Politique

Dr. Modestine Carole Tchatchouang implore le pardon de Paul BIYA sur le cas Maurice Kamto

Lettre ouverte à son Excellence Paul BIYA, Président de la République du Cameroun.

OBJET : Demande de libération du professeur Maurice Kamto et les membres de la coalition

Monsieur le Président de la République,

J’ai l’honneur de m’adresser à vous et de solliciter votre pouvoir d’intervention pour une situation dramatique, car vous êtes notre seul espoir en ce qui concerne le Pr Maurice Kamto, Mr Paul Eric Kingue, Maitre Michelle Ndokki et tous les autres membres de la coalition.

Cela fait maintenant 9 mois que le Pr Maurice Kamto et les membres de sa coalition sont retenu prisonnier par votre régime au Cameroun dans le cadre de la lutte contre le hold-up électorale engagée au lendemain des élections présidentielles au Cameroun.

Son excellence, lors de votre prise de pouvoir au lendemain du 06 Novembre 1982, c’est-à-dire 2 ans avant ma naissance, vous avez promis au peuple camerounais d’instaurer la démocratie, la rigueur et la bonne gouvernance dans notre pays. Pourtant, depuis 37 ans que vous êtes à la tête de notre pays, fort est de constater que tout ceci reste un vœu pieux, vous en avez vous-même fait le constat lors de votre dernier discours.

C’est pourquoi, Maurice Kamto avec des milliers d’autres camerounais se sont lancé dans la lutte pour une Alternance Politique au Cameroun. Est-ce véritablement un crime?

A titre personnel, je me suis engagée dans la lutte pour l’amélioration des conditions de vie dans notre pays ma vingtaine à peine entamée. Figurez-vous, quand j’entre à l’université de Yaoundé I en 2003 alors que j’ai à peine 18 ans, je constate qu’il nous manque le minimum basique pouvant nous permettre d’étudier dans les meilleures conditions. Pas assez de place assise, pas de toilette, pas un seul point d’eau dans tout le campus, pas de salle d’étude, pas de laboratoire équipé etc. Je me lance alors avec mes camarades pendant 5 jours dans une grève de la faim. Lors des marches que nous avions initiées pour alerter l’opinion publique sur nos revendications, nous sommes pris en embuscades par les gendarmes et les militaires qui encerclent notre campus. Je suis bastionnée à mort et passe trois jours dans le coma. Si j’en ai survécu, beaucoup de mes camarades et notamment à l’université de Buea n’ont pas eu cette chance, plusieurs ont été tue.

Mr le président, nous n’en avions pas après votre pouvoir, mais voulions juste qu’on nous offre des meilleures conditions d’études, était-ce trop demander? Avions-nous tort en tant que futurs leaders de notre pays d’attendre le strict minimum dans le cadre de notre formation? Méritions-nous d’être tué pour nos revendications?

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Comme suite de témoignage des injustices dont j’ai été et à titre personnel victime dans notre pays, quand j’obtiens mon DEA à l’âge de 23 ans après un cursus universitaire de 5ans, meilleure étudiante de ma promotion, ma demande d’inscription en thèse de doctorat est rejetée pour motif que je suis trop jeune. Mon chef de département de l’époque me parlera exactement en ces termes : « Ma fille, pourquoi tu cours avec l’école? Tu es encore trop jeune, tu viens à peine de soutenir ton DEA après seulement 5 ans à l’université, ce qui est une grande première. Va à la maison te reposer, le temps pour toi de grandir un peu avant de revenir t’inscrire en thèse… ».

Son excellence monsieur le Président, je ne peux pas trouver des mots assez juste pour vous décrire le sentiment que j’ai éprouvé ce jour, j’étais dévastée. Moi qui aime profondément mon pays et ne rêvais jamais en sortir me suis vu obligée de partir en France pour poursuivre mes études. Comme par esprit de défis, je me suis engagée pas à faire une thèse de doctorat, mais simultanément deux theses en France que je vais défendre trois ans plus tard avec la Mention Très Honorable Avec Les Félicitations du Jury.

Son excellence, si je vous raconte cet épisode de ma vie, c’est pour mettre en lumière les injustices et les frustrations que la jeunesse camerounaise éprouve sous votre règne. Il faut ici dire que des milliers de camerounais subissent bien pire que ce que moi j’ai subi. En outre, vous n’êtes pas sans savoir que les camerounais encore de nos jours manquent de quoi satisfaire ce que Platon dans la quatrième république qualifie de basique et nécessaire, Manger-boire et dormir. Monsieur le Président, notre peuple meurt encore par manque d’eau dans un pays aussi riche en ressource naturelle comme le nôtre. Il y’a de cela quelques mois, un papa perdait quatre de ses enfants dans la quête de cette denrée très rare dans notre pays du côté du Septentrion. Que dire du manque d’hôpitaux, des routes et des injustices multiples dans notre pays? Nul besoin ici de vous lister les problèmes multiples auxquels font face le peuple camerounais au quotidien et que vous ne connaissez sans doute que trop bien.

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Fort de tout ceci et considérant que nous sommes bien dans une république et non dans une monarchie, nous avons rêvé d’une Alternance Politique au Cameroun. Nous nous sommes battus avec les moyens à notre possession pour l’obtenir. Malheureusement, nous sommes bien obligés d’admettre que nous avons échoué.

Le professeur Maurice Kamto au lendemain des élections s’est lancé dans une lutte contre le hold-up électoral, le constat est amer, le peuple camerounais ne l’a pas suivi, ne nous ont pas suivi, eh oui, nous avons échoué! Vous vous en doutez très bien combien il est douloureux pour nous d’arriver à ce constat, mais nous enfermer dans le déni ne va rien changer à la réalité des faits.

C’est pourquoi, je viens humblement devant vous pour vous demander d’accorder votre clémence au Pr Maurice Kamto et tous les membres de sa coalition. Vous avez bonne conscience qu’il ne représente plus aucune menace pour vous et votre pouvoir. Si les Camerounais ne l’ont pas suivi aux lendemains des élections quand il a appelé aux marches pacifiques, ni ne sont sortis pour le défendre après son arrestation, on peut aisément conclure qu’ils ne sortiront non plus après sa libération.

Son excellence monsieur le Président, Pour ne pas reprendre une citation de Jean Dutourd, il en est de la politique comme de l’amour. Ce n’est pas parce que quelqu’un vous fait du bien, vous honore, vous donne de la dignité et l’aisance, vous comble de soins qu’on l’aime. J’allais écrire que le peuple camerounais est semblable à une femme, mais il est plutôt un homme, préférant à tout coup une coquine qui lui en fait voir de toutes les couleurs, le trompe et le met sur la paille, à une bonne fille dévouée, fidèle, sérieuses, indulgente, économes.

Excellence monsieur le Président, vous avez gagné, et très humblement, nous implorons votre indulgence.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président de la République, à l’assurance de ma plus haute considération.

Dr. Modestine Carole Tchatchouang Yonzou, Fille de la république

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Un commentaire

  1. Merci pour ce plaidoyer. Maintenant qu’il est libre, qu’il fasse bon usage de sa liberté car il a frôlé le tir obus après le tir au bus en question. Je lui suggère de préparer les prochaines échéances électorales et surtout qu’il sache qu’un coq ne chante jamais dans l’oeuf .

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