Election au Barreau DU Cameroun: Les avocats humilient Yves-Michel Fotso

L’ex-administrateur directeur général de la défunte compagnie Cameroon Airlines a décidé de passer à l’attaque. Il voulait se faire passer pour le directeur de conscience des avocats en exhortant au vote contre Jackson Ngie Kamga. Sa cible, son avocat d’hier. Qui aurait eu la mauvaise idée d’essayer d’empêcher Fotso de le doubler sur les milliards gagnés en Guinée Equatoriale. Mais on est bien dans une affaire de famille. Où Michel Fotso voulait neutraliser Ngnié Kamga pour que l’avocat ne soit jamais élu bâtonnier de l’ordre des avocats.
Quand des beaux frères commencent à se bouffer le nez. C’est le scénario auquel on assiste depuis le début de l’année, avec cette plainte introduite par Yves-Michal Fotso contre Me Jackson Ngnié kamga. Mais l’histoire peut prêter à sourire. On sait tout au plus que Ngnié kamga aura été jusque-là un avocat du club de conseils recrutés par le fils du milliardaire de Bandjoun. On sait moins que, pour avoir épousé la sœur de ce dernier, l’avocat est aussi le beau-frère d’Yves-Michel Fotso. On va donc assister à une belle affaire de famille. Au demeurant cependant, Yves-Michel Fotso n’a pas de chance avec ses avocats. Il avait par exemple pour conseil un certain Me Albert Eloundi. Celui-ci s’est désisté et a juré qu’il ne se mêlera plus jamais des affaires de Michel Fotso. Le deuxième avocat, Jackson Ngnié kamga, ne s’est pas désisté, assurant d’accompagner son beaufrère jusqu’au bout. Il aurait plutôt eu la mauvaise idée de s’assurer qu’il aura sa part sur les milliards gagnés par la CBC version guinéenne.

Histoire d’un voleur volé
Le procès contre Jackson Ngnié kamga tombe à un bien mauvais moment. C’est alors que le fringuant avocat est en train de briguer le poste de bâtonnier qu’un certain Yves-Michel Fotso décide de lui savonner la planche. L’avocat ne se reproche rien. Il tient bien son fait, il veut se faire payer ses honoraires. Jackson ne demande que deux « petits » milliards et demi et plus de de 50 autres petits millions pour les peines et les frais générés par cette longue procédure devant les tribunaux de la cour arbitrale. Les magistrats de Douala qui ont eu à connaître de l’affaire vont décider que l’avocat aura droit à 3,6 milliards. Fort de cette décision du tribunal de Douala, l’avocat va faire exécuter une saisie conservatoire de la somme de cinq milliards en France auprès d’un huissier qui travaillait pour le compte de Michel Fotso et qui venait de se faire payer une partie de l’argent versé par l’Etat de guinée équatoriale.
Me Jackson connaît parfaitement son beau-frère. Il était presque certain que s’il n’agissait pas à temps, il aurait eu à tirer un trait sur ses honoraires. Mais cette fois, il a dû prendre les devants. Et Yves-Michel Fotso enrage. Ce dernier devrait cependant mettre beaucoup d’eau dans son vin. Les habitués des procès en cour arbitrale savent comment les choses s’y déroulent. On sait aussi de quels égards les juges de la Ccja (la cour commune de justice de la Cemac) ont pu bénéficier pour en arriver à condamner l’Etat de guinée équatoriale à payer 70 millions d’euros à la CBgE. Il s’agit de quelque 45 milliards de francs, de l’argent pratiquement ramassé. Et la somme est assez costaude pour que les magistrats qui s’en sont mêlés ne tiennent pas à avoir leur quote-part du pactole. Ces enjeux expliquent dont les diligences des magistrats au Cameroun, à Paris ou à N’Djamena.

Mais dans le fond, l’argent en question n’a jamais été l’argent de Michel Fotso, qu’il fût ou non président du conseil d’administration de la banque. L’argent a été gagné par une personne morale, en l’occurrence, la « Commercial Bank of guinée Equatoriale ». C’est donc elle qui est censée recevoir les paiements, mais c’est ce que l’ami Yves Michel Fotso ne veut pas entendre. On va assister à une belle fête aux couteaux entre les deux beaux-frères. Or, Me Jackson est depuis dans le collimateur d’Yves-Michel Fotso. Dans son côté, Yves-Michel Fotso laisse entendre qu’il a toujours servi des largesses à Me Jackson. Lequel devrait se sentir un peu obligé de ne pas plus loin compliquer la vie à son beau-frère qui a besoin qu’on lui vienne un peu en aide, et qu’on le laisse souffler.

