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Évacuation d’Yves Michel Fotso: Comprendre la magnanimité de Paul Biya

L’ex-patron de la compagnie Camair qui purge deux peines de prison à vie à Yaoundé, a bénéficié dans la nuit de dimanche à lundi d’une évacuation sanitaire pour se faire soigner au Maroc.

Selon certaines indiscrétions, c’est le président Paul Biya en personne qui a autorisé l’évacuation, pour raisons sanitaires, de Yves Michel Fotso. Pour conforter cette version, un avocat sous anonymat soutient qu’il est en théorie impossible pour un prisonnier de ce niveau de quitter le pays, qui plus est par voie aérienne, « sans l’accord exprès du prince ». Entendez le président de la République. Dans le cas d’Yves Michel Fotso, dont le passeport avait été retiré dès l’entame de ses ennuis judiciaires, la présidence a formellement demandé que son document de voyage lui soit restitué.

Malade depuis des mois, l’ex-patron de la compagnie aérienne Camair, qui a donc finalement quitté le Cameroun dans la nuit de dimanche à lundi pour le Maroc, avait de bonne source été sorti de sa cellule du secrétariat d’État à la Défense où il purgeait une double peine d’emprisonnement à vie vendredi soir. « Il est au Maroc parce qu’il a des problèmes particulièrement graves, qui nécessitent un traitement particulièrement dédié » , a indiqué Dominique Incluaspé, avocat d’Yves Michel Fotso.

Pourquoi cette magnanimité ? Pour nombre d’observateurs, elle ne serait qu’un juste retour d’ascenseur à l’endroit de son père, le milliardaire Victor Fotso, fondateur du groupe du même nom, dont l’amitié et la fidélité au président Biya n’ont jamais été prises à défaut. Une partie de l’opinion dénonce une « exfiltration » au mépris de toute règle de droit.

Une longue série d’ennuis judiciaires

Yves-Michel Fotso a toujours clamé son innocence. Par moments, ses avocats ont même boycotté les audiences du Tribunal criminel spécial, créé pour juger les auteurs présumés de corruption à grande échelle, pour dénoncer des vices de procédure. Il reste que, depuis « l’affaire Albatros », l’achat inabouti d’un avion présidentiel, la justice camerounaise s’intéresse de près à lui.

En 2008, déjà, les juges accusent l’ancien administrateur directeur général de la Camair d’avoir profité de cet achat manqué pour s’enrichir. Quatre ans plus tard, en 2012, Yves-Michel Fotso est condamné à 25 ans de prison pour avoir détourné l’équivalent de 25 millions d’euros.

Mais ses ennuis judiciaires ne se résument peut-être pas tous à des affaires de gros sous. Pour ses proches, Yves-Michel Fotso est un bouc émissaire : il ferait les frais d’un incident technique qui avait perturbé le vol inaugural du Boeing présidentiel. Le pilote avait eu du mal à rentrer les volets des ailes. La famille Biya, qui se rendait alors à Paris, en avait été quitte pour une grosse frayeur.

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