablement sa marque de fabrique à la tête de ce département ministériel. Augustin EDZOA ne parait pas en bonne posture, tant le dossier FECAFOOT, lequel semble devenu sa seule priorité et les prestations mitigées des Lions Indomptables dans le cadre des éliminatoires CAN-Coupe du Monde 2010 ont écorné sa réputation. On peut s??attendre à ce qu??il quitte le gouvernement.
Le cas Jean Pierre BIYITI BI ESSAM, Ministre de la Communication, paraît aussi préoccupant. La visite du Pape Benoît XVI au Cameroun récemment l??a propulsé sur les feux de la rampe dans une rocambolesque affaire de 130 millions de FCFA. Pour la crédibilité du poste ministériel qu??il occupe, il pourrait être déchargé de ses responsabilités.
Si en France, Hervé Morin, le Ministre de la Défense a gardé son maroquin, au Cameroun les services de sécurité sont incontestablement sur le grill. De nombreuses affaires survenues ces dernières années et mois , notamment la tuerie des soldats Camerounais à Bakassi en novembre 2008, dans des circonstances jamais élucidées jusqu??à ce jour,l??incursion d??hommes armés dans la ville de Limbé pendant des heures ,sans aucune réaction de l??armée ni de la Police et de la gendarmerie, le coup de force de mystérieux coupeurs de route au c??ur de la capitale , de manière générale, la volatilité de la situation sécuritaire pourrait décider le Président de la République à refaire le casting dans ce secteur.
Le secteur de l??Education Nationale mérite aussi une attention particulière. En France, Hervé Darcos hérite de ce poste généralement délicat et réputé rétif à toute réforme. Au Cameroun, les derniers examens officiels ont vu resurgir le spectre de fuites d??épreuves qui avait pourtant disparu depuis des lustres. En outre, que ce soit aux Enseignements Secondaires comme à l??Education de Base, des scandales financiers confirmés et par la Police et par le Contrôle Supérieur de Discipline Budgétaire ont mis en évidence des pratiques de gestion peu orthodoxes. Si le Président de la République prenait l??option d??y nommer de nouvelles figures, cela ne surprendrait pas les observateurs.
Enfin, concernant l??ouverture, la position de l??Union Nationale pour la Démocratie et le Progrès (UNDP) paraît fragilisée à l??heure où le SDF, l??Union Démocratique Camerounaise (UDC) ainsi que le Mouvement Patriotique (MP) de Jean Jacques EKINDI peuvent offrir à Paul BIYA de nouvelles opportunités et de nouveaux arguments, s??il entend se porter candidat lors de la prochaine élection présidentielle. Tout comme il pourrait faire appel à des personnalités de la société civile, question de desserrer l??étau des partis politiques, en conformité avec sa sensibilité de fonctionnaire qui incline à la notion de service public plutôt qu??à tout attachement aux appareils idéologiques.
Pour le reste, en sa qualité de chef de l??exécutif, Paul BIYA qui détient toutes les cartes entre ses mains pourrait créer d??autres surprises. Hypothèse qui fait que personne, en réalité, n??est à l??abri à son poste.
Correspondance particulière de : Guy ZOGO
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