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Diplomatie : Le plan de Moussa Faki pour des sanctions contre son pays le Tchad rejeté

Le président de la Commission de l’Union africaine échoue à obtenir la suspension de son propre pays des instances de l’Union africaine. Décryptage.

Le Conseil de paix et de sécurité (Cps) de l’Union africaine en sa 1121ème réunion par visioconférence vendredi 11 novembre 2022, a fait échec à l’initiative du président de la Commission de l’Union africaine de faire imposer des sanctions contre son pays le Tchad. Le rapport présenté à cet effet par Moussa Faki Mahamat sur la situation du Tchad, sous la forme d’un réquisitoire recommandait des mesures coercitives contre le régime de N’Djamena, indiquent des sources du Jour confirmées par un article de Jeune Afrique publié vendredi soir. L’initiative qui visait entre autres à suspendre le Tchad des instances de l’Union africaine a fait choux blanc.

Dans les coulisses de cette rencontre, selon les confidences d’une source du Jour, le président de la Commission de l’Union africaine aurait lu en personne son rapport sous le regard des membres du Conseil de paix et sécurité frappés par l’engagement et l’implication personnelle de Moussa Faki Mahamat dans une réunion dont l’objet porte sur des sanctions contre son propre pays.

Les observateurs sont frappés aussi par le timing de la réunion, avec une modification à la hâte lundi dernier, de l’agenda du Conseil de paix et de sécurité pour le mois de novembre, retouché afin d’y insérer le dossier des sanctions contre le Tchad. Autre curiosité, le rapport du président de la Commission de l’Union africaine présenté hier aux membres du Conseil de paix et sécurité a fuité dès mardi dernier et fait l’objet d’articles publiés par la presse internationale. Résultat, les membres du Conseil de paix et sécurité n’ont pas eu la primeur dudit rapport. Dès lors, des questions fusent. Que s’est-il passé ? Comment et pourquoi la confidentialité d’un tel rapport portant la griffe du président Moussa Faki Mahamat a-t-elle été violée ?

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Sur le fond à présent, le rapport du président de la Commission de l’Union africaine a totalement occulté la deuxième session extraordinaire de la conférence des chefs d’Etats et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac) tenue à Kinshasa le 25 octobre 2022, dédiée à la situation de la transition au Tchad. Cette instance a exprimé sa préoccupation face aux événements survenus le 20 octobre 2022 et condamné le recours à la violence à des fins politiques. La Conférence a désigné Monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, président de la République démocratique du Congo et président en exercice de la Conférence des chefs d’États de la Ceeac, comme facilitateur au processus de transition en République du Tchad. La conférence capitalisait ainsi la volonté de concertations exprimée par quasiment tous les acteurs, y compris les autorités de la transition et les acteurs politiques, politico-militaires et de la société civile n’ayant pas pris part au Dialogue national inclusif et souverain.

Pour La Ceeac, la réussite du processus de transition au Tchad passe par l’engagement de toutes les parties prenantes tchadiennes, mais aussi le soutien que ces dernières peuvent recevoir de partenaires bilatéraux et multilatéraux du Tchad. Elle a en conséquence exhorté les partenaires bilatéraux et multilatéraux du Tchad, en tête desquels l’Organisation des Nations unies et l’Union africaine, à maintenir et à renforcer leurs appuis diplomatique, financier, matériel et technique nécessaires au processus de transition dans ce pays.

Voilà le contexte dans lequel vendredi dernier, seuls trois des 15 membres du Conseil de paix et de sécurité, à en croire des indiscrétions glanées par Le Jour et relayées par nos confrères de Jeune Afrique, ont voté pour des sanctions contre le Tchad : la Namibie dont Mme Emilia Ndinelao Mkusa, ambassadeur de la République de la Namibie, assure la présidence du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine pour le mois de novembre 2022, le Zimbabwé et l’Ouganda. L’Afrique du Sud, elle, a choisi l’abstention, tandis que les onze autres pays représentés ont appelé à voter contre l’application des sanctions (Sénégal, Gambie, Ghana, Tanzanie, Djibouti, Burundi, Congo, Cameroun, Maroc, Tunisie) suivant en cela le délégué du Nigeria qui a le premier appelé à voter contre.

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Faut-il y voir un lien ? Le président de la Commission paix et sécurité à l’Union africaine, M. Bankole est ressortissant du Nigeria, et le président de l’État fédéral du Nigeria est le seul chef d’État qui a fait le déplacement de N’Djamena le 8 octobre dernier lors de l’investiture du président de la transition au Tchad, Mahamat Idriss Déby Itno. Ceci traduit au moins des relations privilégiées entre les autorités de la transition au Tchad et le géant de l’Afrique de l’Ouest. A souligner, les représentants des trois pays membres du Conseil de paix et de sécurité issus de la sous-région Ceeac dont le Congo, le Burundi et surtout le Cameroun ont tous fait bloc derrière le Nigeria pour voter contre l’application des sanctions au Tchad.
Les sanctions proposées par Moussa Faki Mahamat contre son pays ont donc été rejetées à plus de la majorité des 2/3 par les membres du Conseil de paix et sécurité. Il n’en démord cependant pas. Pour lui, devant l’absence d’unanimité, la réunion doit être reportée à une date ultérieure. Il a ainsi obtenu que la situation au Tchad soit de nouveau à l’ordre du jour d’une prochaine réunion du CPS.

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Ce faisant, le président de la Commission de l’Union africaine affiche désormais ouvertement son opposition farouche aux autorités de la transition dans son pays le Tchad qu’il compte bien fragiliser et isoler sur la scène internationale mettant ainsi à contribution sa position et son statut de président de la Commission. C’est une ligne difficilement tenable qu’il va falloir clarifier. En tout cas, une forme d’activisme sur le dossier tchadien qui « laisse apparaître des batailles politiques internes pour le pouvoir au Tchad », commente un politologue.
Juriste, Moussa Faki Mahamat a été Directeur du cabinet civil du défunt président de la République Idriss Déby Itno. Sous qui il a aussi occupé les fonctions de ministre des Affaires étrangères et surtout de Premier ministre du Tchad.

Claude Tadjon / 237online.com

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