Cameroun – Eto’o coupe le cordon : la FECAFOOT paie ses coachs et défie l’État

Samuel Eto'o FECAFOOT – le président annonce la prise en charge des salaires de tous les sélectionneurs nationaux camerounais en 2026.

Samuel Eto’o vient de poser un acte historique. Le président de la FECAFOOT a annoncé que la fédération prendra désormais en charge les salaires de tous les sélectionneurs nationaux, une dépense jusqu’ici assumée par l’État camerounais. « Nous ne pouvons pas continuer comme cela, avec ce modèle économique », a-t-il déclaré à Digital B Agency. Un tournant majeur dans la gouvernance du football camerounais… mais aussi le début d’une guerre froide avec le ministère des Sports. La FECAFOOT est-elle vraiment prête financièrement à assumer ce pari ?

Une décision historique qui remodèle le football camerounais

Pour la première fois depuis la création de la fédération, tous les sélectionneurs nationaux — soit onze techniciens et leurs staffs — seront sous contrat direct avec la FECAFOOT. David Pagou, nommé à la tête des Lions Indomptables deux semaines avant la CAN 2025 au Maroc, est ainsi entré dans l’histoire comme le premier sélectionneur de l’équipe nationale payé par la fédération et non par l’État.

Cette décision n’est pas tombée du ciel. Eto’o la prépare depuis son arrivée à la tête de l’institution en décembre 2021. Il a patiemment construit une base financière : contrats de sponsoring avec MTN Cameroun, Orange Cameroun, l’équipementier suisse Fourteen, Guinness Cameroun, BetPawa, 1XBet, Sky Motors Group et la Société Anonyme des Boissons du Cameroun. Ajoutez à cela 736 millions de FCFA encaissés par la FECAFOOT grâce au parcours honorable des Lions en quart de finale de la CAN au Maroc — dotation versée par la CAF à chaque équipe atteignant ce stade — et vous comprenez que la machine financière est en marche.

La FECAFOOT compte également sur les dotations de la FIFA lors des participations des différentes sélections nationales aux compétitions internationales. Fin mars, par exemple, le Cameroun disputera les FIFA Series en Australie aux côtés de l’Australie, de la Chine et de Curaçao. Tous les frais seront pris en charge par l’instance mondiale. La fédération, elle, financera de son côté le prochain stage des U23 en Espagne.

Mouelle Kombi observe en silence : la guerre froide continue

Si la décision d’Eto’o est saluée dans les milieux sportifs, elle intervient dans un contexte de tension ouverte entre la FECAFOOT et le ministère des Sports (MINSEP). Les relations entre Samuel Eto’o et le ministre Narcisse Mouelle Kombi sont, selon plusieurs sources concordantes, « notoirement exécrables ». Et la dernière annonce du président de la fédération n’arrange rien.

Le ministre n’a formulé aucun commentaire public sur cette décision. Selon un proche du MINSEP, les consignes sont claires : « On observe, on ne bouge pas, on ne fait aucune allusion. Nous verrons bien si la fédération parvient effectivement à assumer ces salaires, car cela représente quand même une certaine somme. » Un silence qui en dit long sur les doutes — et peut-être les espoirs — du côté gouvernemental.

Car l’État n’est pas totalement sorti du tableau. Il continue, et continuera, à financer les déplacements des sélections nationales. Et surtout, il honore encore les contrats signés avant ce changement de paradigme. Marc Brys, le sélectionneur belge limogé avant la CAN 2025, perçoit toujours son salaire mensuel jusqu’à l’expiration de son contrat en septembre 2026. L’État a choisi de respecter ses engagements contractuels pour éviter un contentieux devant la FIFA — une leçon tirée du douloureux précédent António Conceição, dont le limogeage en février 2022 avait coûté au Trésor public plus de 1,5 million d’euros.

La FECAFOOT face au test de la crédibilité financière

La grande question qui agite les couloirs du football camerounais est simple : la FECAFOOT a-t-elle réellement les moyens de ses ambitions ? La presse locale évoque des problèmes de trésorerie au sein de l’instance. Une source interne à la fédération tempère toutefois ces rumeurs, affirmant que la situation financière est « meilleure que ce que dit la presse locale ».

Ce qui est certain, c’est que la charge représentée par les salaires de onze sélectionneurs et leurs staffs techniques est loin d’être négligeable. Avant cette réforme, l’État ne prenait en charge que les émoluments du staff des Lions Indomptables. Les autres sélections — féminines, jeunes, beach soccer — étaient déjà sous la responsabilité financière de la FECAFOOT. La nouveauté, c’est l’intégration du staff senior masculin dans cette logique.

Pour tenir sur la durée, la FECAFOOT devra multiplier les contrats commerciaux, maximiser les revenus des compétitions internationales et surtout démontrer une gestion rigoureuse de ses finances. Eto’o le sait : chaque trimestre sans incident de paiement sera une victoire politique autant que sportive. Chaque retard de salaire, en revanche, serait une munition offerte à ses adversaires — à commencer par le ministre des Sports, qui observe, attend, et ne dit rien.

Un modèle qui pourrait faire école en Afrique

Au-delà des tensions politiques locales, la décision de la FECAFOOT s’inscrit dans une tendance de fond : celle des fédérations africaines qui cherchent à réduire leur dépendance vis-à-vis des États pour gagner en autonomie de gestion et en efficacité opérationnelle. C’est un modèle que prônent depuis longtemps la FIFA et la CAF, qui conditionnent même certaines aides financières à l’indépendance institutionnelle des fédérations membres.

Si la FECAFOOT réussit ce pari, elle pourrait servir de référence pour d’autres fédérations africaines encore largement tributaires des budgets étatiques pour faire fonctionner leurs équipes nationales. Samuel Eto’o, déjà icône planétaire sur les terrains, pourrait alors se construire une seconde légende dans les bureaux feutrés du football continental.

Mais le chemin est encore long. Et les yeux de tout le football camerounais — supporters, joueurs, journalistes, et ministres — sont désormais braqués sur les prochaines échéances financières de la fédération.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *