Société

Crise des insuffisants rénaux : Forte odeur de détournement de fonds

Entre le 14 mai et le 19 août 2020, le ministre de la Santé publique, a passé un marché spécial de plus de 796 millions Fcfa pour la livraison de 20000 kits de dialyse alors que les Centres d’hémodialyse de Bertoua, Maroua, Buea… connaissent des dysfonctionnements, du fait de la pénurie des consommables…

Il ne fait pas bon d’être insuffisant rénal et de suivre un programme bihebdomadaire d’hémodialyse, qui plus est, dans les villes de Bertoua, Maroua, Buea, Yaoundé au Chu de Melen et dans une moindre mesure, Douala, à l’hôpital Général de la ville éponyme. Si à Buea, le Centre d’hémodialyse a mis carrément la clé sous le paillasson, à Bertoua, c’est quasiment l’hécatombe. Selon le bilan de la dernière semaine du mois de novembre, 15 morts étaient sur le carreau. Et pour cause, la pénurie des kits de dialyse ayant empêché la prise en charge sanitaire idoine des malades d’insuffisance rénale.

Plusieurs de ces malades chroniques n’ont pas pu être dialysés. Toutes choses qui ont entraîné des complications et débouché sur la mort d’une quinzaine. Apprend-on, des sources médicales. A Maroua, à l’hôpital régional qui abrite l’unique Centre d’hémodialyse public de la région de l’Extrême-Nord, des dysfonctionnements sont à l’origine de l’arrêt du service, notamment le circuit de distribution de l’eau tombé en panne, l’obsolescence des générateurs de dialyse, à peine trois machines opérationnelles sur les huit disponibles….. Les patients, ont, après plusieurs jours sans dialyse, organisé une grogne, obligeant le directeur de la structure hospitalière à prendre des engagements fermes, pour faire reprendre les séances de dialyse, dans un délai raisonnable.

Courbe ascendante

A Douala, précisément à l’Hôpital Général de la capitale économique, le Pr Marie-Patrice Hallé, chef service d’hémodialyse et son équipe, ont toutes les peines du monde, à gérer la population des malades d’insuffisance rénale qui augmentechaque jour que Dieu fait, alors que les équipements et autres générateurs de dialyse, ne suivent pas cette tendance haussière ou cette courbe ascendante.
Bien plus, plusieurs machines de dialyse sont obsolètes, quand le personnel, le cœur à l’ouvrage, néanmoins, colmate les brèches pour parer au manque de certains consommables. Tout ceci sans compter avec des interruptions intempestives de la fourniture d’énergie électrique, le circuit de distribution de l’eau, l’absence de certaines commodités.C’est dans ce contexte de crise sanitaire dans les Centres publics d’hémodialyse de la plupart des quatre coins du pays que le député du Social democratic front (Sdf), Jean Michel Nintcheu, de Wouri Est, a cru devoir interpeller, par le truchement d’une question orale, le ministre de la Santé publique.

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Question orale

«Cela fait 20 jours que la session parlementaire consacrée à l’examen de la loi des finances a débuté. Cette session tire à sa fin. Malgré mes questions orales déposées avec décharge en date du 24 novembre dernier au Secrétariat de l’Assemblée nationale, vous n’avez toujours pas daigné venir à l’Assemblée nationale pour apporter des clarifications sur mes multiples préoccupations exprimées en public depuis près de six mois relativement à la gestion des fonds Covid-19. Il convient de rappeler, afin que nul n’en ignore, que depuis la survenue de la pandémie en mars dernier, l’on n’a pas vu l’ombre de votre silhouette au cours des sessions parlementaires de mars et de juin. Il est d’usage dans la pratique parlementaire que la programmation des questions orales en plénière se fasse hors contexte…» Frappant sur le même clou, «pour éviter cette entourloupe et compte tenu de l’urgence dictée par l’hécatombe survenue à l’hôpital régional de Bertoua qui a causé près d’une vingtaine de morts du fait de la rupture des kits d’hémodialyse, je me trouve obligé de rendre publiques les questions à vous adressées».

Selon les informations de l’élu Sdf du Wouri Est, relativement aux kits de dialyse, le ministère de la Santé publique a passé le marché spécial N°061/2020/MS-Covid-19/Minsanté, en date du 4 juillet 2020 portant fourniture «par voie aérienne express de 20000 kits de dialyse d’un montant de 796441272Fcfa. Entreprise bénéficiaire, Fresenus Care Pharma Afrique. Observations : fournitures livrés et réceptionnés». Poursuivant son commentaire, Jean Michel Nintcheu estime que «les observations contenues dans ledit communiqué relativement à ces 20.000 kits de dialyse font état de ce que ces kits ont déjà été livréspar voie aérienne express et réceptionnés par le ministère de la Santé publique». Qu’est-ce qui peut justifier cette hécatombe survenue à l’hôpital régional de Bertoua pour cause de rupture des kits de dialyse ? S’interroge le président régional du Sdf pour le Littoral. Il convient de préciser qu’en dehors de ces fonds Covid-19, il existe dans le budget du ministère de la Santé des fonds alloués aux dix centres régionaux d’hémodialyse et qui se chiffrent globalement à près de trois milliards Fcfa. Pourtant les insuffisants rénaux des autres régions n’ont eu de cesse de se plaindre de la rupture des kits de dialyse. Et l’élu du peuple de conclure : «M. le ministre, en plus de mentir comme un arracheur de dents, vous êtes un criminel. Vous porterez ces morts sur votre conscience…».Soupçon de détournement des deniers publics ? A voir…

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Approché au moment où nous allions sous presses, mercredi 2 décembre 2020, pour avoir d’amples éclairages, au sujet du parfum de détournement de fonds publics, qui dégage au ministère de la Santé publique, le responsable de la cellule de communication de ce département ministériel, a fait savoir au Messager qu’«au moment où il est sollicité, le ministre de la Santé publique est devant les députés, notamment ceux de la Commission des finances». Pas moyen de répondre aux sollicitations de la presse, dans ces conditions…

ALAIN NJIPOU

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