Mais les amis d’hier ne l’entendent pas de cette oreille. Surtout pas Me Jackson, l’artisan principal de cette historique victoire judiciaire d’une entreprise sur un Etat. Le délit a été commis en guinée équatoriale, la décision a été rendue à N’Djamena, les décisions s’exécutent à Paris. Un tel investissement personnel dans un dossier vaut bien quelques juteux honoraires.

Yves-Michel Fotso est-il Homme à Plaindre ?
Dans le scandale de la gestion de la banque CBC, Me Jackson était cité comme ayant bénéficié des largesses du fils du milliardaire, alors grand patron de sa banque CBC. L’avocat aurait ainsi bénéficié, en sa double qualité d’avocat et de beau-frère, d’un petit cadeau de 250 millions directement virés dans son compte. On ne peut pas être gendre de milliardaire et se permettre d’être fauché. Sur la même liste que l’avocat, on retrouvait d’autres noms illustres. Sylvie Nganso, qui n’a aucun lien de parenté avec le général du même patronyme de l’armée camerounaise, était épinglée pour trois milliards. On sait désormais d’où lui venait de l’argent pour financer les investissements immobiliers connus du portefeuille de la société civile immobilière Sunset à Bonanjo ou à Makèpè à Douala.
Aux côtés de Sylvie Nganso, on retrouve en bonne place un certain Juimo Monthé, ancien président de la Chambre de Commerce et d’industrie. Au départ actionnaire de la banque CBC avec un apport de 5 % au capital de départ, soit 350 millions, il a pu s’en tirer avec un pactole de 10 milliards. On ne s’attardera pas sur le cas d’un autre capitaine d’industrie bien connu au Cameroun, Célestin Tawamba, magnat local des pâtes alimentaires avec Panzani et Pasta, actionnaire majoritaire de l’entreprise Cinpharm. Mais les victimes d’Yves- Michel Fotso se comptent par milliers, tels aladji garga Yaya qui, sous prétexte de développer ses abattoirs au Cameroun, a eu la mauvaise idée de solliciter les secours d’Yves-Michel Fotso, ou encore le Libanais Hazim, patron de SCi Mayor, qui s’est fait sucrer pas moins de 12 milliards.
Toutes ces victimes ont décidé de lui porter plainte devant les tribunaux. En attendant que les magistrats daignent ouvrir le dossier, et qu’Yves-Michel Fotso ne voie arriver une interminable pluie de plaintes, il peut encore prendre les devants et attaquer en premier. Mais le fait est encore là, Me Jackson ne s’est pas encore rendu coupable de détournement de fonds d’autrui ou de faux et usage de faux, ou encore moins d’escroquerie en bande organisée. L’argent n’a fait que l’objet d’une saisie conservatoire diligentée dans les règles, il est donc toujours disponible chez l’huissier de service commis par Yves-Michel Fotso et qui réclame toujours ses honoraires. L’affaire promet par contre de se compliquer davantage.

Avec l’argument de sa convention d’honoraires passée avec la banque de Fotso, il est à craindre qu’il ne commence lui aussi à tailler des croupières au fils du milliardaire qui n’est même plus en odeur de sainteté auprès de son propre père. Le fils du milliardaire se croit-il plus rusé que tout le monde ? Son procès intenté comme Me Jackson Ngnié kamga n’est rien d’autre qu’une manœuvre du diable visant à empêcher que l’avocat ne soit jamais élu à la tête du barreau. Pour une seule et bonne raison : les querelles sur les honoraires exigés par les avocats se règlent au barreau, avec le bâtonnier comme président. Et ceux qui pensaient que Michel Fotso étaient un homme à plaindre devront revoir leurs émotions. Et ne surtout pas se laisser aller à écraser une larme sur le sort du fils du milliardaire. Même derrière les barreaux, il peut encore être plus dangereux.
Mais un client comme Yves-Michel Fotso ne devrait pas se mêler d’intenter des procès à son conseil qui sait mieux que quiconque les fonds de culotte du patron. Sauf si les voies de conciliations lui sont définitivement fermées, il aurait au moins essayé de s’entendre avec son beau-frère d’avocat.

L’Equation: David Serge BEHEL

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